Près de six ans après le lancement chaotique de Cyberpunk 2077, le studio polonais CD Projekt Red affirme avoir tiré les leçons de ses erreurs. Dans un entretien accordé à GamesRadar+ et publié le 19 mai 2026, deux responsables techniques du studio ont détaillé les changements structurels apportés au développement de The Witcher 4, afin d’éviter une répétition des dysfonctionnements qui avaient marqué la sortie du précédent RPG ambitieux.
Selon Numerama, le studio a opéré une refonte complète de sa méthode de travail, en particulier sur la gestion de la documentation technique. Jusqu’ici, CD Projekt Red était réputé pour son manque de formalisation à long terme, où les connaissances étaient souvent cloisonnées par équipes et peu partagées. Une approche qui avait contribué aux difficultés rencontrées lors du développement de Cyberpunk 2077, sorti en décembre 2020.
Ce qu'il faut retenir
- Une documentation centralisée : Tous les fichiers techniques sont désormais partagés à 100 % entre les différentes antennes du studio, et leur utilisation est obligatoire à chaque étape de production.
- Fin du cloisonnement des savoirs : Les solutions techniques trouvées par une équipe peuvent être consultées et réutilisées par d’autres, évitant ainsi la répétition des mêmes problèmes.
- Un volume maîtrisé : Contrairement à Cyberpunk 2077, où la documentation avait atteint un volume ingérable, The Witcher 4 bénéficiera d’une approche plus structurée, sans fragmentation entre supports physiques et cloud.
- Une communication interne repensée : Les outils et lignes de code sont désormais documentés de manière exhaustive pour fluidifier le travail des développeurs, sous la responsabilité de Jarosław Ruciński et Adrian Fulneczek.
- Un enjeu commercial majeur : Avec une licence aussi établie que The Witcher, le studio ne peut se permettre un nouveau lancement raté, les joueurs n’ayant « pas deux fois » de seconde chance.
Cyberpunk 2077, un échec aux conséquences durables
Le lancement de Cyberpunk 2077 avait révélé les failles d’un développement sous-estimé. Le studio avait sous-estimé la complexité technique d’un RPG en monde ouvert, accumulant des retards et des bugs majeurs à la sortie. Pour rattraper le jeu, CD Projekt Red avait dû mobiliser des ressources colossales, au point de fragiliser financièrement l’entreprise pendant près de deux ans. « On avait les yeux plus gros que le ventre », avait admis le studio à l’époque. The Witcher 4 représente donc un test crucial pour CD Projekt Red, d’autant que la licence The Witcher est bien plus ancrée auprès du public que Cyberpunk ne l’était à sa sortie.
« Les joueuses et les joueurs ne lui pardonneront pas une deuxième fois », avait souligné Numerama, rappelant que l’attente autour du nouveau titre est immense. Le studio polonais a donc décidé de revoir en profondeur ses méthodes de production, avec une priorité absolue : la documentation technique. Une approche qui s’imposait, au vu des retours d’expérience négatifs de Cyberpunk 2077.
Une documentation technique repensée pour The Witcher 4
Adrian Fulneczek et Jarosław Ruciński, en charge de la rédaction technique chez CD Projekt Red, ont détaillé les évolutions mises en place. Historiquement, le studio n’avait pas de stratégie de documentation sur le long terme. Les outils et lignes de code étaient souvent peu documentés, voire verrouillés par des autorisations d’équipes spécifiques. Résultat : une fragmentation des connaissances, où les mêmes problèmes devaient parfois être résolus plusieurs fois par différentes équipes.
« C’était très difficile à comprendre pour nous, ainsi que pour nos partenaires externes… Si vous le pouvez, évitez de fragmenter l’information entre plusieurs plateformes ou différents outils. Il faut impérativement créer des liens très clairs entre eux », a déclaré Adrian Fulneczek lors de l’entretien avec GamesRadar+. Pour The Witcher 4, une politique de documentation stricte a été instaurée : tous les fichiers sont désormais partagés entre toutes les équipes du studio, et leur utilisation est devenue « non négociable » à chaque étape du développement.
« Contrairement à avant, désormais, nos connaissances ne sont plus verrouillées par les autorisations d’équipes spécifiques. C’est un actif partagé. Si une équipe travaillant sur The Witcher, par exemple, trouve une solution à un problème précis, l’équipe de Cyberpunk peut la voir, en profiter, l’intégrer à son propre code et probablement la modifier un peu. »
— Jarosław Ruciński, responsable technique chez CD Projekt Red
Cette mutualisation des savoirs vise à éviter les doublons et à accélérer la résolution des problèmes techniques. « L’avenir est très prometteur. On a retenu la leçon », a conclu Adrian Fulneczek, tout en rappelant que le studio devra aussi éviter les erreurs de communication, comme promettre un jeu trop beau pour être vrai.
Un cloisonnement des équipes devenu contre-productif
Avant Cyberpunk 2077, CD Projekt Red n’avait jamais réellement formalisé sa stratégie de documentation. Les équipes travaillaient en silos, avec peu de partage des bonnes pratiques ou des solutions techniques déjà développées. Résultat : une documentation qui devenait ingérable au fil du temps, surtout avec l’ajout de contenus additionnels comme le DLC Phantom Liberty, où des documents physiques côtoyaient des fichiers stockés dans le cloud.
« Le mélange de supports a empiré les choses, rendant l’accès à l’information encore plus complexe », a expliqué Adrian Fulneczek. Pour The Witcher 4, le studio a donc opté pour une approche unifiée, où tous les fichiers techniques sont accessibles et modifiables par l’ensemble des développeurs, où qu’ils se trouvent. Une mesure qui s’inscrit dans une logique de « transparence totale » et de « collaboration renforcée ».
Pour l’heure, CD Projekt Red mise sur une transparence accrue et une documentation technique centralisée pour sécuriser le développement de The Witcher 4. Une approche qui pourrait redéfinir les standards de production dans l’industrie du jeu vidéo, où les projets ambitieux sont souvent synonymes de risques élevés. Le studio polonais a-t-il vraiment tourné la page des dérives passées ? La réponse dépendra du succès critique et commercial de son prochain titre.
Selon Numerama, les principaux défauts incluent un manque de documentation technique structurée, un cloisonnement excessif des équipes limitant le partage des connaissances, et une sous-estimation des défis techniques liés à un RPG en monde ouvert. Ces lacunes avaient conduit à un volume de documentation ingérable, à des retards importants et à des bugs majeurs à la sortie du jeu.
À ce jour, CD Projekt Red n’a pas communiqué de date de sortie officielle pour The Witcher 4. Le studio se concentre actuellement sur l’amélioration de ses processus de développement et la finalisation des outils techniques nécessaires à la production du jeu.