Alors que Washington et Téhéran s’apprêtent à finaliser un accord de paix prévu pour ce vendredi 20 juin en Suisse, la question de l’ouverture du détroit d’Ormuz reste au cœur des négociations. Selon BFM Business, les termes de la réouverture de cette voie maritime stratégique, par laquelle transite près d’un tiers du pétrole mondial, suscitent des désaccords persistants. Si l’Iran affirme vouloir facturer des frais de service maritime aux navires plutôt que d’instaurer un péage classique, cette mesure est contestée par plusieurs dirigeants occidentaux, dont le président français Emmanuel Macron.
Ce qu'il faut retenir
- L’Iran souhaite percevoir des frais de service maritime pour le passage dans le détroit d’Ormuz, qu’il distingue des « péages » classiques, une distinction que contestent les Occidentaux.
- Le président français Emmanuel Macron a dénoncé une « utilisation des mots » de la part de Téhéran et réaffirmé que ces frais ne sont « pas conformes au droit international ».
- Le vice-président américain JD Vance a indiqué s’attendre à une ouverture « sans péage à long terme » du détroit, une position qui contraste avec les déclarations iraniennes.
- Quelque 500 navires restent bloqués dans le golfe Persique, tandis que 46 navires ont été attaqués depuis le début du conflit, selon les dernières estimations.
- La réouverture totale du détroit, qui voyait transiter 130 bateaux par jour avant la guerre, nécessitera des opérations de déminage et prendra « très longtemps », selon un expert cité par BFM Business.
- Un accord entre les États-Unis et l’Iran est attendu pour ce 20 juin à Genève, avec pour objectif la levée du blocus naval américain en échange de la libre circulation dans le détroit.
Un différend sémantique au cœur des tensions
L’Iran a clairement affiché sa volonté de contrôler le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie d’eau vitale pour le commerce mondial du pétrole. Lors d’un point presse hebdomadaire tenu ce lundi 15 juin, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a précisé que Téhéran ne cherchait pas à instaurer un « péage de transit », mais à facturer des frais pour des services maritimes : « protection de l’environnement, assurance des navires, services de navigation et autres prestations nécessaires ». Une nuance que beaucoup jugent formelle. « On joue sur les mots », a réagi Emmanuel Macron, qui a rappelé que ces frais créaient un précédent « non conforme au droit international ».
Le chef de l’État français a insisté sur la nécessité d’un accord « qui soit une réalité », afin que le détroit puisse rouvrir « de manière pacifique et que le trafic puisse reprendre, mais sans droit de passage ». Paris compte aborder ce sujet lors du prochain sommet du G7, prévu les 26 et 27 juin à Québec. « On va tout faire pour qu’il n’y ait pas de péages », a-t-il martelé, sans pour autant exclure des discussions techniques.
Les États-Unis et l’Iran face à leurs divergences
De son côté, l’administration américaine envoie des signaux contradictoires. Le président Donald Trump a évoqué sur Truth Social la reprise progressive du trafic maritime, précisant que « les navires commencent à quitter le détroit d’Ormuz, beaucoup chargés de pétrole ». Il a mentionné l’emprunt de la « route du Sud », présentée comme « totalement sûre et préservée », tout en laissant entendre que d’autres itinéraires pourraient être envisagés. Interrogé sur l’existence d’un système de péage dans le cadre de l’accord, Trump n’a ni confirmé ni infirmé cette possibilité, se contentant de constater le mouvement des navires.
En revanche, le vice-président américain JD Vance a adopté une position plus ferme. Dans une interview accordée ce lundi à CNBC, il a déclaré : « Nous nous attendons à ce que le détroit soit ouvert sans péage à long terme, et c’est le genre de chose que nous allons régler lors de ces négociations techniques. » Une déclaration qui tranche avec les propos de Téhéran et semble écarter, du moins à terme, toute imposition de frais supplémentaires pour les compagnies maritimes.
Un trafic maritime encore loin de la normale
La situation dans le golfe Persique reste critique, malgré les avancées diplomatiques. Selon les dernières données, 500 navires sont toujours bloqués dans la région, tandis que 46 attaques ont été recensées depuis le début des hostilités. La réouverture complète du détroit d’Ormuz, autrefois traversé quotidiennement par 130 bateaux, exigera des opérations de déminage et prendra, au mieux, « très longtemps », estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), cité par BFM Business. « Retrouver la fluidité telle qu’on l’a connue avant la guerre, ça va être très long, à supposer qu’on retrouve la même fluidité », a-t-il souligné.
Cette lenteur s’explique aussi par la méfiance persistante des armateurs. Les compagnies maritimes pourraient hésiter à reprendre leurs activités dans une zone où les risques, bien que réduits, restent réels. L’imposition de frais supplémentaires, même présentés comme des « services », risquerait d’alourdir encore les coûts opérationnels et de décourager certains acteurs du secteur.
Genève, épicentre des négociations
C’est dans ce contexte que doit être signé, ce 20 juin à Genève, l’accord mettant fin au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Les deux pays se sont engagés à lever le blocus naval américain imposé à Téhéran en échange de la garantie d’une libre circulation dans le détroit d’Ormuz. Si le principe d’une réouverture est acté, les modalités pratiques restent à négocier. L’Iran, qui considère Ormuz comme une zone sous sa souveraineté, entend bien y exercer un contrôle, y compris financier.
Pour Washington, l’enjeu est double : éviter une nouvelle crise pétrolière et préserver la stabilité régionale. La question des péages ou des frais de service s’inscrit dans un débat plus large sur la gouvernance des voies maritimes stratégiques. Le modèle iranien, s’il était validé, pourrait ouvrir la porte à d’autres revendications similaires dans d’autres détroits, comme celui de Malacca ou de Bab-el-Mandeb.
Pour les compagnies maritimes, la prudence restera de mise dans les mois à venir. Le retour à une activité normale dans le golfe Persique dépendra non seulement de la levée des obstacles physiques – mines, blocus –, mais aussi de la clarté des règles de passage. Une chose est sûre : le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial, ne retrouvera pas sa fluidité d’avant-guerre du jour au lendemain.
L’Iran distingue les « frais de service maritime » – liés à la protection de l’environnement, à l’assurance des navires ou aux services de navigation – des « péages » classiques, qui sont des droits de passage imposés aux navires. Selon Téhéran, ces frais ne relèvent pas d’une logique de péage mais de la facturation de services rendus. Cependant, les Occidentaux y voient une tentative déguisée de percevoir des revenus pour le transit, ce qui contreviendrait aux principes de libre circulation maritime.
L’imposition de frais supplémentaires pourrait dissuader certaines compagnies maritimes de transiter par le détroit d’Ormuz, augmentant les coûts logistiques et réduisant la rentabilité des routes commerciales. Cela risquerait de ralentir la reprise du trafic, déjà fortement perturbé par les années de conflit. Par ailleurs, si ces frais sont perçus comme une mesure unilatérale, ils pourraient exacerber les tensions entre l’Iran et les puissances occidentales, voire inciter d’autres États à revendiquer des droits similaires sur d’autres voies maritimes stratégiques.