« On ne répond pas à un drame par des cris » : cette phrase d’Emmanuel Macron, prononcée à la suite de la mobilisation citoyenne suscitée par le meurtre de Lyhanna, a profondément marqué l’écrivaine Lola Lafon. Dans une tribune publiée le 19 juin 2026 par Libération, elle interroge le silence imposé aux victimes de violences sexuelles et dénonce l’obligation de mesurer ses propos dans un contexte où crier sa révolte devrait être un droit, et non un luxe.

Adolescente dans les années 1980, Lola Lafon évoque aujourd’hui les années où elle a appris à taire plutôt qu’à crier. Pour elle, l’effacement des violences subies relève d’un « lent ravage », une stratégie de survie qui, des décennies plus tard, reste d’une actualité brûlante. Libération rapporte que l’autrice y voit une contradiction fondamentale : comment exiger de la retenue quand le système lui-même impose le mutisme aux victimes ?

Ce qu'il faut retenir

  • Emmanuel Macron a déclaré « On ne répond pas à un drame par des cris » à propos de la mobilisation autour du meurtre de Lyhanna, selon Libération.
  • Lola Lafon, écrivaine, regrette dans une tribune publiée en juin 2026 d’avoir appris à taire les violences sexuelles subies plutôt qu’à les exprimer.
  • Elle décrit le silence imposé aux victimes comme un « lent ravage », soulignant que cette attitude perdure malgré les évolutions sociétales.
  • Selon l’autrice, la modération exigée des victimes contraste avec l’urgence de leur parole dans un contexte de mobilisation collective.

Une phrase présidentielle qui résonne avec les fractures sociales

La déclaration d’Emmanuel Macron s’inscrit dans un contexte où les mobilisations contre les violences faites aux femmes et aux minorités se multiplient. Depuis plusieurs années, les associations féministes dénoncent un décalage entre les discours politiques et les réalités vécues par les victimes. Libération souligne que cette phrase, perçue comme une injonction au calme, a été interprétée par certains comme une minimisation des émotions légitimes de colère et de douleur. Pour Lola Lafon, cette approche reflète une vision élitiste de la parole publique : le luxe de la modération n’est accessible qu’à ceux qui ne sont pas directement touchés par les violences.

L’écrivaine rappelle que les années 1980, période de son adolescence, étaient marquées par une quasi-absence de représentation médiatique des violences sexuelles. À l’époque, les victimes étaient souvent réduites au silence, leur parole systématiquement discréditée. Aujourd’hui, bien que les mouvements comme #MeToo aient permis une visibilité accrue, les mécanismes de contrôle social persistent, selon elle.

Le silence des victimes, une stratégie héritée des décennies passées

Dans sa tribune, Lola Lafon explique avoir intériorisé très tôt l’idée que « parler ne servirait à rien ». Elle décrit comment, face à l’absence de reconnaissance institutionnelle et sociale, les victimes développent des mécanismes d’autocensure. Ce phénomène, qu’elle qualifie de « lent ravage », n’est pas seulement individuel : il est aussi structurel. Libération rapporte que l’autrice s’appuie sur son expérience personnelle pour dénoncer une société qui préfère la modération des victimes à leur droit à la révolte.

Pour elle, la phrase d’Emmanuel Macron illustre cette attente paradoxale : on exige des victimes qu’elles restent mesurées, alors que c’est précisément l’indignation qui devrait les autoriser à s’exprimer sans restriction. Lola Lafon cite des travaux sociologiques récents montrant que les victimes de violences sexuelles sont encore trop souvent perçues comme des « hystériques » quand elles osent élever la voix, tandis que les agresseurs bénéficient d’une présomption d’innocence systématique.

Et maintenant ?

La tribune de Lola Lafon intervient alors que le gouvernement prépare un nouveau plan interministériel contre les violences sexistes et sexuelles, prévu pour la rentrée 2026. Reste à voir si cette réflexion sur la parole des victimes sera intégrée aux mesures annoncées. Dans l’immédiat, les associations féministes appellent à une meilleure prise en compte des émotions dans le débat public, sans pour autant renoncer à l’exigence de preuves et de nuances.

Pour Lola Lafon, la question n’est plus seulement de savoir comment briser le silence des victimes, mais comment permettre à leur parole de coexister avec la mesure exigée par les institutions. Une équation complexe, qui soulève des enjeux à la fois juridiques, sociaux et médiatiques. À l’heure où les réseaux sociaux amplifient les mobilisations mais aussi les attaques contre les victimes, l’équilibre reste fragile.

Pour approfondir ce débat, Libération publie en accès libre plusieurs témoignages de victimes ayant choisi de briser le silence, ainsi qu’une analyse des dispositifs d’écoute et d’accompagnement mis en place depuis 2020.

L’écrivaine explique avoir grandi à une époque où les violences sexuelles étaient encore plus taboues qu’aujourd’hui. Dans les années 1980, les victimes étaient rarement crues, et leur parole était systématiquement minimisée. Elle utilise cette période comme un miroir des mécanismes de silence encore à l’œuvre aujourd’hui, bien que les contextes aient évolué.