Le personnel du tribunal judiciaire de Paris a adopté mardi 16 juin une motion critiquant vivement « l’aveuglement persistant » du ministère de la Justice, selon Le Figaro. Dans ce texte, magistrats du siège et du parquet ainsi que les fonctionnaires de greffe dénoncent une dégradation du fonctionnement des juridictions et des dispositifs de protection de l’enfance, alors que les priorités pénales sont « affichées en permanence » sans véritable politique publique.

Les signataires rappellent leur « profonde émotion » face au drame subi par Lyhanna, 11 ans, mais s’élèvent contre la mise en cause prématurée des magistrats, « avant même l’achèvement des investigations administratives ». Ils estiment que cette démarche méconnaît les principes de prudence, d’impartialité et de respect du contradictoire, rappelant que le garde des Sceaux a récemment appelé à une « mobilisation générale » des magistrats pour « faire la vérité » après la mort de la collégienne.

Ce qu’il faut retenir

  • Le tribunal judiciaire de Paris a adopté une motion le 16 juin 2026 dénonçant « l’aveuglement persistant » du ministère de la Justice.
  • Les magistrats et greffiers critiquent la mise en cause des juges avant la fin des investigations administratives.
  • Le ministère a diffusé plus de 100 circulaires et dépêches aux juridictions en 2025 et 2026.
  • La section des mineurs du parquet de Paris a traité 9 464 affaires nouvelles en 2025, soit une hausse de 16 % par rapport à 2024.
  • Un rapport de juin 2023 recommandait un accroissement de 10 % des effectifs dans la filière investigation, sans suite.

Une motion unanime contre la pression ministérielle

La motion, adoptée en assemblée générale extraordinaire, reflète l’unanimité des personnels du tribunal judiciaire de Paris. Ceux-ci dénoncent un « affichage permanent de nouvelles priorités pénales » qui ne saurait se substituer à une véritable politique publique. « Le ministère de la Justice a diffusé plus d’une centaine de circulaires et dépêches aux juridictions » en 2025 et 2026, rappelle le texte, sans que cela ne se traduise par une amélioration concrète des moyens alloués.

Les signataires reconnaissent leur « émotion profonde » face au cas de Lyhanna, mais insistent sur la nécessité de respecter les procédures avant toute conclusion hâtive. Ils rappellent que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a exigé une « mobilisation générale » des magistrats pour « faire la vérité » sur ce dossier, une demande qui, selon eux, ne tient pas compte des contraintes structurelles pesant sur les juridictions.

Des moyens insuffisants face à l’explosion des affaires

La section des mineurs du parquet de Paris, qui ne comptait que 12 magistrats sur une grande partie de l’année 2025 au lieu de 13, a traité 9 464 affaires nouvelles au pénal. Parmi celles-ci, 65 % ont été traitées en urgence, soit une hausse de 16 % par rapport à 2024. Le tribunal a également enregistré plus de 23 000 appels téléphoniques à sa permanence et saisi la brigade de protection des mineurs à 1 061 reprises, dont 480 fois pour viol sur mineur.

Les personnels judiciaires soulignent que ces chiffres illustrent une charge de travail insoutenable. Ils ont pris 1 223 ordonnances de placement provisoire en 2025, un volume qui témoigne de l’urgence des situations traitées. Pourtant, un rapport de juin 2023 préconisait un accroissement de 10 % des effectifs dans la filière investigation — une recommandation restée lettre morte.

Un ministre divisé entre indépendance et responsabilité

Lundi 15 juin, Gérald Darmanin a adressé une lettre manuscrite aux quelque 10 000 magistrats de France pour réaffirmer son « attachement viscéral à l’indépendance de la magistrature », tout en ajoutant que celle-ci « va de pair avec la responsabilité ». Une nuance que les signataires de la motion jugent insuffisante pour justifier les pressions exercées sur les juridictions.

Dans une déclaration à Bruxelles, l’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti avait estimé que « l’affaire était d’une particulière gravité » et que, « au regard de ce contexte, le ministre de la Justice aurait, à mon sens, dû par honneur présenter sa démission ». Une prise de position qui a alimenté les tensions entre le ministère et les professionnels du droit.

Et maintenant ?

Les magistrats et greffiers parisiens attendent désormais une réponse du ministère de la Justice à leur motion. Une réunion pourrait être organisée dans les prochaines semaines pour discuter des revendications, notamment l’augmentation des effectifs et la clarification des priorités pénales. Le gouvernement devra également trancher sur l’éventuelle création d’une commission indépendante chargée d’analyser les dysfonctionnements structurels pointés par les professionnels. Une date butoir, le 14 juillet, a été fixée pour le traitement de 70 000 plaintes impliquant des mineurs, ce qui laisse peu de marge de manœuvre aux juridictions.

Cette crise intervient alors que le ministère de la Justice est sous le feu des critiques depuis plusieurs mois, notamment sur sa gestion des affaires de protection de l’enfance. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les revendications des personnels judiciaires seront prises en compte, ou si la tension entre l’institution et ses agents continuera de s’aggraver.

Ils estiment que les enquêtes administratives ne sont pas terminées et que leurs décisions sont jugées avant même que tous les éléments ne soient connus, ce qui contrevient aux principes d’impartialité et de respect du contradictoire.

Ils demandent une analyse des responsabilités individuelles, mais aussi des causes structurelles, ainsi qu’un accroissement des effectifs dans la filière investigation, comme le préconisait déjà un rapport de 2023.