Deux accidents graves survenus récemment sur le campus de Paris-Saclay ont relancé le débat sur la sécurité des infrastructures routières en milieu universitaire. Selon Reporterre, ces événements illustrent les risques persistants liés à la place centrale occupée par les transports motorisés dans l’aménagement de ce site scientifique et technologique.

L’un des accidents a entraîné la mort d’un étudiant, tandis que l’autre a causé des blessures graves. Ces drames surviennent dans un contexte où le campus, en pleine expansion depuis une décennie, concentre des milliers de chercheurs, d’enseignants et d’étudiants quotidiennement. Loïc Bertrand, ancien président de l’Association pour l’amélioration des transports du plateau de Saclay (2006-2010) et chercheur à l’ENS Paris-Saclay, y voit la preuve que la priorité donnée à la mobilité rapide doit être repensée.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux accidents graves ont eu lieu récemment sur le campus de Paris-Saclay, dont un mortel.
  • Loïc Bertrand, chercheur à l’ENS Paris-Saclay et ancien président de l’Association pour l’amélioration des transports du plateau de Saclay, critique la place excessive des transports motorisés.
  • Il appelle la France à adopter la démarche « Vision Zéro tué », déjà appliquée dans plusieurs pays nordiques.
  • Le campus de Saclay, en plein essor, accueille chaque jour des milliers de personnes, ce qui accentue les enjeux de sécurité routière.

Un campus en mutation confronté à des risques persistants

Le plateau de Saclay, situé au sud-ouest de Paris, est devenu en quelques années un pôle majeur de la recherche et de l’innovation française. Depuis le lancement du projet en 2008, des milliards d’euros y ont été investis pour attirer entreprises, laboratoires et établissements d’enseignement supérieur. Pourtant, les infrastructures de transport peinent à suivre cette croissance, comme en témoignent les accidents récents.

Pour Loïc Bertrand, ces drames ne sont pas une fatalité. « On a trop longtemps privilégié la vitesse au détriment de la sécurité », a-t-il déclaré à Reporterre. Selon lui, la conception des routes et des cheminements piétons sur le campus ne prend pas suffisamment en compte les besoins des usagers vulnérables, comme les cyclistes ou les piétons. « Le campus est un lieu où l’on croise des milliers de personnes chaque jour, autant dire que la moindre erreur de conception peut avoir des conséquences dramatiques. »

La démarche « Vision Zéro tué » : une alternative crédible ?

Inspirée des politiques suédoises mises en place dès les années 1990, la démarche « Vision Zéro tué » vise à éliminer, à terme, tout accident mortel sur les routes. Plusieurs pays européens, dont les Pays-Bas et le Danemark, ont déjà adopté cette approche avec des résultats significatifs. En France, où la route reste la première cause de mortalité accidentelle, l’idée peine à s’imposer.

Loïc Bertrand rappelle que cette stratégie repose sur trois piliers : une limitation stricte de la vitesse, une séparation physique entre modes de transport, et une conception des infrastructures priorisant les usagers les plus vulnérables. « À Saclay, comme ailleurs en France, on construit encore des routes où les voitures circulent à 50 km/h, avec des pistes cyclables souvent réduites à la portion congrue. C’est une aberration. »

Un débat qui dépasse le cadre de Saclay

Les accidents survenus à Paris-Saclay ne sont pas isolés. En 2025, la France a enregistré plus de 3 200 morts sur ses routes, un chiffre stable depuis plusieurs années malgré les campagnes de sensibilisation. Dans les zones urbaines et périurbaines, les campus universitaires et les zones d’activités scientifiques concentrent des flux importants de personnes, souvent en mouvement rapide et imprévisible.

Pour Loïc Bertrand, la solution passe par un changement radical de paradigme : « Il faut cesser de penser les transports en termes de débit ou de rapidité, mais en termes de sécurité et de convivialité. » Il cite en exemple les villes allemandes, où les zones 30 km/h sont généralisées dans les quartiers résidentiels et universitaires. « Ces mesures ne sont pas contraires à l’efficacité : au contraire, elles permettent une meilleure cohabitation entre les différents usagers. »

Et maintenant ?

Le campus de Paris-Saclay doit désormais intégrer les leçons de ces accidents dans son prochain plan d’aménagement, prévu pour 2027. Une concertation avec les associations locales et les usagers pourrait aboutir à des modifications des infrastructures dès 2026. Reste à voir si les pouvoirs publics, à l’échelle nationale, seront prêts à s’emparer du modèle « Vision Zéro tué », alors que la pression automobile reste forte dans les politiques de mobilité.

Ces événements rappellent aussi que la sécurité routière, souvent perçue comme une question technique, est avant tout un choix politique. D’ici à la fin de l’année, le gouvernement doit présenter sa nouvelle stratégie nationale de sécurité routière. Les associations espèrent y voir une adoption plus claire de la démarche « Vision Zéro tué », déjà soutenue par plusieurs collectivités.