À Saint-Jory, petite commune située au nord de Toulouse, l’entreprise Bessac, filiale de Vinci Construction, conçoit et rénove les gigantesques tunneliers utilisés pour creuser des infrastructures souterraines à travers le monde. Selon BFM Business, elle est désormais le dernier fabricant français de ces machines, capables de percer des tunnels de plusieurs mètres de diamètre pour des projets aussi variés que les métros, les réseaux d’assainissement ou les ouvrages hydrauliques.
Ce qu'il faut retenir
- Bessac, filiale de Vinci Construction, est le dernier fabricant français de tunneliers, avec un savoir-faire unique en Europe.
- Les tunneliers produits à Saint-Jory varient de quelques dizaines de centimètres à plus de 6 mètres de diamètre, équivalent à une maison de deux étages.
- L’entreprise a construit plus de 400 kilomètres de tunnels dans le monde et dispose de filiales en Amérique du Nord, du Sud et en Afrique.
- Un tunnelier a une durée de vie de 20 à 25 ans et est réutilisé pour plusieurs chantiers après rénovation complète.
- Bessac réalise deux tiers de son chiffre d’affaires à l’international, avec des projets comme le Grand Paris Express ou des infrastructures en Côte d’Ivoire.
Des machines géantes au service des infrastructures souterraines
Sur le site industriel de Bessac, à Saint-Jory, s’alignent des cylindres métalliques blancs, dont le diamètre peut atteindre plus de six mètres. Ces structures, appelées « boucliers frontaux », constituent le cœur des tunneliers. « C’est la pièce la plus complexe de la machine, celle qui est directement en contact avec le terrain. Elle doit résister à l’usure et à toutes les contraintes géologiques rencontrées au front de taille », explique Jean-Camille Brochard, responsable de la division Industrie chez Bessac. Derrière ce bouclier s’étend un véritable train industriel, composé de remorques techniques transportant les équipements électriques, hydrauliques et logistiques nécessaires au fonctionnement de la machine.
Un tunnelier n’est pas seulement une tête de forage. « C’est toute la partie qui assiste le tunnelier pendant le creusement », précise Marie Jourdan, directrice des services techniques. Parmi les éléments clés, on trouve les voussoirs, des pièces préfabriquées en béton qui constituent le revêtement définitif du tunnel. « Il faut six voussoirs pour constituer un anneau complet. Nous avançons par passes d’environ 1,50 mètre : on creuse, puis on pose immédiatement le revêtement », ajoute-t-elle. Cette méthode permet de construire le tunnel en même temps qu’il est excavé, garantissant une étanchéité parfaite.
Un chantier en Côte d’Ivoire pour un tunnelier de 6,50 mètres
Actuellement, Bessac finalise l’assemblage d’un tunnelier de 6,50 mètres de diamètre. Destiné à un chantier en Côte d’Ivoire, il participera à la réalisation d’un ouvrage estimé à près de 100 millions d’euros. Ce projet vise à améliorer les infrastructures de drainage dans l’agglomération d’Abidjan, afin de réduire les risques d’inondation. Une fois achevé, le tunnelier sera entièrement démonté, transporté par bateau vers l’Afrique, puis réassemblé sur place. Les premiers coups de roue sont attendus pour le printemps 2027.
À côté de ces géants, Bessac développe une gamme de machines plus compactes : les microtunneliers. D’un diamètre compris entre 50 centimètres et trois mètres, ces équipements sont principalement utilisés pour les réseaux d’eau potable, d’assainissement ou les infrastructures urbaines. « Ce microtunnelier fait deux mètres de diamètre. C’est un format très courant pour les projets liés à l’eau et à l’assainissement », indique l’équipe technique.
Un leader mondial malgré une concurrence allemande redoutable
Créée en 1975 dans le Tarn avant de s’installer près de Toulouse, Bessac s’est imposée comme l’un des leaders mondiaux dans la conception et la fabrication de tunneliers. L’entreprise a construit plus de 400 kilomètres de tunnels à travers le monde et dispose de filiales en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Afrique. Cependant, en Europe, elle fait face à une concurrence féroce : seuls deux industriels maîtrisent encore ce savoir-faire. « Nous sommes le dernier fabricant français de tunneliers », rappelle la direction de Bessac. L’entreprise est en concurrence directe avec le géant allemand Herrenknecht, leader mondial du secteur.
Cette spécialisation extrême s’explique par la complexité des machines. « Nos machines ont une durée de vie comprise entre 20 et 25 ans. Nous les rénovons entièrement entre deux projets », explique la direction. Cette stratégie de réemploi permet à Bessac de proposer des solutions plus compétitives tout en limitant la consommation de matières premières. L’activité représente aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel d’environ 150 millions d’euros et emploie plusieurs centaines de personnes spécialisées.
Des projets stratégiques en France et à l’international
Bessac participe à des projets majeurs en France, comme le Grand Paris Express ou les infrastructures liées aux Jeux olympiques de Paris 2024. À l’international, ses machines creusent des tunnels pour des métros à Singapour, des réseaux d’assainissement au Canada ou encore des ouvrages hydrauliques en Afrique. « Deux tiers de notre chiffre d’affaires sont réalisés à l’international », souligne la direction. La demande mondiale pour ces machines reste soutenue, portée par la croissance des métropoles, la modernisation des réseaux d’eau et les projets ferroviaires.
Cette spécialisation permet à Bessac de se distinguer par une double compétence : constructeur de machines et entreprise de travaux souterrains. « Cette intégration nous permet de concevoir des équipements directement adaptés aux contraintes rencontrées sur les chantiers », précise-t-on. Une approche qui renforce sa position sur un marché dominé par des acteurs comme Herrenknecht.
Sans ces « vers de terre d’acier », comme les surnomme l’équipe de Bessac, nombre des grands projets d’aménagement contemporains seraient impossibles. Discrètes mais indispensables, ces machines creusent l’avenir des villes sous nos pieds, là où personne ne les voit.
Bessac travaille pour des projets variés à l’international, notamment des métros à Singapour, des réseaux d’assainissement au Canada et des ouvrages hydrauliques en Afrique, comme en Côte d’Ivoire. L’entreprise participe également à des projets majeurs en Amérique du Sud.
Les tunneliers, même partiellement démontés, restent des structures très encombrantes. Leur transport par bateau nécessite un démontage complet pour optimiser l’espace et garantir la sécurité du convoyage. Une fois arrivés sur place, ils sont réassemblés avant leur mise en service.