Un an et demi après son retour en Angleterre, Alex Batty, aujourd’hui âgé de 20 ans, a choisi de briser le silence sur son enlèvement par sa mère et son grand-père en 2017. Dans un documentaire diffusé sur la BBC le 13 mai 2026, il raconte six années de vie nomade forcée, marquée par des déménagements incessants et une existence en marge de la société. Selon BMF - International, cette affaire, qui avait suscité une vive émotion internationale, trouve enfin un écho à travers son propre récit.

Ce qu'il faut retenir

  • En septembre 2017, Alex Batty, alors âgé de 11 ans, disparaît en Espagne lors de vacances organisées par sa mère, Melanie, et son grand-père, David, qui n’étaient pas ses tuteurs légaux.
  • Pendant six ans, il vit en Espagne puis en France, se déplaçant régulièrement et travaillant dès 14 ans pour subvenir aux besoins de sa famille.
  • En décembre 2024, après s’être enfui, il est retrouvé en France et rapatrié en Angleterre, où il ment aux autorités pour protéger sa famille.
  • Dans un documentaire de la BBC, Alex Batty exprime sa colère face à l’inaction des services sociaux français et espagnols, malgré des signalements répétés.
  • À 20 ans, il a repris des études, trouvé un emploi et est devenu père, tout en cherchant à reconstruire une relation avec sa mère.

L’histoire d’Alex Batty commence en septembre 2017, lors d’un séjour en Espagne avec sa mère, Melanie, et son grand-père, David. Selon les informations rapportées par BMF - International, ces derniers, adeptes de la mouvance des « citoyens souverains » – un courant niant la légitimité de l’État –, avaient déjà perdu la garde légale de l’enfant. Pourtant, ils organisent un voyage familial dans la région de Valence, où Alex est scolarisé.

Le jour prévu pour le retour en Angleterre, le garçon ne donne plus signe de vie. Dans une interview exclusive accordée au quotidien La Dépêche, il déclare : « Après quelques jours [de vacances], ma mère m’a dit que nous ne rentrerions pas. » Commence alors une vie clandestine, marquée par des déménagements fréquents et une existence en dehors des normes sociales. Alex, alors âgé de seulement 11 ans, se souvient avoir porté lunettes de soleil et chapeau pour éviter d’être reconnu, trouvant même cette situation « cool », évoquant même le sentiment d’être « comme James Bond ». Il précise dans le documentaire : « Je savais que ma mère m’avait enlevé. »

Les premiers mois, la famille se cache dans le nord de Valence, à Benifairó de les Valls, où Alex passe deux mois sous une fausse identité pendant que sa grand-mère, sa tutrice légale, multiplie les appels à l’aide dans les médias britanniques. Puis, direction Villalonga, au sud de Valence, où la famille vit pendant deux ans chez une femme en échange de travaux domestiques. Celle-ci, interrogée par Alex lors du tournage, explique comprendre les motivations de Melanie, estimant que cette dernière croyait agir pour le bien de son fils.

En 2020, la famille quitte l’Espagne pour la France, où Melanie souhaite s’installer. Alex, qui parle peu français – une langue qu’il qualifie de « très difficile » –, vit quatre ans dans ce pays. Dès l’âge de 14 ans, il travaille pour contribuer aux revenus du foyer, notamment dans un camping à Bélesta, en Ariège. C’est là que les tensions avec sa mère s’intensifient, notamment autour des théories des « citoyens souverains ». Melanie lui demande alors de quitter la caravane familiale. Pendant six mois, y compris en plein hiver, le jeune homme dort sous une tente, sans électricité. Une employée du camping, inquiète pour son sort, contacte les services sociaux français, sans résultat. Des années plus tard, Alex exprime sa colère dans le documentaire : « Je suis tellement, tellement en colère que personne n’ait rien fait. »

Un autre signalement intervient lorsqu’Alex, scolarisé en France, révèle son identité réelle à son collège. Malgré cela, aucune action n’est engagée. Dans son témoignage, il évoque l’absence de repères sociaux : « Mon futur avec ma mère, c’était le travail, personne de mon âge, pas de pièce d’identité, pas de passeport, rien de normal. » Le retour en Angleterre représente pour lui une opportunité de retrouver une vie « normale » : accès aux papiers, possibilité d’études supérieures et perspectives professionnelles. « Il semblait y avoir beaucoup plus d’opportunités là-bas que de rester coincé dans une montagne pour le reste de ma vie », confie-t-il.

En décembre 2024, après six ans de cette existence, Alex décide de fuir. Avec seulement 50 euros, un manteau, son sac à dos et son skateboard, il quitte la caravane en pleine nuit. Il se rend dans un commissariat à Toulouse, où il est rapatrié en Angleterre. Pour protéger sa mère et son grand-père, il ment aux autorités britanniques sur leur localisation. Aujourd’hui, à 20 ans, il a passé l’équivalent britannique du brevet, avec une spécialité en anglais et mathématiques. Il a rencontré des amis de son âge, retrouvé un emploi et est récemment devenu père d’une petite fille.

Dans le documentaire de la BBC, Alex Batty prend contact avec sa mère par message, exprimant l’espoir de construire avec elle une relation apaisée. « Maman l’a fait par amour », avait-il déclaré deux mois après son retour en Angleterre dans une précédente interview. Pourtant, les années de vie clandestine et les signalements ignorés pèsent lourd dans son récit. Il reste marqué par l’inaction des institutions, en France comme en Espagne, malgré les alertes répétées. « Je suis en colère, mais je comprends aussi que ma mère a agi par peur ou par conviction », nuance-t-il.

Et maintenant ?

La diffusion du documentaire coïncide avec une prise de parole publique d’Alex Batty, qui pourrait relancer les débats sur les signalements de mineurs en danger et les lacunes des systèmes de protection dans plusieurs pays européens. Si aucune procédure judiciaire n’a été engagée à ce jour contre sa mère ou son grand-père, leur statut reste indéterminé. Alex, de son côté, poursuit sa reconstruction en Angleterre, où il envisage de reprendre des études supérieures tout en élevant sa fille. Son histoire soulève également des questions sur le suivi des affaires impliquant des familles radicalisées ou adeptes de mouvements marginaux.

Cette affaire, qui a défrayé la chronique il y a près de dix ans, laisse plusieurs zones d’ombre. Pourquoi les signalements des services sociaux français et espagnols n’ont-ils pas abouti ? Quel rôle a joué la mouvance des « citoyens souverains » dans le quotidien d’Alex Batty ? Enfin, comment reconstruire une relation familiale après une telle épreuve ? Autant de questions qui, un an et demi après son retour, restent sans réponse définitive.

Selon les informations disponibles, Alex Batty a menti aux autorités britanniques sur leur localisation pour les protéger. Aucune procédure judiciaire n’a été engagée à ce jour contre eux, et leur statut actuel reste inconnu.