Un rapport accablant publié le 18 juin 2026 par le vendeur à découvert Grizzly Research a provoqué l’effondrement de 43,05 % de l’action 2CRSi, fabricant strasbourgeois de serveurs informatiques, avant que la société ne demande la suspension de sa cotation sur Euronext. Selon BFM Bourse, ce document de plusieurs dizaines de pages accuse la direction de la société d’avoir « presque entièrement fabriqué » son chiffre d’affaires, notamment aux États-Unis, via un réseau de sociétés écrans et de contrats fictifs. 2CRSi, dont l’action avait progressé de 290 % depuis le début de l’année et de plus de 2 000 % sur trois ans, se retrouve désormais au cœur d’une tempête réglementaire et judiciaire.
Ce qu'il faut retenir
- Accusations graves : Grizzly Research affirme que 2CRSi aurait falsifié la quasi-totalité de son chiffre d’affaires via des montages impliquant des parties liées non divulguées, selon un rapport de 18 juin 2026.
- Chute boursière : L’action a plongé de 43,05 % le 18 juin avant la suspension de la cotation demandée par 2CRSi pour répondre aux allégations.
- Contrat douteux : Un contrat de 610 millions de dollars avec un client non identifié, attribué à la société NewYork GreenCloud, serait en réalité fictif selon le vendeur à découvert.
- Rôle central d’un vétérinaire : Joseph Church, vétérinaire sans expérience dans les data centers, serait au cœur de l’écosystème de sociétés écrans utilisé pour gonfler les résultats de 2CRSi.
- Réaction de la société : 2CRSi conteste fermement ces accusations et a saisi son comité d’audit pour préparer une réponse documentée.
- Précédents : Grizzly Research avait déjà visé le groupe Accor en mars 2026 avec des accusations de négligences graves, rapidement démenties.
Une ascension boursière fulgurante avant le scandale
Entre janvier et le 17 juin 2026, l’action 2CRSi affichait une progression remarquable de 290 %, après une hausse vertigineuse de plus de 2 000 % sur trois ans. Une performance qualifiée de « too crazy » par certains investisseurs américains, selon le vendeur à découvert. Ce rallye s’expliquait par une demande exponentielle en serveurs informatiques, portée par le développement de l’intelligence artificielle et l’essor des centres de données à travers le monde. Strasbourg, ville d’implantation de 2CRSi, était alors présentée comme un acteur clé de cette révolution technologique.
Pourtant, dès le 18 juin, l’action s’est effondrée de 43,05 % en séance, avant que la société ne sollicite Euronext pour suspendre sa cotation. Une décision prise dans l’urgence pour permettre à 2CRSi de « répondre de manière détaillée aux allégations formulées » et de fournir au marché « des éléments d’appréciation complets ». Le groupe a également annoncé avoir saisi son comité d’audit et des risques pour examiner ces accusations, tout en se réservant le droit d’engager des actions en justice pour préserver ses intérêts.
Des montages financiers accusés d’être entièrement fictifs
Dans un rapport intitulé « 2CRSi pris la main dans le sac », Grizzly Research dénonce un système organisé autour de Joseph Church, vétérinaire américain sans expérience dans les data centers ni dans l’informatique. Selon le vendeur à découvert, ce dernier aurait créé plusieurs sociétés écrans, dont NewYork GreenCloud, présentée comme un « leading data center operator ». Pourtant, Grizzly Research affirme que « Church et ses sociétés n’ont jamais construit ni exploité un seul data center ». Pire : le site web de NewYork GreenCloud aurait été entièrement créé et hébergé par le département informatique de 2CRSi lui-même.
Le vendeur à découvert met notamment en cause la vente en 2023 de la filiale Boston Limited, qui générait alors plus de 83 % du chiffre d’affaires de 2CRSi. « C’est précisément à ce moment-là que le chiffre d’affaires de sa filiale américaine a soudainement explosé, alors que cette région ne représentait historiquement que 3 % du total », souligne Grizzly Research. Les accusations portent également sur un contrat de 610 millions de dollars et une commande récente de 290 millions, tous deux attribués à NewYork GreenCloud. Pour le vendeur à découvert, ces annonces relèvent d’une « présentation gravement trompeuse, à la limite de la fraude pure et simple ».
Des annonces européennes également mises en doute
Les doutes de Grizzly Research ne se limitent pas aux États-Unis. Le vendeur à découvert questionne aussi la participation de 2CRSi à un projet européen de mégafactory d’IA, ainsi que des contrats signés à Munich, au Canada et à New York. Selon lui, « le récit de croissance de 2CRSi aux États-Unis, sur lequel reposent l’essentiel de son chiffre d’affaires, de ses activités et de ses prévisions futures, est presque entièrement inventé ». Grizzly Research conclut sans détour : « Après plusieurs mois d’enquête, nous sommes arrivés à la conclusion que 2CRSi est presque entièrement une fraude. »
La société strasbourgeoise conteste ces affirmations. Dans un communiqué publié après la clôture du marché parisien, elle indique « prendre acte de la publication de Grizzly Research qu’elle conteste fermement » et prépare une réponse documentée. Pour l’heure, aucune date n’a été annoncée pour la levée de la suspension de cotation, ni pour la publication de cette contre-expertise.
Un modèle répandu, mais risqué, dans l’écosystème des vendeurs à découvert
Grizzly Research n’est pas le premier acteur à cibler des entreprises françaises avec ce type d’accusations. D’autres vendeurs à découvert, comme Muddy Waters, Shadowfall ou Gotham City Research, ont déjà pointé du doigt des sociétés cotées, parfois avec succès. En 2020, le scandale Wirecard avait révélé une fraude massive au sein du groupe allemand, tandis que la start-up espagnole Gowex avait été accusée de gonfler artificiellement son chiffre d’affaires avant d’être démasquée. À l’inverse, certaines entreprises ont réussi à réfuter ces attaques, comme le groupe Vusion en 2023 et 2024.
En mars 2026, Grizzly Research s’était déjà illustré en publiant un rapport accablant contre le groupe Accor, l’accusant de négligences graves dans la lutte contre le trafic d’êtres humains au sein de certains de ses établissements. Le groupe hôtelier avait immédiatement réagi en lançant une enquête interne et en démentant « toute implication dans l’exploitation systémique supposée liée à la traite d’êtres humains ou d’enfants ».
La situation rappelle celle d’autres groupes français ayant été la cible de vendeurs à découvert, où la frontière entre manipulation de marché et dénonciation de fraudes peut être ténue. Reste à savoir si les éléments avancés par Grizzly Research résisteront à l’analyse des auditeurs et des régulateurs, ou si 2CRSi parviendra à démontrer la légitimité de sa croissance fulgurante.
Grizzly Research cible 2CRSi en raison de sa croissance spectaculaire, soutenue par des annonces de contrats majeurs aux États-Unis, jugées trop rapides et peu transparentes par le vendeur à découvert. Le rapport accuse la société d’avoir fabriqué une grande partie de son chiffre d’affaires via des montages impliquant des parties liées, notamment autour de Joseph Church, un vétérinaire sans lien avec le secteur des data centers.
Les actionnaires pourraient subir une perte importante de la valeur de leur investissement si les accusations de fraude étaient confirmées. La suspension de la cotation et les éventuelles poursuites judiciaires pourraient entraîner une dépréciation durable du titre, voire un retrait de la Bourse. Les régulateurs pourraient également imposer des sanctions à la société.