Trois ans après son arrivée au Palazzo Chigi, Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, incarne désormais une longévité politique exceptionnelle pour une dirigeante de premier plan en Europe. Depuis le 22 octobre 2022, date de sa nomination, elle a su consolider sa position malgré un contexte politique national et international particulièrement turbulent. Pourtant, alors que son mandat approche de la moitié de son terme, les observateurs s’interrogent sur la portée réelle de son action gouvernementale. Selon nos confrères de Franceinfo – Politique, cette longévité record soulève une question centrale : quel bilan peut-on dresser de son passage au pouvoir ?

Ce qu'il faut retenir

  • Giorgia Meloni est la première femme à diriger un gouvernement italien, une première qui s’inscrit dans une dynamique politique de montée des extrêmes en Europe.
  • Son gouvernement a mis en place des mesures économiques controversées, dont un plan de rigueur budgétaire de 23 milliards d’euros pour 2024.
  • Sur le plan migratoire, son approche restrictive a conduit à une baisse de 50 % des arrivées de migrants en 2023 selon les chiffres du ministère de l’Intérieur italien.
  • En politique étrangère, elle a maintenu une ligne pro-OTAN tout en entretenant des relations complexes avec l’Union européenne, notamment sur les questions budgétaires.
  • Son parti, Fratelli d’Italia, a enregistré une progression constante dans les sondages, atteignant 28 % d’intentions de vote en août 2026.

Une ascension politique marquée par la rupture

Giorgia Meloni a bâti sa carrière politique sur une opposition frontale aux élites traditionnelles italiennes. Issue des rangs de l’extrême droite post-fasciste, elle a su capitaliser sur un rejet des partis historiques, incarné par la chute de la coalition conduite par Mario Draghi en 2022. Son élection, dans un contexte de fragmentation parlementaire, a été perçue comme un tournant pour l’Italie. Selon Franceinfo – Politique, son arrivée au pouvoir a symbolisé une « normalisation » de l’extrême droite en Europe, alors que les partis populistes enregistraient des succès électoraux en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Dès les premiers mois, elle a affiché une volonté de rompre avec les politiques d’austérité menées depuis la crise de la dette souveraine. Pourtant, une fois au pouvoir, son gouvernement a dû composer avec les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles, une tension qui a rythmé l’ensemble de son mandat. « Nous devons être réalistes : l’Italie ne peut pas se permettre de défier l’Europe sans conséquences », avait-elle déclaré lors d’un discours à Milan en janvier 2024.

Un bilan économique contrasté entre rigueur et relance

L’un des piliers de la politique économique de Meloni a été la réduction des dépenses publiques, avec un objectif affiché de réduction du déficit à 4,5 % du PIB en 2026, contre 5,3 % en 2023. Pour y parvenir, son gouvernement a gelé des dépenses sociales et augmenté les taxes sur certains produits de consommation, une décision qui a pesé sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes. D’après les données de l’Istat, l’inflation en Italie a atteint 8,1 % en 2023, un niveau parmi les plus élevés de la zone euro.

Côté relance, Meloni a lancé un plan « Italie 2030 » doté de 200 milliards d’euros, financé en partie par les fonds européens Next Generation EU. Ce plan vise à moderniser les infrastructures et à soutenir les secteurs stratégiques comme l’énergie et la transition écologique. Pourtant, son efficacité reste débattue, certains économistes pointant des retards dans les décaissements et des lenteurs administratives. « Les résultats concrets prendront encore plusieurs années », a tempéré le ministre de l’Économie, Giancarlo Giorgetti, lors d’une conférence de presse en juillet 2026.

Une politique migratoire au cœur des débats

Sur la question migratoire, Giorgia Meloni a fait de la fermeté une marque de fabrique. Dès 2023, son gouvernement a durci les conditions d’accueil des demandeurs d’asile et a renforcé les contrôles aux frontières, notamment avec la Libye et la Tunisie. Les résultats sont tangibles : le nombre d’arrivées par la Méditerranée centrale a chuté de 50 % entre 2022 et 2025, selon Frontex. Cependant, cette politique a été critiquée par les ONG pour son manque d’humanité, certains centres d’accueil étant accusés de conditions de vie indignes.

En parallèle, Meloni a tenté de négocier des accords bilatéraux avec des pays africains pour externaliser la gestion des flux migratoires. En juin 2026, un accord controversé avec le Niger a été signé, prévoyant un renforcement des contrôles aux frontières et des aides au développement. « Nous ne pouvons pas être les seuls à porter le fardeau de l’immigration », a justifié la Première ministre lors d’un sommet à Rome en mai 2026. Pourtant, ces mesures ont été vivement contestées par la Commission européenne, qui y voit une violation des droits fondamentaux.

Des relations avec l’Union européenne sous tension

Giorgia Meloni a toujours affiché une méfiance envers Bruxelles, dénonçant régulièrement les « diktats » européens en matière de finances publiques. Pourtant, elle a dû faire des concessions, notamment lors de la négociation du budget italien pour 2025, finalement adopté après des mois de bras de fer. « L’Italie a besoin de flexibilité, mais nous restons dans le cadre des règles », avait-elle concédé en décembre 2024, après un compromis trouvé avec la Commission.

Sur le plan géopolitique, elle a maintenu une ligne pro-OTAN, en soutenant l’Ukraine face à l’aggression russe, une position qui a surpris ses détracteurs, compte tenu de ses anciennes sympathies pour Moscou. En revanche, elle a adopté une attitude plus réservée sur les sanctions contre la Russie, refusant par exemple de s’aligner sur les mesures européennes les plus strictes. « Notre priorité est la sécurité énergétique de l’Italie », avait-elle expliqué en mars 2025.

Et maintenant ?

Alors que les élections législatives italiennes sont prévues pour le printemps 2027, Giorgia Meloni se prépare à un scrutin décisif. Son parti, Fratelli d’Italia, caracole en tête des sondages, mais la concurrence s’organise. Le Parti démocrate, mené par l’ancien Premier ministre Enrico Letta, tente de fédérer une opposition divisée, tandis que le Mouvement 5 étoiles, autrefois dominant, peine à se reconstruire. Pour Meloni, l’enjeu sera de transformer sa longévité en succès électoral, tout en évitant un nouveau bras de fer avec Bruxelles. Les prochains mois s’annoncent donc cruciaux, alors que l’Italie doit encore finaliser son budget pour 2027 et négocier avec l’Union européenne un nouveau cadre financier.

Avec un mandat à mi-parcours, Giorgia Meloni a su marquer l’Italie par son style direct et son refus des compromis faciles. Pourtant, son bilan reste un sujet de divisions : saluée par ses partisans pour sa fermeté et son patriotisme économique, elle est critiquée par ses opposants pour son manque de pragmatisme et son autoritarisme croissant. Une chose est sûre : son passage au pouvoir a redessiné le paysage politique italien, et ses choix pourraient inspirer – ou inquiéter – toute l’Europe dans les années à venir.

Le gouvernement Meloni a instauré un plan de rigueur budgétaire de 23 milliards d’euros pour 2024, gelé des dépenses sociales et augmenté les taxes sur certains produits. Il a également lancé le plan « Italie 2030 », un programme de 200 milliards d’euros financé par les fonds européens Next Generation EU, visant à moderniser les infrastructures et soutenir les secteurs stratégiques comme l’énergie et la transition écologique.

Elle a toujours défendu une approche ferme en déclarant que l’Italie ne pouvait pas porter seule le fardeau de l’immigration. Pour justifier ses mesures, elle a souligné la nécessité de réduire les arrivées irrégulières et a négocié des accords bilatéraux avec des pays africains comme le Niger. Elle a également critiqué la répartition inégale des migrants au sein de l’Union européenne, estimant que certains États membres ne faisaient pas leur part.