Le groupe allemand Volkswagen serait en discussions avancées avec son partenaire chinois Xpeng en vue de lui céder l’une de ses usines situées en Europe. Cette information, rapportée par Capital le 17 mai 2026, s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du marché automobile européen, où les constructeurs chinois gagnent du terrain. En 2023, Volkswagen avait déjà investi 700 millions de dollars pour acquérir 5 % du capital de Xpeng, un acteur chinois spécialisé dans les véhicules électriques, dans l’objectif de soutenir son développement et d’accélérer l’électrification de ses modèles.

Ce qu'il faut retenir

  • Volkswagen négocie avec Xpeng pour lui céder une usine européenne, selon Capital.
  • En 2023, Volkswagen avait investi 700 millions de dollars pour prendre une participation minoritaire de 5 % dans Xpeng.
  • Les constructeurs chinois détiennent 9,8 % du marché européen en 2025, selon Web Manager Center.
  • Xpeng collabore déjà avec Magna Steyr en Autriche, mais cherche à étendre ses capacités de production en Europe.
  • Elvis Cheng, directeur général de Xpeng pour l’Europe du Nord-Est, a confirmé ces discussions au Financial Times.

Cette possible cession s’explique par plusieurs facteurs structurels. D’une part, la concurrence des constructeurs chinois, qui ont progressivement gagné des parts de marché sur le continent, pousse les acteurs européens à repenser leur stratégie industrielle. Selon les données compilées par Web Manager Center, les marques chinoises ont atteint environ 9,8 % du marché européen en 2025, un chiffre en forte hausse par rapport aux années précédentes. Parmi elles, BYD, leader du secteur, a immatriculé près de 120 000 véhicules en Europe au cours des deux premiers trimestres 2025, soit une progression de 302,6 % par rapport à la même période en 2024.

Face à cette pression concurrentielle, les constructeurs européens comme Volkswagen doivent adapter leur production. C’est dans ce cadre que Xpeng, qui a déjà établi un partenariat avec Magna Steyr en Autriche pour assembler certains de ses modèles, cherche à sécuriser de nouvelles capacités de production en Europe. « Nous sommes en pourparlers avec Volkswagen pour voir s’il serait possible de trouver un site ici, en Europe » a confirmé Elvis Cheng, directeur général de Xpeng pour l’Europe du Nord-Est, dans une déclaration rapportée par le Financial Times et reprise par Capital.

« Nous pensons que toutes les usines ne sont pas en mesure de répondre aux exigences de nos produits actuels ou futurs »
Elvis Cheng, directeur général de Xpeng pour l’Europe du Nord-Est, cité par le Financial Times et repris par Capital

Xpeng ne se limite pas à Volkswagen pour concrétiser son projet. Le constructeur chinois mène également des discussions avec d’autres partenaires industriels en Europe, afin de trouver un site répondant à ses besoins spécifiques en termes de production et de logistique. La saturation des capacités de l’usine autrichienne de Magna Steyr a accéléré cette recherche, Xpeng souhaitant disposer d’une infrastructure capable de supporter ses ambitions de croissance sur le marché européen.

Pour Volkswagen, cette cession potentielle s’inscrit dans une logique de recentrage de ses activités. Le groupe allemand, confronté à une baisse de ses parts de marché face à la concurrence asiatique, cherche à rationaliser ses lignes de production et à réduire ses coûts. Cette stratégie s’ajoute à d’autres initiatives récentes, comme la réduction de ses effectifs en Allemagne ou la restructuration de ses partenariats industriels. Selon des estimations internes rapportées par Capital, jusqu’à 35 000 emplois pourraient être supprimés d’ici 2030, sans pour autant entraîner de fermetures d’usines ni de licenciements secs, dans le cadre d’un plan social négocié avec les syndicats.

Le choix de céder une usine à Xpeng n’est donc pas anodin. Il reflète à la fois la nécessité pour Volkswagen de s’adapter à un marché en mutation et l’opportunité pour Xpeng de s’implanter durablement en Europe. Ce rapprochement s’ajoute à d’autres mouvements récents impliquant des acteurs chinois dans l’industrie automobile européenne. Par exemple, Stellantis a annoncé vouloir produire des véhicules du constructeur chinois Leapmotor dans ses usines espagnoles, tandis que BMW prendra prochainement le contrôle majoritaire de sa coentreprise en Chine.

Les enjeux de cette opération dépassent le simple cadre industriel. Ils soulèvent des questions sur la souveraineté industrielle européenne et la capacité des constructeurs locaux à rivaliser avec leurs concurrents asiatiques. L’Union européenne, consciente de ce défi, a multiplié les mesures protectionnistes ces dernières années, comme l’instauration de droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois. Pourtant, malgré ces barrières, les parts de marché des constructeurs asiatiques continuent de progresser, poussant les acteurs européens à des adaptations stratégiques parfois radicales.

Et maintenant ?

Les négociations entre Volkswagen et Xpeng pourraient aboutir d’ici la fin de l’année 2026, si un accord est trouvé sur le site à céder et les modalités financières. La décision finale dépendra notamment de l’évaluation des besoins de production de Xpeng et de la capacité de Volkswagen à trouver des alternatives pour ses propres modèles. Dans un marché automobile en pleine transition, cette cession pourrait marquer un tournant dans la stratégie industrielle des deux groupes, avec des répercussions à long terme sur l’emploi et la compétitivité en Europe.

Cette affaire illustre plus largement la recomposition du paysage automobile mondial, où les alliances transcontinentales deviennent la norme face à une concurrence accrue. Alors que les constructeurs européens misent sur l’électrification et les nouvelles technologies, leurs partenaires ou concurrents chinois gagnent du terrain, forçant chacun à repenser ses modèles économiques. À l’heure où les réglementations environnementales se durcissent et où les consommateurs plébiscitent les véhicules électriques, l’industrie automobile n’a d’autre choix que de s’adapter — ou de céder du terrain.

Volkswagen cherche à rationaliser sa production face à la concurrence accrue des constructeurs chinois en Europe. En cédant une usine à Xpeng, le groupe allemand pourrait réduire ses coûts et recentrer ses activités sur d’autres segments, tout en maintenant une présence industrielle en Europe grâce à ce partenariat.

Bien que Volkswagen assure que cette cession ne devrait pas entraîner de licenciements, la perte d’une usine au profit d’un concurrent étranger soulève des questions sur l’avenir de l’emploi industriel en Europe. Les syndicats et les pouvoirs publics pourraient exiger des garanties pour préserver les postes de travail locaux.