L’ancien vice-Premier ministre japonais et grande figure du pacifisme, Yohei Kono, s’est éteint le 8 juin 2026 à l’âge de 89 ans, comme l’a annoncé le Monde. Connu pour son engagement politique et son rôle central dans la reconnaissance des souffrances infligées aux « femmes de réconfort » pendant la Seconde Guerre mondiale, il laisse derrière lui un héritage politique marqué par la défense des droits humains et la promotion de la paix.
Ce qu'il faut retenir
- Yohei Kono est décédé le 8 juin 2026 à l’âge de 89 ans, selon Le Monde.
- En 1993, il a été l’un des premiers à reconnaître officiellement les crimes commis par l’armée impériale japonaise à l’encontre des « femmes de réconfort ».
- Ces femmes, principalement coréennes mais aussi issues d’autres pays asiatiques, ont été contraintes à la prostitution par les forces japonaises avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Son discours historique a marqué un tournant dans la reconnaissance des responsabilités du Japon pendant la guerre.
Un engagement politique au service de la paix
Yohei Kono a marqué l’histoire politique japonaise par son parcours et ses prises de position. Membre du Parti libéral-démocrate (PLD), il a occupé plusieurs fonctions ministérielles, dont celle de ministre des Affaires étrangères entre 1993 et 1994. C’est durant cette période qu’il a joué un rôle décisif dans la reconnaissance des crimes de guerre commis par le Japon, notamment en Asie du Sud-Est et en Corée.
Son intervention la plus symbolique reste la déclaration du 4 août 1993, dans laquelle il a exprimé les « remords profonds et sincères » du Japon pour l’enrôlement forcé de ces femmes, souvent réduites à l’esclavage sexuel par l’armée impériale. Cette déclaration, connue sous le nom de « déclaration Kono », a constitué une première étape vers une reconnaissance officielle des responsabilités japonaises.
Un héritage controversé et toujours d’actualité
Si la déclaration de 1993 a été saluée par de nombreux historiens et associations de victimes, elle a aussi suscité des tensions diplomatiques, notamment avec la Corée du Sud et la Chine. Ces pays ont longtemps réclamé des excuses plus explicites et des réparations financières pour les victimes ou leurs descendants. Le gouvernement japonais a depuis réitéré ses regrets, mais les questions mémorielles restent un sujet sensible dans les relations régionales.
Yohei Kono lui-même a toujours défendu une approche mesurée, prônant le dialogue plutôt que les confrontations. Dans un entretien accordé au Monde en 2020, il avait souligné : « La vérité historique doit être reconnue, mais elle ne doit pas servir à attiser les conflits entre les nations. » Son approche a influencé des générations de diplomates japonais, qui ont cherché à concilier reconnaissance des crimes et stabilité géopolitique.
Un homme politique respecté au-delà des clivages
Au-delà de son rôle dans l’affaire des « femmes de réconfort », Yohei Kono était une figure respectée pour son intégrité et son sens du compromis. Son décès a suscité des hommages unanimes au Japon, où il est souvent cité comme un exemple de leadership moral. Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, a salué sa mémoire en déclarant : « Il a incarné les valeurs de paix et de justice, et son engagement restera une référence pour les générations futures. »
Son influence s’étendait bien au-delà des frontières japonaises. En Corée du Sud, où les victimes des « femmes de réconfort » sont encore honorées, des associations ont rendu hommage à son courage politique. « Sans lui, la vérité sur ces crimes n’aurait peut-être jamais été aussi clairement reconnue », a déclaré Kim Hak-sun, une survivante devenue symbole de la lutte pour la justice.
Yohei Kono disparaît ainsi à un moment où les enjeux de mémoire et de réconciliation en Asie de l’Est restent plus que jamais d’actualité. Son parcours rappelle que la diplomatie, pour être durable, doit s’appuyer sur une vérité historique partagée – même lorsqu’elle est douloureuse.
Les « femmes de réconfort » désignent les centaines de milliers de femmes, principalement coréennes mais aussi issues de Chine, des Philippines, de l’ex-Indonésie néerlandaise et d’autres pays asiatiques, contraintes à la prostitution par l’armée impériale japonaise entre 1930 et 1945. Ces femmes, souvent très jeunes, étaient enfermées dans des « stations de réconfort » et subissaient des violences sexuelles quotidiennes. Leur existence a été officiellement reconnue par le Japon en 1993, grâce notamment à la déclaration de Yohei Kono.