Le début de la saison touristique à Djerba, en Tunisie, se déroule dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient, selon Le Figaro. Malgré des paysages paradisiaques et un climat ensoleillé toute l’année, les professionnels du secteur constatent un ralentissement des nouvelles réservations, sans pour autant enregistrer d’annulations massives.

Ce qu'il faut retenir

  • Les nouvelles réservations à l’hôtel Royal Garden Palace sont passées de 100 par jour à 50 depuis les frappes israélo-américaines sur l’Iran fin février.
  • Le coût des billets d’avion a augmenté de 70 à 80 euros en moyenne, incitant les touristes à chercher des alternatives moins chères.
  • En 2025, Djerba a accueilli 1,23 million de touristes, en hausse de 5 % par rapport à 2024, mais cette année, les prévisions de croissance de 7 à 8 % sont revues à la baisse.
  • Les compagnies aériennes ont programmé 5 600 vols entre avril et septembre, soit 3,3 % de plus qu’en 2025, principalement en provenance d’Europe.
  • La Tunisie reste perçue comme une destination sûre en Méditerranée, contrairement à des pays comme la Turquie ou l’Égypte, également touchés par le conflit.

Depuis le début du mois de mai, Djerba, grande île du sud de la Tunisie située à 500 km de Tunis, entame sa pleine saison touristique. Pourtant, les acteurs du secteur observent une baisse significative de l’activité, directement liée à l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Le Figaro a recueilli les témoignages de professionnels du tourisme, qui confirment un net ralentissement des prises de réservations, bien que les annulations restent rares.

À l’hôtel Royal Garden Palace, établissement cinq étoiles situé à proximité d’une longue plage de sable blanc, le directeur Anane Kamoun constate une baisse de moitié des nouvelles réservations quotidiennes. « Avant les frappes israélo-américaines sur l’Iran fin février, nous recevions par exemple 100 nouvelles réservations par jour, maintenant c’est seulement 50 », explique-t-il à l’AFP. Pourtant, il se félicite de l’absence d’annulations dans son établissement, tout en soulignant que « la machine tourne moins vite qu’avant les perturbations provoquées par le conflit ».

« Quand les billets d’avion coûtent en moyenne 70 à 80 euros de plus, ce n’est pas rien, et le touriste commence à chercher une alternative pour ses vacances. »
— Anane Kamoun, directeur de l’hôtel Royal Garden Palace

Cette situation s’explique en grande partie par la flambée des prix du kérosène, dont le cours a doublé depuis le début de l’année. Les compagnies aériennes, contraintes d’augmenter leurs tarifs ou d’annuler les vols les moins rentables, répercutent cette hausse sur les billets. Résultat : les touristes, notamment européens, se tournent vers des destinations moins onéreuses ou plus proches de chez eux. Djerba, située à seulement deux heures de vol des capitales européennes, bénéficie cependant d’un avantage compétitif grâce à sa proximité et à la présence de compagnies low-cost sur ses lignes.

Selon Hichem Mahouachi, délégué régional de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), la Tunisie reste une destination attractive malgré le contexte géopolitique. « Certaines destinations vont être affectées plus que d’autres, en particulier celles nécessitant un long-courrier », précise-t-il. « La hausse des prix du kérosène ne sera pas ressentie de la même façon qu’à bord d’un vol long-courrier. La Tunisie pourrait en profiter, d’autant qu’elle est considérée comme l’une des destinations les plus sûres du bassin méditerranéen. »

En 2025, Djerba a accueilli 1,23 million de touristes, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente et de 1,1 % par rapport au record de 2019, enregistré avant la pandémie de Covid-19. Cette performance avait permis à l’île de confirmer son statut de destination phare de la Tunisie, où le tourisme représente environ 10 % du PIB et génère quelque 400 000 emplois. Pour l’année en cours, les autorités escomptaient une croissance de 7 à 8 %, un objectif désormais compromis par la crise actuelle.

Malgré ce contexte difficile, les compagnies aériennes maintiennent leur confiance dans le marché tunisien. Selon les chiffres de l’ONTT, 5 600 vols sont programmés entre avril et septembre, soit 3,3 % de plus qu’en 2025. Ces vols, en provenance de 16 pays principalement européens, confirment l’attractivité de la Tunisie comme destination de proximité. « La Tunisie est située à seulement deux heures de vol de toutes les capitales européennes », rappelle Hichem Mahouachi, qui mise sur cet atout pour limiter l’impact de la crise.

Les professionnels du secteur soulignent également la stabilité politique relative de la Tunisie, souvent citée comme un facteur de sécurité par rapport à d’autres pays méditerranéens. « La Tunisie reste une destination sûre, ce qui constitue un avantage compétitif face à des pays comme la Turquie ou l’Égypte, également touchés par les répercussions du conflit », indique le délégué de l’ONTT. Cette perception pourrait inciter certains touristes à privilégier Djerba plutôt que d’autres destinations perçues comme plus risquées.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’ampleur de l’impact des tensions au Moyen-Orient sur la saison touristique à Djerba. Les professionnels du secteur misent sur une stabilisation des prix du kérosène et une reprise progressive des réservations, notamment si les compagnies aériennes parviennent à maintenir leurs vols. Une relance des négociations diplomatiques pourrait également rassurer les voyageurs et relancer l’attractivité de la destination. Reste à voir si ces espoirs se concrétiseront d’ici la haute saison estivale.

En attendant, les acteurs du tourisme tunisien appellent à la prudence. Bien que la Tunisie reste perçue comme une destination sûre, la prudence des voyageurs pourrait continuer de peser sur les réservations. Les autorités locales et les professionnels du secteur pourraient multiplier les campagnes promotionnelles pour compenser la baisse de fréquentation, tout en mettant en avant la qualité des infrastructures et la diversité des activités proposées à Djerba.

Cette situation rappelle les défis auxquels fait face le secteur touristique mondial, confronté à des crises géopolitiques et économiques récurrentes. Pour Djerba, l’enjeu sera de préserver son attractivité malgré un contexte international incertain, tout en s’adaptant aux nouvelles attentes des voyageurs, de plus en plus sensibles aux critères de sécurité et de rapport qualité-prix.

Les tensions au Moyen-Orient ont provoqué une hausse du prix du kérosène, dont le cours a doublé depuis le début de l’année. Cette flambée des coûts se répercute sur les billets d’avion, incitant les touristes à chercher des alternatives moins chères. Bien que Djerba bénéficie d’un avantage géographique (proximité avec l’Europe et présence de compagnies low-cost), la hausse des prix freine les nouvelles réservations, même si les annulations restent rares.