Alors que la France devait transposer avant le 7 juin 2026 une directive européenne sur la transparence des salaires, le projet de loi hexagonal reste en suspens. Selon BFM Business, le président du Medef, Patrick Martin, a vivement critiqué ce texte qu’il juge porteur de « résultats catastrophiques » pour les entreprises. Invité sur Franceinfo ce mardi 16 juin 2026, il a dénoncé une mesure « animée par de bonnes intentions, mais avec des résultats catastrophiques », mettant en garde contre ses conséquences économiques et sociales.
Ce qu'il faut retenir
- La directive européenne sur la transparence salariale, adoptée en avril 2023, impose aux entreprises de publier des fourchettes de salaires dans leurs offres d’emploi et d’informer les salariés sur les rémunérations de leurs collègues occupant un poste de « valeur égale », ventilées par sexe.
- La France a échoué à transposer cette directive dans les délais, avec une échéance fixée au 7 juin 2026. Le projet de loi est en cours d’examen, mais son adoption n’est pas prévue avant « la fin de l’année 2026 », selon les déclarations du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, début juin.
- Le Medef craint que ces nouvelles règles n’aggravent l’incertitude économique pour les entreprises, déjà affectées par un contexte fiscal et réglementaire jugé complexe. Patrick Martin évoque même la nécessité d’embaucher « des palanquées de DRH » pour se conformer à la loi.
- En France, l’écart de salaire moyen entre les femmes et les hommes reste de 21,8 % (Insee, 2024), un chiffre qui tombe à 3,6 % pour un même emploi dans un même établissement.
Une directive européenne pour réduire les inégalités salariales
Adoptée par les États membres en avril 2023, la directive européenne sur la transparence salariale vise à lutter contre les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. Son objectif principal est d’obliger les entreprises à rendre publics les écarts de salaire au sein de leurs équipes, notamment pour les postes de « valeur égale ». Concrètement, le texte exige que les offres d’emploi mentionnent une fourchette de salaire et que les salariés puissent accéder à des données ventilées par sexe sur les niveaux de rémunération de leurs collègues. Cette mesure s’inscrit dans une logique de transparence accrue, alors que l’écart salarial persiste en France, malgré l’index Pénicaud, mis en place depuis 2019 pour mesurer et corriger les inégalités professionnelles.
Pourtant, selon Patrick Martin, cette approche risque de produire l’effet inverse de celui escompté. « Vous ne savez pas si on ne va pas encore vous assommer d’impôts et de charges sociales, (si) on ne va pas encore vous assommer de complexité », a-t-il déclaré sur Franceinfo, soulignant que « l’incertitude, c’est terrible sur le plan économique ». Autant dire que le patronat craint un ralentissement des embauches et des investissements, dans un contexte déjà marqué par des tensions sur le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises françaises.
La France en retard, comme la majorité des États membres
La transposition de la directive européenne dans le droit français devait être effective avant le 7 juin 2026. Or, comme le rapporte BFM Business, la France fait partie des nombreux pays qui n’ont pas respecté ce délai. Seuls quelques États, dont l’Italie, ont finalisé leur processus de transposition à temps. En France, le projet de loi a été retardé en raison d’un « agenda parlementaire dense » et de divergences persistantes entre les organisations syndicales et patronales. Début juin, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué qu’il tablait sur une adoption du texte « d’ici la fin de l’année 2026 », sans préciser de calendrier plus précis. Cette situation place la France dans une position similaire à celle de nombreux autres États européens, où la transposition de la directive traîne en longueur.
Dans ce contexte, les organisations patronales, dont le Medef, n’excluent pas de demander une renégociation de la directive, tant au niveau national qu’européen. « On est très déterminé sur le sujet de l’égalité », a rappelé Patrick Martin, avant d’ajouter : « Mais ce que le gouvernement s’apprête à faire, ce n’est pas très compliqué : ça va dissuader les salariés qui veulent s’engager, qui veulent progresser, qui veulent être augmentés ». Selon lui, le texte risquerait d’instaurer un « principe d’égalitarisme » contre-productif, où les salariés les plus motivés seraient traités de la même manière que ceux moins engagés dans leur travail.
Complexité et coût : les craintes du Medef
Au-delà des conséquences économiques, Patrick Martin a pointé du doigt la « complexité » de la future loi, qu’il qualifie de « summum de ce qu’on n’a jamais vu en termes de complexité ». « Je peux vous dire qu’on va embaucher pour le coup des palanquées de DRH », a-t-il ironisé, alors que le gouvernement affiche une volonté de simplification administrative. Pour le président du Medef, cette mesure représente « une mauvaise réponse à un vrai problème », alors que la France tente de concilier lutte contre les inégalités salariales et attractivité de son marché du travail.
— L’écart de salaire moyen entre les femmes et les hommes en France reste marqué, même si des progrès ont été réalisés. Selon les dernières données de l’Insee (2024), le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes, un écart qui s’explique en partie par une plus forte proportion de temps partiels chez les femmes. À temps de travail égal, l’écart se réduit à 14 %, et tombe à 3,6 % pour un même emploi dans un même établissement. Ces chiffres illustrent les défis persistants en matière d’égalité professionnelle, malgré les dispositifs existants comme l’index Pénicaud.
Un débat sur l’équilibre entre transparence et compétitivité
Le débat autour de la transparence salariale soulève une question centrale : comment concilier la nécessité de réduire les inégalités avec le risque de décourager l’engagement des salariés et la flexibilité des entreprises ? Pour les partisans de la directive européenne, la transparence est un levier indispensable pour lutter contre les discriminations et favoriser une rémunération plus équitable. À l’inverse, les critiques, comme le Medef, estiment que cette approche pourrait avoir des effets pervers, notamment en complexifiant la gestion des ressources humaines et en réduisant les marges de manœuvre des employeurs.
Dans ce contexte, la France se trouve à la croisée des chemins. Alors que le gouvernement tente de trouver un équilibre entre ces enjeux, le patronat maintient la pression pour obtenir des ajustements. Patrick Martin a réaffirmé que « l’égalité professionnelle est un combat important », mais a mis en garde contre une mesure qu’il juge « contre-productive ». Le débat reste donc ouvert, avec des positions irréconciliables pour l’instant.
Dans l’attente, les entreprises françaises, déjà confrontées à un environnement économique incertain, devront se préparer à d’éventuels bouleversements dans leur gestion des ressources humaines. Quant aux salariés, ils pourraient bientôt disposer de davantage d’informations sur les rémunérations de leurs collègues, à condition que le texte soit adopté dans sa version actuelle – ou amendée pour répondre aux critiques du patronat.
La directive impose aux entreprises de publier des fourchettes de salaires dans leurs offres d’emploi et de fournir aux salariés des informations sur les niveaux de rémunération de leurs collègues occupant un poste de « valeur égale », ventilées par sexe. L’objectif est de réduire les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.
Le projet de loi a été retardé en raison d’un agenda parlementaire dense et de divergences persistantes entre les organisations syndicales et patronales. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué que le texte devrait être adopté « d’ici la fin de l’année 2026 ».