Selon Le Figaro, la région de l’Isan, dans le nord-est de la Thaïlande, s’impose désormais comme un foyer majeur de découvertes paléontologiques en Asie du Sud-Est. Longtemps réputée pour ses rizières et sa gastronomie épicée, cette zone aride révèle depuis plusieurs années des fossiles de dinosaures qui attirent l’attention des scientifiques et des touristes. Deux nouvelles espèces, identifiées cette année, pourraient être suivies d’une troisième d’ici quelques mois, portant à 16 le nombre total d’espèces découvertes dans le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • La Thaïlande compte désormais 16 espèces de dinosaures identifiées, dont deux nouvelles découvertes en 2026 : Nagatitan chaiyaphumensis et Uragasaurus kalasinensis.
  • Ces fossiles, vieux de 100 à 120 millions d’années, comblent un vide géologique et offrent un aperçu unique de l’évolution des dinosaures en Asie du Sud-Est.
  • Le parc national de Phu Wiang, près de Khon Kaen, concentre une grande partie des fouilles en cours, malgré des financements limités.
  • Un musée dédié aux dinosaures, ouvert en 2007 dans la province de Kalasin, attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs.

Un « Jurassic Park » thaïlandais en plein essor

Dans la province de Khon Kaen, les effigies de dinosaures côtoient les temples bouddhistes, symbolisant cette nouvelle identité locale. « La région de l’Isan est le centre névralgique de la recherche paléontologique en Asie du Sud-Est », souligne le professeur Richard Cloutier, de l’université du Québec à Rimouski, cité par Le Figaro. Si la Chine, la Mongolie ou la Russie restent des territoires incontournables pour les paléontologues, le sol thaïlandais offre des indices inédits sur l’évolution des reptiles préhistoriques.

« Les dinosaures de notre pays diffèrent de ceux trouvés ailleurs », explique Suravech Suteethorn, chercheur à l’université Maha Sarakham. « La période de nos découvertes comble un chaînon manquant dans les archives paléontologiques d’autres régions. » Les spécimens récemment identifiés, comme le Nagatitan chaiyaphumensis ou l’Uragasaurus kalasinensis, ont été exhumés il y a une dizaine d’années, mais leur validation scientifique a demandé des années de vérifications minutieuses.

Des fouilles coûteuses et des financements insuffisants

Les étagères de l’université Maha Sarakham plient sous le poids de fossiles de vertèbres, de cous et de pattes, souvent réduits à l’état de pierres érodées pour des yeux non avertis. Pourtant, des centaines d’autres restes attendent encore d’être dégagés, notamment dans le parc national de Phu Wiang, à deux heures de route de là. C’est là que Suravech Suteethorn et son père, Varuvudh, mènent leurs campagnes de fouilles sous un toit de fortune, protégé des pluies de mousson.

« Nous travaillons sur un fossile de cou qui pourrait représenter la prochaine découverte majeure en Thaïlande », confie le paléontologue à l’AFP. Bien qu’il reste discret sur les détails, il promet que son officialisation « impressionnera » le public, peut-être dès cette année. « Ces nouvelles découvertes montrent la grandeur et la richesse du passé de notre pays », ajoute-t-il. Un passé qui, malgré des moyens limités, attire désormais des touristes en quête d’aventures scientifiques, loin des plages et des stations balnéaires habituelles.

Une attractivité touristique et scientifique grandissante

Le musée des dinosaures de Kalasin, ouvert en 2007, attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs. « J’ai entendu parler des dinosaures il y a quelques mois et je suis curieux d’en savoir plus », confie Songyos Toongtubtim, retraité rencontré dans un autre musée à Khon Kaen. L’engouement pour ces découvertes s’ajoute à la réputation gastronomique de la région, offrant une nouvelle facette à l’Isan.

Thitiwoot Sethapanichsakul, de l’University College London, confirme l’intérêt scientifique de la zone : « Le climat sec et la végétation clairsemée de l’Isan exposent les roches fossilifères, tandis que ses couches sédimentaires préservent des restes de dinosaures. » Une configuration rare qui explique pourquoi le pays est devenu un terrain de jeu privilégié pour les paléontologues. « Je pense et j’espère que la ruée actuelle vers les dinosaures en Thaïlande n’est qu’un début », déclare-t-il. Pourtant, malgré cet essor, les équipes peinent à obtenir des financements stables. « Nous demandons l’aide du gouvernement thaïlandais, mais c’est très difficile à obtenir à chaque fois », regrette Suravech Suteethorn, qui rêve, avec humour, « du moment où un milliardaire soutiendra [son] projet, comme dans *Jurassic Park*. »

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir l’officialisation d’une troisième espèce de dinosaure, selon Suravech Suteethorn. D’autres fossiles, encore enfouis dans les sédiments de l’Isan, pourraient également être exhumés dans les années à venir, à condition que les financements suivent. Les chercheurs espèrent aussi que ces découvertes renforceront l’attractivité du musée de Kalasin, voire justifieront la création de nouveaux sites dédiés à la paléontologie en Thaïlande.

Un patrimoine géologique et culturel en devenir

Ces avancées s’inscrivent dans un contexte plus large où l’Asie du Sud-Est cherche à valoriser son héritage paléontologique. « La Thaïlande diffère de ses voisins par la spécificité de ses fossiles », rappelle Suravech Suteethorn. Ces différences pourraient, à terme, permettre de mieux comprendre la répartition des dinosaures sur le continent asiatique pendant le Crétacé. Pour l’instant, les fouilles se poursuivent, malgré des moyens logistiques et financiers souvent insuffisants.

Les touristes, de leur côté, semblent conquis. Entre deux dégustations de som tam ou de larb, certains n’hésitent plus à visiter les sites de fouilles ou les musées pour découvrir les vestiges de ces géants disparus il y a des millions d’années. Une manne économique non négligeable pour une région où l’agriculture et le tourisme balnéaire dominaient jusqu’ici.

« Ces découvertes montrent que la Thaïlande a bien plus à offrir que ses plages ou sa cuisine », conclut Suravech Suteethorn. Un argument qui pourrait, à l’avenir, inciter les autorités locales et nationales à investir davantage dans ce secteur encore émergent.

Les chercheurs espèrent officialiser une troisième espèce de dinosaure d’ici la fin de l’année 2026. D’autres fouilles sont prévues dans le parc national de Phu Wiang, mais leur progression dépendra des financements disponibles. Le musée de Kalasin pourrait également être agrandi pour accueillir de nouvelles expositions.

Selon Suravech Suteethorn, les fossiles thaïlandais datent d’une période géologique spécifique, le Crétacé inférieur, qui comble un vide dans les archives paléontologiques. Leur composition et leur localisation offrent des indices uniques sur l’évolution des dinosaures en Asie du Sud-Est.