Une réalisatrice luso-espagnole, Ana Pérez-Quiroga, signe un documentaire centré sur l’histoire de sa mère, Angelita, contrainte de quitter l’Espagne pour l’Union soviétique à l’âge de quatre ans, pendant la guerre civile espagnole. Selon Euronews FR, ce film explore le parcours de cette réfugiée, passée d’un conflit à un autre avant de retrouver l’Espagne à l’âge adulte.

Ce qu'il faut retenir

  • Angelita a été exilée d’Espagne vers l’URSS en 1937, à l’âge de 4 ans, dans le cadre des transferts d’enfants républicains pendant la guerre civile espagnole.
  • Elle a vécu dans différents pays de l’ex-URSS — Ukraine, Kazakhstan, Sibérie et Moscou — jusqu’à son retour en Espagne dans les années 1950.
  • Son expérience, bien que marquée par des internats fermés et l’apprentissage tardif du russe, n’a pas été vécue comme un traumatisme par sa famille, selon les propos de sa fille, Ana Pérez-Quiroga.
  • Le documentaire, présenté en première mondiale au festival du documentaire de Thessalonique 2025, sera projeté au Portugal dès le 16 avril 2026.
  • Réalisatrice et plasticienne, Ana Pérez-Quiroga y mêle installations artistiques et récit familial pour interroger l’identité et l’appartenance.

Un exil forcé de l’Espagne à l’URSS

Le documentaire « Ana Pérez-Quiroga » — du nom de la réalisatrice — s’ouvre sur une question simple : « De quelle maison viens-tu ? ». Cette interrogation, au cœur du film, résume le parcours d’Angelita, une enfant espagnole arrachée à sa terre natale en 1937. Selon Euronews FR, sa famille, républicaine, a fui la répression franquiste en envoyant des centaines d’enfants en URSS, souvent via des organisations humanitaires ou politiques.

Angelita n’avait que quatre ans lorsqu’elle a quitté l’Espagne. Son voyage s’est transformé en une odyssée de plus de vingt ans à travers l’ex-URSS. D’abord installée à Kherson — aujourd’hui en Ukraine —, elle a ensuite été déplacée au Kazakhstan, puis dans un village isolé de Sibérie avant de s’établir à Moscou, où elle a finalement étudié la médecine. Autant dire que son enfance et son adolescence ont été rythmées par des déménagements forcés et une vie en vase clos, entourée d’autres enfants espagnols réfugiés.

Une enfance entre deux guerres et deux langues

Entre 1937 et 1953, Angelita a vécu dans des internats où l’espagnol restait la langue principale d’enseignement. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’elle a progressivement appris le russe, langue dominante de son quotidien. Selon les propos rapportés par sa fille à Euronews FR, cette période n’a pourtant pas été vécue comme un exil douloureux par sa mère. « Ma mère est une personne timide et introvertie. Elle parle peu de cette période. Mais quand elle l’a fait, elle ne nous a jamais donné l’idée que cette expérience était un traumatisme. J’ai toujours senti que c’était pour elle une aventure », explique Ana Pérez-Quiroga.

Cette vision, presque paradoxale, reflète une résilience remarquable. Angelita n’a en effet jamais transmis à ses enfants le sentiment d’une expérience traumatisante, préférant évoquer une forme d’aventure. Pourtant, son parcours entre deux conflits majeurs — la guerre civile espagnole puis la Seconde Guerre mondiale — aurait pu laisser des traces bien plus profondes.

Un retour en Espagne après la mort de Staline

Angelita n’a retrouvé l’Espagne qu’à l’âge de 24 ans, après la mort de Staline en 1953. Elle y est revenue pour entamer des études de médecine, un choix qui marquait le début d’une nouvelle vie. Ses parents, bien que républicains, avaient échappé à la répression franquiste. Seul son père avait été emprisonné brièvement, une peine qu’il avait purgée sans subir de représailles plus graves.

Une fois ses études terminées, Angelita a rencontré son futur mari et s’est installée dans le centre du Portugal, dans une propriété familiale où se trouvait un vignoble. C’est là, entre les vendanges et les souvenirs d’enfance, qu’Ana Pérez-Quiroga a puisé l’inspiration pour son documentaire. « Le film parle du temps. C’est pourquoi nous avons filmé deux récoltes, deux années consécutives. Je m’intéresse à la chronologie. Le film a trait à cette idée du temps, mais il y a aussi un autre concept derrière, qui est celui de la fracture. À qui appartient-on en terme d’identité ? », précise-t-elle dans une déclaration à Euronews FR.

Un film entre mémoire, identité et création artistique

Réalisatrice et plasticienne, Ana Pérez-Quiroga a relevé un défi de taille en combinant deux univers artistiques pour ce projet : le cinéma documentaire et les installations visuelles. Elle y explore non seulement l’histoire de sa mère, mais aussi les thèmes universels de l’appartenance et de la mémoire. Le film, tourné avant l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, prend une résonance particulière aujourd’hui, alors que les frontières entre les pays de l’ex-URSS sont à nouveau questionnées.

Le documentaire a été présenté en première mondiale au festival du documentaire de Thessalonique en 2025, où il a suscité l’intérêt pour sa démarche artistique et narrative. Il sera prochainement projeté dans plusieurs villes portugaises dès le 16 avril 2026, offrant au public l’opportunité de découvrir cette histoire méconnue.

Et maintenant ?

Le documentaire d’Ana Pérez-Quiroga pourrait être diffusé dans d’autres festivals européens au cours de l’année 2026, notamment en Espagne et en France, où l’histoire des enfants espagnols exilés en URSS reste un sujet peu exploré. Si le projet reçoit un accueil favorable, la réalisatrice envisage d’étendre son travail sur ce thème à travers d’autres formats, comme une série ou une exposition itinérante. Reste à voir si ce récit trouvera un écho auprès des nouvelles générations, alors que les questions d’exil et d’identité restent d’actualité.

Pour les amateurs de cinéma documentaire et d’histoires familiales, ce film offre une plongée dans un pan méconnu de l’histoire européenne, entre guerre, exil et résilience. Une occasion de rappeler que derrière les grands récits historiques se cachent des destins individuels souvent ignorés.

Pendant la guerre civile espagnole (1936-1939), des organisations républicaines et des mouvements politiques ont organisé le transfert de milliers d’enfants en URSS pour les protéger des combats et de la répression franquiste. Ces enfants, souvent issus de familles républicaines, étaient placés dans des internats ou des familles d’accueil, où ils recevaient une éducation en espagnol avant d’apprendre la langue locale.