Un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour la réouverture du détroit d’Ormuz à partir du 19 juin 2026 a été annoncé ce week-end par Donald Trump, suscitant un optimisme immédiat sur les marchés pétroliers. Pourtant, comme le rapporte BFM Business, armateurs et analystes restent prudents, voire sceptiques, quant à la faisabilité rapide d’un retour à la fluidité du trafic maritime dans cette zone stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord entre Washington et Téhéran prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz à partir du 19 juin 2026, mais sans régler la question du programme nucléaire iranien.
  • Avant le conflit, le détroit assurait le transit de 25 % du pétrole mondial, 20 % du gaz naturel liquéfié et 30 % des engrais.
  • Seuls 46 navires attaqués depuis le début du conflit, et 500 encore bloqués dans le Golfe, selon les dernières estimations.
  • Les cours du pétrole ont reculé de 5 % ce lundi, reflétant davantage l’enthousiasme des investisseurs que celui des armateurs.
  • Les opérations de déminage et la restauration des infrastructures pourraient prendre plusieurs mois, selon l’Agence américaine de l’énergie (EIA).

Un accord symbolique, mais des incertitudes persistantes

Donald Trump a célébré l’annonce d’un protocole d’accord avec l’Iran en déclarant, dimanche : « Navires du monde entier, mettez vos moteurs en marche ! Que le pétrole coule à flots. » Selon BFM Business, cet accord doit être signé officiellement à Genève le 19 juin 2026 entre Washington et Téhéran. Cependant, il ne règle pas la question centrale du programme nucléaire iranien, qui fait toujours l’objet de négociations pour une durée de 60 jours supplémentaires.

La réouverture du détroit, où transitait avant le conflit 25 % du pétrole mondial, reste donc conditionnée à des mesures concrètes. Aucune information officielle n’a été communiquée concernant les modalités pratiques de cette réouverture, notamment en matière de sécurité et de tarification. L’agence iranienne Fars, citant une source anonyme, affirme que les États-Unis auraient accepté le principe de « frais de service maritimes » pour le transit, une clause qui soulignerait la souveraineté irano-omanaise sur le détroit — un point non confirmé par Washington.

Un premier navire est passé, mais le trafic reste très limité

Malgré ces incertitudes, un premier navire, le Disha, transportant du gaz naturel liquéfié (GNL), aurait effectué la traversée ce lundi. Pourtant, comme le souligne David Rigoulet-Roze, chercheur à l’IFAS et invité sur BFM Business, « retrouver la fluidité telle qu’on l’a connue avant la guerre, ça va être très long, à supposer qu’on retrouve la même fluidité ». Avant même cette annonce, l’Agence américaine de l’énergie (EIA) estimait qu’il faudrait « probablement plusieurs mois » pour retrouver le niveau de trafic d’avant le conflit.

Les analystes restent donc prudents. Saul Kavonic, analyste énergétique chez MST Financial et cité dans le Financial Times, estime que « l’ouverture du détroit d’Ormuz pourrait être lente et partielle, et il pourrait être menacé de fermeture à tout moment ». Il ajoute que « Trump a laissé l’Iran contrôler de facto le détroit, avec une épée de Damoclès planant sur le passage à travers celui-ci à l’avenir ».

Des risques persistants pour la navigation et des infrastructures endommagées

L’association d’armateurs Bimco met en garde contre les conditions de navigation, qui pourraient s’avérer périlleuses. BFM Business rapporte que « de très nombreux bateaux pourraient vouloir effectuer la traversée en même temps », tandis que les signaux d’identification AIS des navires pourraient être brouillés. La gestion des équipages, souvent réduits et fatigués, risque également de nuire à la sécurité des opérations.

Au-delà des risques immédiats, les dégâts causés par le conflit sont loin d’être réparés. Priyanka Sachdeva, analyste chez Phillip Nova, rappelle que « les difficultés économiques rencontrées par les pays importateurs de pétrole, confrontés à une hausse des coûts de l’énergie depuis des mois, ne pourront pas être résolues du jour au lendemain ». Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a plusieurs fois prévenu que la remise en route, voire la réparation, des installations énergétiques pourrait prendre « plusieurs mois ».

Un impact limité et temporaire sur les prix du pétrole

Le cours des contrats à terme de pétrole brut a enregistré une baisse de 5 % ce lundi, un mouvement qui reflète davantage l’enthousiasme des investisseurs que la réalité du terrain. Comme l’explique Tony Sycamore, analyste de marché chez IG Australia Pty Ltd., « il est difficile d’imaginer que le prix du pétrole brut baisse davantage à court terme ». Les pays pourraient en effet profiter de la réouverture du détroit pour reconstituer leurs stocks et remplir leurs réserves stratégiques.

Cette baisse intervient après plusieurs semaines de recul, soutenue par la Chine, qui a puisé dans ses réserves pour réduire ses importations de pétrole. Selon l’EIA, les prix devraient se stabiliser autour de 79 dollars le baril en 2027, soit 9 dollars de plus qu’avant le déclenchement du conflit et 19 dollars de plus que début 2026.

Un processus de rétablissement sous haute tension

La réouverture du détroit d’Ormuz ne signifie donc pas un retour à la normale. Les opérations de déminage, la restauration des infrastructures pétrolières et gazières, ainsi que la gestion des risques sécuritaires, prendront du temps. Comme le rappelle l’EIA, « ce n’est que le début d’un long et complexe processus de rétablissement des flux pétroliers ». Les armateurs, de leur côté, attendent des garanties concrètes avant d’envisager un retour en masse dans la zone.

Les déclarations de Donald Trump et l’optimisme des marchés contrastent avec la prudence des professionnels du secteur. Comme le souligne BFM Business, « l’épée de Damoclès iranienne plane toujours sur le détroit ». La souveraineté revendiquée par Téhéran sur ces eaux, partagées avec Oman, pourrait en effet servir de levier dans les négociations futures, notamment sur le nucléaire.

Et maintenant ?

La signature officielle de l’accord à Genève, prévue pour le 19 juin 2026, marquera le début d’un processus de vérification sur le terrain. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la faisabilité de la réouverture et la réponse des armateurs. Si les opérations de déminage et les réparations des infrastructures avancent, un retour progressif du trafic pourrait s’amorcer d’ici quelques mois. En revanche, toute nouvelle tension entre Washington et Téhéran, ou une reprise des hostilités, pourrait à nouveau paralyser la zone.

Les pays importateurs de pétrole, notamment en Europe et en Asie, surveilleront de près l’évolution des prix. Une stabilisation des cours à moyen terme dépendra de la capacité des producteurs à rétablir leurs capacités d’exportation et de la demande chinoise, qui reste un acteur clé sur le marché énergétique.

La réouverture du détroit d’Ormuz, si elle se concrétise, ne suffira pas à elle seule à résoudre la crise énergétique mondiale. Elle en constitue cependant une étape symbolique, dont l’impact réel dépendra des prochains mois.

Selon BFM Business, l’Iran a toujours affirmé vouloir conserver un contrôle total sur le détroit d’Ormuz, dont les eaux bordent également Oman. Une revendication de souveraineté qui s’est traduite, lors des négociations, par la demande de « frais de service maritimes » pour le transit des navires, une clause évoquée par l’agence iranienne Fars mais non confirmée par Washington.

Plusieurs facteurs expliquent cette prudence. D’abord, l’absence de détails concrets sur les modalités de réouverture du détroit, notamment en matière de sécurité et de tarification. Ensuite, la persistance de risques sécuritaires, comme les attaques récentes contre des navires — 46 attaques depuis le début du conflit — ou la présence de mines non déminées. Enfin, l’association d’armateurs Bimco souligne que de nombreux équipages fonctionnent avec des effectifs réduits, ce qui limite leur capacité à gérer des situations d’urgence.