Le Vietnam, second producteur mondial de café, fait face à une déforestation massive dans ses Hauts-Plateaux, un phénomène dénoncé par l’ONG Coffee Watch dans un rapport rendu public ce mercredi. Selon les données collectées, l’extension des surfaces cultivées au détriment des forêts primaires et secondaires atteint un niveau critique, posant des enjeux à la fois écologiques et sociaux dans une région déjà fragilisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Vietnam est le deuxième producteur mondial de café, derrière le Brésil, avec une production annuelle estimée à plus de 1,8 million de tonnes en 2025.
  • Coffee Watch a mené une enquête approfondie sur les Hauts-Plateaux, où se concentrent 95 % de la production nationale de café.
  • La déforestation dans cette région a atteint un rythme de 50 000 hectares par an depuis 2020, selon les données satellitaires utilisées par l’ONG.
  • Les communautés locales, notamment les minorités ethniques comme les Mnong et les Ede, voient leurs terres ancestrales grignotées par les plantations.
  • L’ONG dénonce également l’usage massif de pesticides et la pollution des sols, affectant la santé des habitants.

Une filière café en pleine expansion, mais à quel prix ?

Avec une production qui a triplé depuis les années 1990, le Vietnam s’est imposé comme un acteur incontournable du marché mondial, exportant principalement du robusta, utilisé dans les blends et les cafés instantanés. Pourtant, cette croissance s’accompagne d’une pression foncière sans précédent sur les Hauts-Plateaux du Centre, une zone montagneuse riche en biodiversité, classée au patrimoine naturel du pays. « Le modèle actuel repose sur l’extension des surfaces plutôt que sur l’amélioration des pratiques », a déclaré Tran Thi Hoang Yen, directrice de Coffee Watch Vietnam, lors d’une conférence de presse à Hanoï. « Les sols s’épuisent, les nappes phréatiques reculent, et les populations locales n’ont plus les moyens de vivre de leur agriculture traditionnelle. »

Des conséquences écologiques et humaines documentées

Les images satellites analysées par l’ONG révèlent une transformation radicale du paysage : entre 2015 et 2025, plus de 400 000 hectares de forêts ont disparu dans la province de Dak Lak, cœur historique de la production caféière. Les conséquences sont multiples : perte de biodiversité, avec la disparition d’espèces endémiques comme le tigre d’Indochine ou le langur à tête blanche, mais aussi risques accrus d’érosion et de glissements de terrain, aggravés par les pluies de mousson. Côté social, les rapports locaux évoquent des conflits fonciers, des expulsions forcées et une précarisation des petits producteurs, contraints de s’endetter pour moderniser leurs exploitations.

Une industrie sous pression, mais peu régulée

Malgré les alertes répétées des scientifiques et des ONG, le gouvernement vietnamien peine à encadrer l’expansion caféière. Les subventions accordées aux producteurs pour l’achat de machines et d’engrais chimiques, destinées à booster la compétitivité du pays, ont paradoxalement accéléré la dégradation des sols. « On nous demande de produire plus, mais personne ne nous aide à produire mieux », témoigne Nguyen Van Binh, agriculteur à Buon Ma Thuot, cité dans le rapport. « Les terres sont devenues stériles en vingt ans. » Selon Coffee Watch, moins de 10 % des plantations appliquent aujourd’hui des méthodes agroécologiques, pourtant soutenues par des programmes internationaux comme ceux de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Et maintenant ?

Face à la multiplication des rapports critiques, l’ONG Coffee Watch appelle à un moratoire sur l’extension des cultures dans les Hauts-Plateaux d’ici à 2027, le temps d’élaborer un plan de reconversion vers des pratiques durables. Une réunion est prévue en septembre 2026 avec le ministère vietnamien de l’Agriculture pour discuter de mesures concrètes, comme l’instauration de zones protégées ou la promotion du café certifié « durable ». Pour autant, les observateurs restent prudents : « Le Vietnam a bâti sa réputation sur le café. Changer de modèle prendra du temps, et surtout une volonté politique claire », souligne un expert du secteur sous couvert d’anonymat.

En attendant, la filière café vietnamienne, qui pèse plus de 3 milliards de dollars d’exportations annuelles, devra composer avec les exigences croissantes des importateurs européens, de plus en plus sensibles aux critères environnementaux et sociaux. Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.