Alors que les tensions au Moyen-Orient s’aggravaient ces dernières semaines, l’Arabie saoudite a démontré une capacité de résistance économique remarquable, selon Le Figaro. Malgré un contexte géopolitique explosif avec l’Iran, Riyad poursuit sa stratégie de diversification avec une série d’annonces majeures ces derniers jours.
Ce qu'il faut retenir
- Signature d’un accord ferroviaire entre Riyad et Istanbul via la Jordanie et la Syrie, reliant deux puissances régionales
- Inauguration de Riyadh Air, la nouvelle compagnie aérienne nationale, comme symbole de l’expansion du transport aérien saoudien
- Lancement d’un projet immobilier de 1,6 milliard de dollars à La Mecque, intégrant logements, commerces et infrastructures touristiques
- L’Arabie saoudite confirme sa position de première économie du monde arabe, résistant mieux que ses voisins aux répercussions du conflit régional
- Déploiement d’infrastructures contournant le détroit d’Ormuz, réduisant la dépendance aux routes maritimes traditionnelles
Une série d’annonces économiques malgré un contexte géopolitique tendu
Malgré l’escalade des tensions dans le Golfe, qui a provoqué blocages maritimes, engorgements portuaires et perturbations commerciales à l’échelle mondiale, l’Arabie saoudite maintient le cap sur ses ambitions économiques. Comme le rapporte Le Figaro, le royaume a multiplié les initiatives ces derniers jours pour renforcer ses infrastructures et son attractivité.
Le 10 juin 2026, Riyad a signé un accord historique avec la Turquie pour la construction d’une ligne ferroviaire reliant Riyad à Istanbul. Ce projet, qui devrait traverser la Jordanie et la Syrie, s’inscrit dans une logique d’intégration régionale et de renforcement des échanges entre les deux pays. « Ce corridor ferroviaire permettra de désenclaver une partie de l’Arabie saoudite et d’ouvrir de nouvelles routes commerciales vers l’Europe », a expliqué un responsable saoudien sous couvert d’anonymat.
Riyadh Air, symbole d’une expansion aérienne stratégique
Le lendemain de l’annonce ferroviaire, l’Arabie saoudite a officiellement lancé Riyadh Air, sa nouvelle compagnie aérienne nationale. Créée dans le cadre du plan « Vision 2030 », cette compagnie vise à positionner le pays comme un hub aérien majeur entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Avec une flotte moderne et des liaisons directes vers des destinations clés, Riyadh Air ambitionne de concurrencer les grands acteurs du secteur, comme Emirates ou Qatar Airways.
Ce lancement s’accompagne d’un investissement de plusieurs milliards de dollars dans les infrastructures aéroportuaires saoudiennes, visant à tripler la capacité de traitement des passagers d’ici 2030. « L’objectif n’est pas seulement de transporter des voyageurs, mais de faire de l’Arabie saoudite une plateforme incontournable du commerce mondial », a indiqué le ministre saoudien du Transport, Khalid Al-Falih.
Un projet pharaonique à La Mecque pour redéfinir l’espace sacré
Autre projet d’envergure : le lancement d’un complexe immobilier de 1,6 milliard de dollars à proximité du lieu saint de La Mecque. Ce projet, baptisé « Abraj Al-Bait 2 », prévoit la construction de logements, de centres commerciaux et d’infrastructures touristiques sur plus de 50 hectares. L’objectif est double : désengorger le centre-ville et offrir des solutions d’hébergement adaptées à l’afflux croissant de pèlerins.
Ce projet s’inscrit dans la volonté saoudienne de diversifier son économie, historiquement dépendante du pétrole. Avec un marché intérieur de près de 36 millions d’habitants et une classe moyenne en expansion, le royaume mise sur le tourisme religieux pour générer de nouvelles recettes. « La Mecque doit devenir un modèle d’urbanisme moderne tout en respectant la sacralité du site », a précisé le gouverneur de la province de La Mecque, Khaled Al-Faisal.
Une résilience économique face aux perturbations régionales
Ces initiatives interviennent alors que la région reste sous haute tension. La guerre en Iran et les tensions avec Téhéran ont provoqué des perturbations majeures dans le commerce mondial, avec des blocages de navires dans le détroit d’Ormuz, une route maritime essentielle pour le pétrole. Selon Le Figaro, l’Arabie saoudite a mieux résisté que ses voisins grâce à plusieurs atouts structurels : un vaste marché intérieur, des infrastructures d’exportation contournant Ormuz, et des réserves financières solides.
Le royaume a notamment développé des oléoducs alternatifs pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d’Ormuz, réduisant ainsi sa vulnérabilité aux blocages. « Nous avons anticipé les risques et diversifié nos routes commerciales bien avant la crise actuelle », a souligné le gouverneur de la Banque centrale saoudienne, Fahad Al-Mubarak. Ces mesures ont permis à l’Arabie saoudite de maintenir sa croissance économique, contrairement à d’autres pays du Golfe gravement affectés par les sanctions et les perturbations.
En élargissant la perspective, cette stratégie saoudienne s’inscrit dans une dynamique plus large au Moyen-Orient, où les pays cherchent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures et à attirer les investissements étrangers. Si elle réussit, l’Arabie saoudite pourrait devenir un modèle pour la région, prouvant qu’une économie peut prospérer malgré un environnement géopolitique instable.
Plusieurs risques pèsent sur ces initiatives : la persistance des tensions régionales, qui pourrait décourager les investisseurs étrangers, ainsi que la volatilité des prix du pétrole, dont dépend encore en partie le financement de ces projets. Par ailleurs, la réalisation des infrastructures dépendra de la stabilité politique en Syrie et en Jordanie, deux pays traversés par le futur corridor ferroviaire.
Le financement repose sur une combinaison de fonds publics, d’investissements étrangers et de partenariats public-privé. Le royaume mise également sur les revenus générés par son fonds souverain, le Public Investment Fund (PIF), qui dispose de plus de 700 milliards de dollars d’actifs. Une partie des recettes pétrolières est également réinvestie dans ces projets pour soutenir la diversification économique.