L’économiste Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, a récemment interpellé le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Selon BFM Business, il l’accuse de délocaliser ses profits dans des pays à faible fiscalité, notamment en Suisse et à Singapour, tout en réalisant des pertes en France malgré la présence de plus de 30 000 salariés dans l’Hexagone.
Ce qu'il faut retenir
- Gabriel Zucman accuse TotalEnergies de délocaliser ses profits dans des paradis fiscaux comme la Suisse ou Singapour, où l’entreprise réaliserait entre un quart et un tiers de ses bénéfices mondiaux, imposés à des taux compris entre 5 % et 10 %.
- En France, TotalEnergies a déclaré 300 millions d’euros de pertes en 2025, ce qui l’exonère d’impôt sur les sociétés dans l’Hexagone, à l’exception de 2024 où elle a payé 95 millions de dollars.
- Le groupe pétrolier affirme avoir payé près de 100 milliards de dollars d’impôts sur cinq ans, avec un taux moyen d’imposition mondial de 43 %, supérieur au taux français de 25,8 %.
- TotalEnergies conteste l’idée d’optimisation fiscale, soulignant que ses activités en Suisse et à Singapour sont soumises à des taux d’imposition de 15 % et qu’il s’agit de hubs économiques légitimes.
- Selon le groupe, la catégorie « Reste du monde » dans ses rapports financiers regroupe une cinquantaine de pays avec un taux effectif d’imposition moyen de 17,8 % en 2024.
Un débat relancé par les déclarations de Gabriel Zucman
Dans une vidéo postée en ligne, Gabriel Zucman a reproché à TotalEnergies de ne déclarer aucun bénéfice en France depuis des années, alors que le groupe emploie plus de 30 000 salariés dans le pays. Selon ses calculs, « en France, année après année, vous ne déclarez aucun bénéfice, bien que vous y employiez plus de 30 000 salariés, donc vous ne payez pas d’impôt sur les sociétés », a-t-il déclaré. Les rapports annuels du groupe confirment que TotalEnergies a enregistré 11 milliards d’euros de bénéfices mondiaux en 2025, mais 300 millions d’euros de pertes en France, où ses activités de raffinage et de distribution sont jugées « structurellement peu rentables ».
Cette situation, selon Gabriel Zucman, révèle une stratégie d’optimisation fiscale. L’économiste a souligné que les activités de TotalEnergies en Suisse et à Singapour, souvent qualifiées de paradis fiscaux, sont dissimulées dans le rapport annuel du groupe sous une ligne intitulée « Reste du monde ». Cette catégorie regrouperait, selon ses estimations, « les plus grands paradis fiscaux de la planète », où le groupe réaliserait entre un quart et un tiers de ses bénéfices, soumis à des taux d’imposition « dérisoires » de 5 % à 10 %. « Vous êtes en réalité très fort pour délocaliser les profits dans les pays à faible fiscalité », a-t-il lancé à Patrick Pouyanné.
TotalEnergies rejette les accusations et défend son taux d’imposition mondial
Face à ces critiques, TotalEnergies a réagi avec fermeté. Le groupe a rappelé, lors de son audition à la commission des finances de l’Assemblée nationale mercredi, qu’il avait payé près de 100 milliards de dollars d’impôts sur les bénéfices au cours des cinq dernières années. Selon Patrick Pouyanné, le taux moyen d’imposition de TotalEnergies dans le monde s’élève à 43 %, un niveau bien supérieur au taux français de 25,8 %. « Nous ne sommes pas très bons dans la délocalisation de nos profits dans les pays à faible fiscalité », a-t-il ironisé. « Parce que si nous l’étions, nous choisirions plutôt d’être fiscalisés en France que de l’être dans les pays producteurs. »
Le PDG du groupe a également défendu la fiscalité des pays où TotalEnergies exerce ses activités. Il a souligné que ces États, souvent producteurs de pétrole, appliquent des taux d’imposition élevés, comme 78 % en Norvège et au Royaume-Uni, ou plus de 90 % dans les pays du Golfe. « Ces pays hôtes veillent légitimement à recevoir un juste retour de l’exploitation de leurs ressources naturelles. La fiscalité y est donc élevée », a-t-il argumenté. TotalEnergies a en outre précisé que la catégorie « Reste du monde » de ses rapports financiers inclut une cinquantaine de pays, avec un taux effectif d’imposition moyen de 17,8 % en 2024.
Un désaccord persistant sur la qualification des activités en Suisse et à Singapour
Gabriel Zucman a contesté cette analyse, affirmant que la Suisse et Singapour, où TotalEnergies réalise une partie de ses bénéfices, sont bien des paradis fiscaux. Selon lui, ces territoires permettent au groupe de minimiser son imposition grâce à des taux dérisoires. L’économiste a reproché au rapport annuel du groupe de ne pas détailler suffisamment les bénéfices réalisés dans ces pays, les regroupant sous une ligne floue. « Il est de notoriété publique que vous avez des activités dans ces territoires qui sont parmi les plus gros paradis fiscaux de la planète », a-t-il souligné.
TotalEnergies a balayé ces accusations, qualifiant de « tout simplement faux » le lien entre ses activités en Suisse et à Singapour et l’évasion fiscale. Le groupe a expliqué que ces deux pays ne sont pas des paradis fiscaux, mais des « hubs mondiaux du négoce des matières premières », où il est imposé à hauteur de 15 %. « Ce sont des pays de référence, appliquant les standards internationaux, où nous exerçons des activités économiques réelles », a précisé TotalEnergies. Le groupe a conclu que réduire sa fiscalité à une simple question de paradis fiscaux revenait à « caricaturer une réalité économique et fiscale complexe ».
Pour Gabriel Zucman, la question reste entière : comment expliquer que des multinationales comme TotalEnergies, réalisant des milliards de bénéfices, puissent échapper à l’impôt dans certains pays tout en y employant des milliers de salariés ? Le sujet, déjà complexe, risque de s’inviter durablement dans le débat public, notamment à l’approche des prochaines élections ou des discussions budgétaires en France.
TotalEnergies a déclaré 300 millions d’euros de pertes en France en 2025, ce qui l’exonère légalement d’impôt sur les sociétés. Ses activités de raffinage et de distribution y sont jugées « structurellement peu rentables ». Seule exception récente : en 2024, le groupe a payé 95 millions de dollars d’impôt en France.
Selon TotalEnergies, cette catégorie regroupe une cinquantaine de pays, avec un taux effectif d’imposition moyen de 17,8 % en 2024. Gabriel Zucman estime qu’elle inclut des paradis fiscaux comme la Suisse ou Singapour, où le groupe réaliserait entre un quart et un tiers de ses bénéfices, imposés à des taux de 5 % à 10 %.