Cinq ans après son premier rapport sur la prolifération des algues vertes en Bretagne, la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes s’apprêtent à publier un bilan critique des mesures mises en place depuis 2021. Malgré un renforcement des moyens financiers et des outils de lutte, les résultats restent en deçà des attentes, selon Ouest France. Le Morbihan, où se concentrent plus de la moitié des échouages, constitue toujours l’angle mort de cette politique environnementale.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 ans après le premier rapport de la Cour des comptes sur les algues vertes, les politiques publiques depuis 2021 affichent des résultats mitigés.
  • Les moyens financiers et les outils de lutte ont été augmentés, mais toutes les préconisations n’ont pas été appliquées.
  • Plus de la moitié des échouages d’algues vertes en Bretagne se concentrent dans le Morbihan, région la moins avancée dans la lutte.
  • Les vasières du Morbihan restent un « grand-angle mort » des politiques publiques, selon les magistrats financiers.
  • Le phénomène persiste malgré les efforts, illustrant les limites des dispositifs actuels.

Un rapport attendu pour évaluer l’efficacité des mesures

Le document que la Cour des comptes doit rendre public dans les prochains jours évalue l’impact des politiques publiques menées depuis 2021 pour lutter contre la prolifération des algues vertes. Ces dernières années, l’État a augmenté les financements et mis en place de nouveaux outils, mais les résultats concrets peinent à se matérialiser. « Les préconisations n’ont pas toutes été suivies d’effet », soulignent les auteurs du rapport, qui pointent des lacunes dans la coordination entre les acteurs locaux et nationaux.

Côté financement, les crédits alloués aux plans de lutte ont progressé, mais leur répartition et leur utilisation posent question. « On constate un décalage entre les annonces et la réalité des moyens déployés sur le terrain », explique un responsable administratif sous couvert d’anonymat. Les collectivités locales, souvent en première ligne, dénoncent un manque de moyens humains et techniques pour appliquer les mesures.

Le Morbihan, épicentre du problème malgré les investissements

Avec plus de 50 % des échouages d’algues vertes en Bretagne, le Morbihan incarne les difficultés persistantes de la lutte. Les vasières de cette région, où les ulves prolifèrent massivement en été, restent le principal point noir. « Les vasières du Morbihan constituent le grand-angle mort de la politique de lutte », écrivent les magistrats de la Cour des comptes. Pourtant, des investissements significatifs ont été réalisés ces dernières années pour assainir les sols et réduire les rejets d’azote, principale cause de la prolifération.

Selon les données disponibles, les échouages dans le Morbihan ont même augmenté en 2025 par rapport à 2021, malgré les plans d’action mis en place. Les experts s’interrogent : faut-il revoir les méthodes de lutte ou renforcer les sanctions contre les pollueurs ? « Les solutions existent, mais leur mise en œuvre reste trop fragmentée », estime un écologiste breton. Les collectivités locales réclament quant à elles plus de soutien de l’État pour financer des infrastructures de traitement adaptées.

Des solutions techniques et politiques en débat

Le rapport de la Cour des comptes met en lumière plusieurs pistes pour améliorer la situation. Parmi elles, l’optimisation des plans d’épandage des effluents agricoles, la généralisation des zones tampons végétalisées ou encore le renforcement des contrôles sur les rejets industriels. « Il faut agir à la source, c’est-à-dire réduire les apports en nitrates et phosphates dans les cours d’eau », rappelle un chercheur de l’INRAE spécialisé dans les algues vertes.

Côté politique, certains élus locaux appellent à une refonte du cadre réglementaire. « La lutte contre les algues vertes ne peut plus se contenter de mesures incitatives. Il faut des obligations strictes et des sanctions dissuasives », a déclaré le président de la communauté de communes de Lorient. De son côté, la Région Bretagne a annoncé un plan d’urgence pour 2026, mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre concrète.

Et maintenant ?

Le rapport de la Cour des comptes devrait être rendu public d’ici fin juin 2026. Ses recommandations pourraient influencer les débats sur la future programmation budgétaire pour la période 2027-2030. Une chose est sûre : sans une meilleure coordination entre l’État, les collectivités et les acteurs économiques, le risque est grand de voir le phénomène persister, voire s’aggraver avec le réchauffement climatique. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si les leçons du passé ont été tirées.

Les algues vertes, dont les échouages empoisonnent les plages bretonnes chaque été, symbolisent un échec environnemental. Malgré les milliards d’euros investis depuis des décennies, le problème reste entier. La question n’est plus seulement technique, mais aussi politique : qui assumera la responsabilité d’agir, et comment ?

Le Morbihan concentre plus de 50 % des échouages d’algues vertes en Bretagne en raison de ses vasières riches en nitrates, de son agriculture intensive et de son réseau hydrographique favorable à la prolifération des ulves. Les plans de lutte y sont moins avancés qu’ailleurs, ce qui en fait un « angle mort » des politiques publiques.