La France marque vendredi 8 mai 2026 une étape diplomatique et mémorielle en Algérie, à l’occasion de la commémoration des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata survenus en mai 1945. À la demande du président Emmanuel Macron, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, se rendra sur place pour participer à ces hommages officiels, a annoncé l’Élysée. L’objectif affiché est de « restaurer un dialogue efficace » entre les deux pays, alors que les relations franco-algériennes restent marquées par des tensions mémorielles persistantes.
Ce qu'il faut retenir
- Un déplacement officiel sous haute symbolique : Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, représente la France lors de la commémoration des événements de mai 1945 en Algérie.
- Une demande directe du président Macron : L’initiative s’inscrit dans une volonté de « restaurer un dialogue efficace » avec l’Algérie, selon les termes de l’Élysée.
- Les massacres de mai 1945 : Répression française de manifestations indépendantistes ayant fait plusieurs milliers de morts, selon les estimations historiques.
- Une date chargée d’histoire : Le 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande, mais aussi date des premiers heurts à Sétif, déclencheurs des violences.
- Un contexte diplomatique tendu : Les relations franco-algériennes restent fragilisées par des contentieux mémoriels non résolus.
Un hommage demandé par Paris pour apaiser les tensions mémorielles
La présence d’Alice Rufo en Algérie s’inscrit dans une démarche de réconciliation mémorielle, alors que les relations entre la France et l’Algérie peinent à trouver un équilibre. Paris a explicitement demandé à sa ministre de se rendre sur place pour marquer sa volonté de dialogue, comme l’a précisé l’Élysée dans un communiqué. Cette initiative intervient dans un contexte où les contentieux historiques – notamment la colonisation et la guerre d’indépendance (1954-1962) – continuent de peser sur les échanges bilatéraux.
Le choix de la date du 8 mai n’est pas anodin : ce jour commémore à la fois la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, où des milliers d’Algériens furent tués lors de la répression de manifestations indépendantistes. Ces événements, longtemps minimisés ou ignorés en France, occupent désormais une place centrale dans les débats mémoriels des deux côtés de la Méditerranée.
Les massacres de mai 1945 : un épisode toujours controversé
Entre le 8 et le 22 mai 1945, des heurts éclatent dans plusieurs villes d’Algérie, dont Sétif, Guelma et Kherrata. Les manifestations indépendantistes, organisées pour célébrer la victoire des Alliés, dégénèrent rapidement. La répression ordonnée par les autorités coloniales françaises fait, selon les sources, entre 15 000 et 45 000 morts parmi les Algériens, bien que les chiffres exacts restent débattus. En France, ces événements ont longtemps été présentés comme des « émeutes » ou des « troubles », avant que des travaux historiques ne les qualifient officiellement de massacres.
En 2021, Emmanuel Macron avait reconnu la « responsabilité écrasante et douloureuse de la France » dans ces événements, sans pour autant présenter des excuses formelles. Cette reconnaissance partielle avait suscité des réactions contrastées en Algérie, où certains attendaient des actes plus concrets. La visite d’Alice Rufo s’inscrit dans la continuité de cette approche progressive, tout en cherchant à relancer un dialogue diplomatique plus large.
Vers un rapprochement diplomatique ou une simple gestuelle politique ?
L’envoi d’une ministre française en Algérie pour commémorer des événements douloureux pour les Algériens envoie un signal fort, même si son impact reste à évaluer. Les relations entre les deux pays oscillent depuis des années entre coopération et tensions, notamment sur les questions migratoires, économiques ou énergétiques. La question mémorielle, bien que cruciale pour une partie de l’opinion publique algérienne, ne constitue qu’un volet d’un partenariat plus large.
Pourtant, les attentes sont réelles des deux côtés. En Algérie, la reconnaissance des crimes coloniaux est un sujet de fierté nationale et de revendications politiques. En France, une partie de la société civile et des associations militent pour une vérité historique complète, tandis que d’autres y voient une remise en cause de l’œuvre coloniale française. La présence d’Alice Rufo à Sétif pourrait donc être interprétée comme une étape vers une normalisation, ou au contraire comme une simple opération de communication.
La question des réparations symboliques ou financières, souvent évoquée par les autorités algériennes, n’a pas été abordée dans l’annonce de l’Élysée. Une éventuelle reconnaissance des massacres de 1945 comme crime d’État français pourrait, à terme, figurer parmi les demandes algériennes, comme ce fut le cas pour la guerre d’indépendance.
Il s’agit des violences réprimant des manifestations indépendantistes à Sétif, Guelma et Kherrata entre le 8 et le 22 mai 1945. La répression, ordonnée par les autorités coloniales françaises, aurait fait entre 15 000 et 45 000 morts selon les estimations historiques, bien que les chiffres restent controversés.