Vingt-huit entreprises françaises, parmi lesquelles figurent Iliad et EDF, ont annoncé la création d’un consortium baptisé « AION ». Leur objectif ? Répondre à l’appel à projets européen visant à développer des « gigafactories » dédiées à l’intelligence artificielle. Selon Le Monde, cette initiative s’inscrit dans une démarche de renforcement de la souveraineté technologique du continent face aux géants américains du secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Un consortium de 28 entreprises françaises, dont Iliad et EDF, se mobilise pour l’appel à projets des « gigafactories » européennes en IA.
  • Le projet, nommé « AION », vise à accroître l’autonomie stratégique de l’Europe face aux acteurs américains.
  • Cette alliance s’inscrit dans le cadre d’une compétition européenne pour le développement d’infrastructures critiques en intelligence artificielle.
  • Les entreprises partenaires représentent des secteurs variés, allant des télécommunications à l’énergie.
  • L’enjeu est double : réduire la dépendance technologique et stimuler l’innovation locale.

Un consortium pour une souveraineté technologique européenne

L’alliance « AION » rassemble des acteurs majeurs du paysage industriel français, tous unis par une ambition commune : bâtir une filière européenne d’intelligence artificielle indépendante. Parmi les entreprises participantes, on compte des poids lourds comme Iliad — maison mère de Free — et EDF, géant historique de l’énergie. D’autres noms, moins médiatisés mais tout aussi stratégiques, complètent ce collectif, précise Le Monde.

Leur démarche répond à un appel à projets lancé par l’Union européenne, destiné à financer la création de « gigafactories » — des usines géantes dédiées à la production de semi-conducteurs et de composants essentiels pour l’IA. Ces infrastructures sont considérées comme un pilier de la souveraineté technologique européenne, alors que les États-Unis dominent largement le marché avec des acteurs comme Nvidia ou Meta.

Un enjeu stratégique face à la concurrence américaine

L’urgence de cette initiative s’explique par la domination des entreprises américaines dans le domaine de l’IA. En 2025, les États-Unis représentaient près de 60 % des investissements mondiaux dans ce secteur, selon des données de l’OCDE citées par Le Monde. Face à cette réalité, l’Europe cherche à combler son retard en structurant sa propre filière, capable de rivaliser en termes d’innovation et de production.

« Sans une réponse collective et coordonnée, l’Europe risque de devenir un simple consommateur de technologies développées ailleurs », a souligné un représentant du consortium sous couvert d’anonymat. Pour lui, cette alliance est « une première étape vers une autonomie stratégique en matière d’IA » — une priorité affichée par la Commission européenne dans son plan « Digital Decade ».

Des secteurs variés pour une filière intégrée

Le consortium « AION » ne se limite pas à quelques grands groupes. Il intègre également des acteurs de taille intermédiaire, des start-up spécialisées en deep tech, ainsi que des entreprises issues de secteurs aussi divers que l’énergie, les télécommunications ou l’industrie lourde. Cette diversité reflète l’ambition d’une filière complète, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : de la recherche fondamentale à la production industrielle.

Parmi les membres figurent notamment Atos — en pleine restructuration après des difficultés financières — et STMicroelectronics, un fabricant français de semi-conducteurs déjà impliqué dans des projets européens. « L’idée est de mutualiser les forces et les ressources pour répondre aux exigences de l’appel à projets », a indiqué un porte-parole d’EDF.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes s’annoncent décisives. Les entreprises du consortium devront déposer leur dossier de candidature avant le 30 juin 2026, date limite fixée par Bruxelles pour l’appel à projets. Si leur proposition est retenue, les financements européens — estimés à plusieurs milliards d’euros — leur permettront de lancer la construction des premières gigafactories dès 2027.

Reste à voir si cette alliance parviendra à surmonter les défis logistiques et financiers qui accompagnent un tel projet. Une chose est sûre : l’enjeu dépasse le cadre économique pour toucher à la souveraineté stratégique de l’Europe.

En attendant, le consortium « AION » a d’ores et déjà commencé à organiser des réunions de travail entre ses membres. L’objectif ? Finaliser une feuille de route commune et identifier les besoins en compétences et en infrastructures. Autant dire que les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir de cette initiative.

Une gigafactory est une usine de très grande taille dédiée à la production en masse de semi-conducteurs ou de composants essentiels pour l’intelligence artificielle. Ces infrastructures permettent de réduire la dépendance aux importations et d’accélérer le développement de technologies locales.

L’appel à projets européen impose plusieurs critères, notamment la preuve d’un partenariat public-privé solide, une stratégie industrielle claire et une capacité à mobiliser des investissements significatifs. Les projets doivent également démontrer leur contribution à la souveraineté technologique de l’UE.