Des centaines d’étudiants ont réservé un accueil triomphal au pape Léon XIV ce jeudi 14 mai 2026 sur le campus de l’université La Sapienza à Rome, la plus grande université d’Europe. Selon Euronews FR, la foule scandait « Pape Léon » avant de réserver de longs applaudissements à l’arrivée du souverain pontife, suivis de chants « Vive le Pape, vive le Pape ». L’événement marque une étape symbolique dans les relations entre l’Église et le monde académique, après des années de tensions.

Ce qu'il faut retenir

  • Le pape Léon XIV a été accueilli par des centaines d’étudiants et de professeurs à l’université La Sapienza de Rome, la plus grande université d’Europe.
  • Il a dénoncé l’augmentation des dépenses militaires en Europe, qualifiant le réarmement de « fausse défense » qui alimente les tensions et appauvrit l’éducation et la santé.
  • Le souverain pontife a critiqué l’usage de l’intelligence artificielle dans les conflits armés, soulignant son rôle dans l’escalade de la violence.
  • Il a salué l’engagement de l’université en faveur du droit à l’étude pour les plus démunis et les réfugiés, notamment via un accord pour ouvrir un couloir humanitaire universitaire depuis la bande de Gaza.
  • Le pape a également évoqué la crise écologique et le mal-être des jeunes, appelant à une mobilisation collective pour la paix et la protection de la planète.
  • Cette visite intervient près de quarante ans après la dernière visite d’un pape à La Sapienza en 2008, marquée par des protestations ayant contraint Benoît XVI à annuler son déplacement.

Une alliance symbolique entre l’Église et l’université

Dès son arrivée, le pape Léon XIV a été chaleureusement accueilli par le prévôt de La Sapienza, qui a salué une « nouvelle alliance éducative entre l’Église et votre prestigieuse université ». Selon les organisateurs, cette visite pastorale s’inscrit dans une volonté de renforcer les liens entre la foi et la recherche académique. L’université, fondée en 1303 par le pape Boniface VIII, incarne depuis sept siècles un lieu de savoir où science et spiritualité peuvent dialoguer.

La dernière visite d’un pape à La Sapienza remonte à 2003, lorsque Jean-Paul II y avait reçu un diplôme honorifique. En 2008, Benoît XVI avait dû annuler sa venue en raison de protestations d’une partie de la communauté universitaire, un épisode resté comme une « blessure symbolique » dans les relations entre les deux institutions. Près de deux décennies plus tard, la réconciliation semble en marche, portée par une nouvelle génération d’étudiants et de professeurs.

Un discours centré sur la paix et l’écologie

Dans un discours d’environ quarante-cinq minutes prononcé devant un parterre d’étudiants et de professeurs réunis dans l’Aula Magna, le pape Léon XIV a livré un plaidoyer en faveur d’une paix « désarmée et désarmante ». Il a appelé les jeunes à « ne pas céder à la résignation, en transformant l’agitation en prophétie ». « Soyez des artisans de la vraie paix, a-t-il lancé, une paix humble et persévérante, travaillant pour la concorde entre les peuples et pour la garde de la Terre. »

Le souverain pontife a également pointé du doigt l’évolution « inhumaine » de la guerre à l’ère des nouvelles technologies. « Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza et dans les territoires palestiniens, au Liban, en Iran, décrit une spirale d’anéantissement », a-t-il alerté. Il a insisté sur la nécessité de réguler le développement de l’intelligence artificielle dans les domaines militaire et civil, afin qu’elle ne « dévalorise pas les choix humains » et n’aggrave pas la nature tragique des conflits.

Dépenses militaires : le pape dénonce une « fausse défense »

Le pape a vivement critiqué la hausse des budgets militaires en Europe et dans le monde, qualifiant cette tendance de « fausse défense ». « N’appelez pas ‘défense’ un réarmement qui augmente les tensions et l’insécurité, a-t-il affirmé. Cela appauvrit les investissements dans l’éducation et la santé, nie la confiance dans la diplomatie et enrichit des élites qui ne se soucient pas du bien commun. » Selon lui, ces dépenses creusent les inégalités et sapent les fondements d’une société solidaire.

Cette prise de position s’inscrit dans la continuité des critiques déjà formulées par ses prédécesseurs. En 2023, le pape François avait rappelé dans son encyclique Laudato sì’ l’urgence d’un « consensus scientifique cohérent » face au réchauffement climatique, soulignant l’absence de progrès tangibles malgré les engagements pris. Le pape Léon XIV a repris ce constat, estimant que « la situation ne s’est pas améliorée » en dépit des bonnes intentions affichées.

L’engagement de La Sapienza pour les plus vulnérables

Le souverain pontife a salué l’action de l’université La Sapienza, qui se distingue par son engagement en faveur du droit à l’étude pour tous, y compris les plus démunis, les personnes handicapées, les prisonniers et les réfugiés. Il a particulièrement salué la signature récente d’un accord entre le diocèse de Rome et l’université pour l’ouverture d’un « couloir humanitaire universitaire » depuis la bande de Gaza. « Votre université incarne l’excellence académique tout en restant fidèle à sa mission sociale », a-t-il souligné, remerciant la rectrice Antonella Polimeni pour son action en faveur des populations marginalisées.

Cette initiative s’ajoute à d’autres projets portés par l’établissement, comme des programmes d’accompagnement pour les étudiants en situation de handicap ou issus de milieux défavorisés. « L’université doit être un lieu où chacun a sa place, sans exclusion », a rappelé le pape, avant de citer l’exemple des prisonniers bénéficiant de cours à distance.

Le malaise des jeunes et l’urgence écologique

Le pape a également abordé la question du bien-être des jeunes, évoquant un « visage triste » derrière les mouvements de contestation. « Beaucoup de jeunes sont malades, a-t-il constaté. Le chantage aux attentes et la pression de la performance transforment leur vie en un système faussé, où les individus sont réduits à des chiffres et abandonnés à des spirales d’anxiété. » Il a dénoncé un modèle qui « exaspère la compétitivité » et nie la dimension spirituelle de l’être humain.

« Nous ne sommes pas la somme de ce que nous avons, ni une matière assemblée au hasard d’un cosmos muet, a-t-il martelé. Nous sommes un désir, pas un algorithme ! » Cette critique du monde numérique et de ses dérives s’est conclue par un appel à retrouver le sens de la quête de vérité, « qui mène à Dieu ».

Une visite pastorale marquée par la prière et l’échange

La journée du pape Léon XIV à La Sapienza a débuté par une visite à la chapelle universitaire « Divina Sapienza », où il a été accueilli par l’aumônier Don Gabriele Vecchione et la rectrice Antonella Polimeni. « J’ai voulu commencer cette visite ici, dans la chapelle, parce qu’il s’agit avant tout d’une visite pastorale, pour connaître l’université », a-t-il expliqué. « Celui qui cherche, qui étudie, qui cherche la vérité et qui, en fin de compte, cherche Dieu, rencontrera et trouvera Dieu dans la beauté de la création. »

Avant de quitter le campus, le pape a traversé l’avenue principale en voiturette de golf, sous les applaudissements et les chants des étudiants. Ce déplacement symbolique a clos une visite riche en symboles, où foi, science et engagement social se sont mêlés pour rappeler l’importance de la paix et de la justice.

Et maintenant ?

La visite du pape Léon XIV à La Sapienza pourrait marquer un tournant dans les relations entre l’Église et le monde académique italien. Selon des observateurs, cette rencontre pourrait donner lieu à de nouveaux partenariats éducatifs, notamment dans les domaines de l’éthique et de l’écologie. Par ailleurs, ses prises de position sur le réarmement et l’IA pourraient alimenter les débats politiques en Europe, où les budgets militaires restent un sujet sensible. Reste à voir si ses appels à une diplomatie renforcée et à une régulation éthique des nouvelles technologies seront suivis d’effets concrets.

Le souverain pontife doit s’exprimer dans les prochains jours sur d’autres sujets de société, notamment lors de sa visite prévue en juin 2026 à la rencontre des communautés chrétiennes d’Afrique centrale. Ses déclarations à Rome pourraient ainsi préfigurer les orientations de son pontificat en matière de géopolitique et d’écologie.

Cette visite est symbolique car elle intervient près de vingt ans après les tensions de 2008, lorsque Benoît XVI avait dû annuler sa venue en raison de protestations. Elle marque donc une réconciliation entre l’Église et une université fondée par un pape, Boniface VIII, en 1303.

Le pape a abordé plusieurs sujets : la paix et le désarmement, la régulation de l’intelligence artificielle dans les conflits, la hausse des dépenses militaires, l’écologie, le mal-être des jeunes, et l’engagement de l’université en faveur des plus vulnérables.