Plus de deux cents agriculteurs et militants se sont réunis le 16 juin devant le Parlement européen à Strasbourg pour dénoncer le projet de réglementation sur les nouveaux OGM, qualifiés de « cachés » par les organisateurs. Selon Reporterre, cette mobilisation s’inscrit à la veille d’un vote crucial qui pourrait modifier durablement l’encadrement de ces biotechnologies en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 200 personnes se sont rassemblées le 16 juin devant le Parlement européen à Strasbourg pour protester contre les nouveaux OGM.
  • Les manifestants dénoncent l’absence de traçabilité et les risques de contamination des cultures traditionnelles.
  • Un vote décisif sur la réglementation des NGT (New Genomic Techniques) est prévu dans les prochains jours.
  • Les organisateurs qualifient ces OGM de « cachés » et appellent à un encadrement strict de leur utilisation.

Une mobilisation à l’aube d’un vote historique

La manifestation s’est tenue sur la passerelle menant au Parlement européen, un lieu symbolique pour interpeller les députés avant une décision attendue. Selon Reporterre, les participants ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une tentative de « berner » les citoyens en présentant ces nouvelles techniques comme non-OGM. « Les NGT sont des OGM cachés, arrêtez de nous berner ! » pouvait-on lire sur une banderole brandie par les manifestants. Autant dire que le ton était donné dès l’arrivée.

Parmi les intervenants, plusieurs représentants d’organisations agricoles ont pris la parole pour alerter sur les conséquences potentielles de l’adoption de ce texte. Ils craignent notamment une contamination irréversible des cultures conventionnelles et biologiques, ainsi qu’un manque de transparence sur les produits issus de ces techniques.

Des craintes partagées par une partie du monde agricole

Les organisateurs de la mobilisation ont insisté sur le fait que les NGT (New Genomic Techniques), bien que présentées comme une évolution des méthodes de sélection, n’en restent pas moins des organismes génétiquement modifiés. « Ces techniques permettent de modifier le génome de manière précise, mais les risques sanitaires et environnementaux restent mal évalués », a expliqué l’un des porte-parole, cité par Reporterre.

Côté institutions, la Commission européenne avait initialement proposé en 2023 de faciliter l’accès au marché pour certains produits issus de ces techniques, sous prétexte qu’ils seraient « aussi sûrs que les organismes conventionnels ». Une position contestée par les manifestants, qui rappellent que l’absence de traçabilité rend impossible toute évaluation précise des risques.

Un débat qui divise l’Europe

Le vote prévu dans les prochains jours au Parlement européen s’annonce serré. Certains États membres, comme la France, ont déjà exprimé des réserves sur l’assouplissement des règles, tandis que d’autres, comme les Pays-Bas ou le Danemark, y voient une opportunité pour moderniser leur secteur agricole. Selon Reporterre, la Commission européenne pourrait être contrainte de revoir sa copie si le Parlement rejette son projet de réglementation.

Pour les manifestants, une chose est sûre : sans une traçabilité stricte et une évaluation indépendante des risques, ces nouvelles techniques ne devraient pas être autorisées. « Nous ne voulons pas d’un marché à deux vitesses où certains produits échappent à tout contrôle », a souligné un agriculteur lorrain présent lors de la mobilisation.

Et maintenant ?

Le vote sur la réglementation des NGT est attendu dans les prochaines semaines au Parlement européen. Si le texte est adopté en l’état, les nouveaux OGM pourraient bénéficier d’une procédure d’autorisation simplifiée, sans évaluation au cas par cas. À l’inverse, un rejet du projet pourrait contraindre la Commission à présenter une nouvelle proposition, plus stricte sur les questions de traçabilité et de contrôle. Dans tous les cas, la mobilisation des paysans et des associations environnementales ne devrait pas faiblir, d’autant que le sujet reste au cœur des débats sur la transition agricole en Europe.

Reste à savoir si les députés européens prendront en compte les alertes des manifestants. Une chose est certaine : le débat ne fait que commencer, et les prochaines semaines s’annoncent décisives pour l’avenir des OGM en Europe.

Les NGT (New Genomic Techniques) désignent un ensemble de techniques de modification génétique permettant d’obtenir des plantes ou animaux aux caractéristiques modifiées de manière précise. Elles sont présentées par leurs partisans comme plus sûres et plus prévisibles que les OGM traditionnels, mais restent classées comme des OGM par une partie des scientifiques et des États membres de l’UE.