Un repli sur soi, une perte d’intérêt soudaine pour des activités autrefois appréciées ou encore des changements brutaux de comportement. Autant de signes qui peuvent alerter sur l’apparition d’un trouble mental chez un enfant, d’après le pédopsychiatre Olivier Bonnot.
Ce qu’il faut retenir
- Le pédopsychiatre Olivier Bonnot détaille cinq signaux d’alerte pouvant révéler un trouble mental chez l’enfant.
- Un enfant souffrant peut exprimer son mal-être par un retrait social, des troubles du sommeil ou une irritabilité inhabituelle.
- Les troubles bipolaires ou dépressifs peuvent se manifester dès l’enfance, mais leur diagnostic nécessite une évaluation professionnelle.
- L’éducation joue un rôle clé dans la prévention et la gestion de ces troubles.
- Le livre « Le manuel du pédopsy à l’usage des parents désorientés », coécrit par Olivier Bonnot, propose des conseils pratiques pour accompagner les familles.
Un enfant en souffrance : comment distinguer le passager du durable ?
Pour le professeur Olivier Bonnot, pédopsychiatre et coauteur du livre « Le manuel du pédopsy à l’usage des parents désorientés » (Marabout, 2025), un enfant en difficulté exprime souvent son mal-être à travers plusieurs comportements. Oscar, 7 ans, illustre parfaitement cette situation. Jusqu’ici bavard et enthousiaste à l’idée de retrouver ses camarades au club de football, le petit garçon a soudain changé d’attitude. Il refuse désormais d’y aller et reste mutique face à ses parents, qui s’inquiètent de ce revirement.
Selon le spécialiste, ces transformations ne doivent pas être minimisées. « Un enfant qui souffre d’un mal-être l’exprime souvent de plusieurs façons différentes. Soit il se replie sur lui-même, parle moins, soit il devient irritable ou exprime des plaintes somatiques », explique-t-il. Pour les parents, l’enjeu est de taille : distinguer une phase normale de développement d’un trouble psychiatrique potentiel, comme la dépression ou la bipolarité.
Cinq signaux qui doivent alerter les parents
Parmi les indicateurs les plus fréquents, Olivier Bonnot cite d’abord le repli sur soi. Un enfant qui cesse de partager ses journées, qui évite les interactions ou montre un désintérêt marqué pour ses passions habituelles doit alerter. « Quand un enfant qui aimait raconter ses aventures à l’école ou discuter pendant des heures de son sport préféré devient soudainement silencieux, c’est un signal fort », précise le pédopsychiatre.
Autre signe préoccupant : les troubles du sommeil. Des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes ou, à l’inverse, une fatigue excessive peuvent révéler une souffrance psychique. « Le sommeil est un indicateur clé. Un enfant qui se plaint systématiquement de ne pas dormir ou qui semble épuisé en permanence doit être écouté », ajoute-t-il. L’irritabilité, les changements d’appétit ou une baisse des résultats scolaires complètent cette liste de symptômes à surveiller.
Enfin, Olivier Bonnot insiste sur l’importance des comportements à risque. Un enfant qui se met en danger, par exemple en adoptant des conduites autodestructrices ou en exprimant des idées noires, nécessite une prise en charge immédiate. « Ces signes ne doivent pas être banalisés. Plus tôt on intervient, meilleures sont les chances d’éviter une aggravation », souligne-t-il.
Le rôle clé des parents et de l’éducation
Face à ces symptômes, l’attitude des parents est déterminante. Olivier Bonnot recommande d’abord de créer un espace d’écoute sans jugement. « Il faut encourager l’enfant à exprimer ce qu’il ressent, sans minimiser ses émotions ni le forcer à parler. Parfois, quelques mots suffisent pour qu’il se sente compris », explique-t-il. Il conseille également de limiter l’exposition aux écrans et de privilégier les activités en plein air, qui favorisent un meilleur équilibre émotionnel.
L’éducation, selon lui, doit aussi inclure une dimension préventive. « Les parents doivent être attentifs aux changements de comportement, même mineurs. Une communication ouverte et bienveillante est essentielle pour détecter les signaux faibles », ajoute-t-il. Pour les familles désorientées, son livre propose des pistes concrètes pour adapter leur approche et éviter les pièges courants, comme la surprotection ou, à l’inverse, la négligence.
Quand consulter un professionnel ?
Malgré les conseils prodigués, certains troubles nécessitent une intervention spécialisée. Olivier Bonnot rappelle que la bipolarité ou la dépression chez l’enfant sont des pathologies complexes, dont le diagnostic relève d’un pédopsychiatre ou d’un psychologue. « Si les symptômes persistent au-delà de quelques semaines, si l’enfant exprime une détresse intense ou si les difficultés interfèrent avec sa vie quotidienne, il est crucial de consulter », insiste-t-il.
Dans ces cas, une évaluation approfondie permettra d’écarter d’autres causes (troubles de l’apprentissage, TDAH, etc.) et d’envisager un accompagnement adapté. « Plus l’intervention est précoce, plus les chances de rétablissement sont élevées. Les parents ne doivent pas hésiter à solliciter un avis médical », conclut-il.
Face à l’augmentation des troubles mentaux chez les jeunes, les experts appellent à une mobilisation collective. Parents, enseignants et professionnels de santé sont invités à collaborer pour offrir un soutien adapté aux enfants en souffrance. « L’enjeu n’est pas seulement médical, mais aussi sociétal. Une prise de conscience collective est nécessaire pour briser les tabous et faciliter l’accès aux soins », rappelle Olivier Bonnot.
Le pédopsychiatre Olivier Bonnot recommande d’abord d’observer les changements de comportement sur une période de deux à trois semaines. Si les symptômes persistent, il conseille de consulter un médecin traitant ou un pédopsychiatre pour une évaluation. « L’important est d’agir sans tarder, mais sans précipitation. Un dialogue ouvert avec l’enfant et une écoute bienveillante sont les premières étapes », précise-t-il.