Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est de plus en plus souvent diagnostiqué chez les enfants en France, selon Franceinfo - Santé. Entre la multiplication des auto-diagnostics contestés et l’augmentation des prescriptions médicamenteuses, les spécialistes appellent à une vigilance accrue pour éviter les dérives et garantir une prise en charge adaptée.
Ce qu'il faut retenir
- En France, 6 % des enfants seraient concernés par le TDAH, contre 3 % des adultes, selon les estimations des professionnels.
- Les auto-diagnostics via des outils comme le « bingo TDAH » sont jugés trompeurs par les psychiatres, risquant de masquer d’autres troubles.
- Un diagnostic rigoureux, basé sur un entretien d’au moins une heure avec l’enfant et ses parents, est indispensable avant toute prise en charge.
- Environ 10 % des enfants diagnostiqués suivent un traitement médicamenteux, dont la prescription a augmenté de 154 % entre 2020 et 2024.
- Les médicaments, classés comme stupéfiants, améliorent la concentration mais nécessitent un suivi strict en raison d’effets secondaires comme la perte d’appétit.
Un trouble en hausse, mais encore mal compris
Juliette, 8 ans, illustre les difficultés rencontrées par les enfants atteints de TDAH. Sa mère décrit des oublis répétés, une agitation constante et une baisse de l’estime de soi liée à ses difficultés scolaires. « Elle se dévalorise beaucoup. « Je ne suis pas capable d’apprendre, je n’ai pas de mémoire », etc. », confie-t-elle. Un diagnostic posé en juin 2025 par une pédiatre a confirmé un TDAH, un trouble d’origine génétique qui touche également sa mère.
Les chiffres sont parlants : 6 % des enfants en France seraient concernés, contre 3 % des adultes. Pourtant, le sujet reste sujet à controverse, notamment en raison de la prolifération d’outils d’auto-diagnostic en ligne, comme le « bingo TDAH », qui circule sur les réseaux sociaux. « Oublie le nom des gens et oublie tout. Parle trop vite. Analyse tout. Trop de bruit pour se concentrer », énumère le Pr Olivier Bonnot, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Barthélémy Durand (Essonne). Pour lui, ces signaux sont trop vagues et peuvent cacher d’autres pathologies, comme un trouble du sommeil, une dépression ou une anxiété.
Un diagnostic exigeant et une prise en charge adaptée
Contrairement aux idées reçues, un diagnostic de TDAH ne se résume pas à une simple observation. Il repose sur un entretien approfondi, d’une durée minimale d’une heure, associant l’enfant et ses parents. L’objectif ? Identifier la persistance des troubles et écarter d’autres causes possibles. Une fois le diagnostic établi, plusieurs options s’offrent aux familles : séances de psychoéducation pour apprendre à mieux se concentrer, ou recours à des médicaments lorsque les symptômes sont sévères.
Les traitements médicamenteux, classés comme stupéfiants en raison de leur principe actif, améliorent significativement la concentration des enfants. Nolan, 14 ans, diagnostiqué en 2025, témoigne de cette évolution : « Je sens vraiment que mon cerveau ne peut plus rester focus sur quelque chose, que ça permet vraiment d’être plus attentif, que je peux mieux écouter. » Ses parents, initialement réticents à l’idée d’un traitement, ont finalement constaté ses effets positifs. « On a vu rapidement les bénéfices », admet sa mère. Cependant, le médicament entraîne une perte d’appétit, nécessitant un suivi médical rigoureux.
Une hausse des prescriptions qui interroge
Entre 2020 et 2024, la prescription de médicaments contre le TDAH a bondi de 154 %, selon les données disponibles. Une augmentation qui soulève des questions sur la pertinence de ces traitements. Pour le Dr Olivier Revol, neuropsychiatre, « un enfant qui n’en a pas besoin, c’est une faute de lui donner. Le traitement médicamenteux n’est fait ni en première intention ni de façon systématique ». Il insiste : « Ne pas le faire si l’enfant en a vraiment besoin, c’est un manque de chance pour lui. »
En France, environ 10 % des enfants diagnostiqués TDAH suivent un traitement médicamenteux. Pourtant, ces médicaments, bien que surveillés, restent source d’inquiétude pour les familles en raison de leurs effets secondaires potentiels. La pédiatre Sarah Ducrocq, qui suit Nolan, rappelle que « les médecins voient leur médecin traitant tous les mois pour surveiller la croissance. Le traitement n’est pas obligatoire tous les jours, avec des pauses possibles en semaine ou le week-end ».
Le TDAH, un enjeu de santé publique
Au-delà des chiffres et des débats thérapeutiques, le TDAH pose une question plus large : comment mieux accompagner les enfants et leurs familles face à ce trouble ? Les spécialistes s’accordent sur un point : une prise en charge précoce et adaptée est essentielle pour limiter l’impact du TDAH sur la scolarité, la vie sociale et l’estime de soi. Reste à savoir si les politiques publiques suivront cette exigence.
Pour l’heure, les familles comme celle de Juliette ou de Nolan continuent de naviguer entre diagnostic, traitement et accompagnement, dans l’attente d’un système de santé toujours plus réactif et précis.
Les signes les plus fréquents incluent une difficulté à se concentrer, une agitation excessive, des oublis répétés, une impulsivité marquée et une baisse de l’estime de soi. Cependant, ces symptômes peuvent aussi correspondre à d’autres troubles, d’où l’importance d’un diagnostic médical rigoureux.
Les médicaments prescrits pour le TDAH, bien que surveillés, peuvent entraîner des effets secondaires comme une perte d’appétit ou des troubles du sommeil. Leur utilisation doit être encadrée par un suivi médical régulier, avec des ajustements si nécessaire. Ils ne sont pas systématiques et sont réservés aux cas les plus sévères.