La Russie multiplie les mesures de rétorsion à l’encontre de l’Arménie depuis la victoire du parti du Premier ministre Nikol Pachinian lors des élections législatives de juin 2026. Selon Le Monde, Moscou remet en cause la régularité du scrutin et durcit sa pression économique sur Erevan, alors que le gouvernement arménien opère un recentrage stratégique vers les États-Unis et l’Union européenne. Les tensions diplomatiques entre les deux pays, autrefois alliés historiques, s’aggravent à mesure que les sanctions russes se multiplient.
Ce qu'il faut retenir
- La Russie conteste les résultats des élections législatives arméniennes de juin 2026, remportées par le parti de Nikol Pachinian.
- Moscou applique une série de mesures de rétorsion économiques contre Erevan depuis cette victoire électorale.
- Le gouvernement arménien a réorienté sa politique étrangère vers les États-Unis et l’Europe, s’éloignant de la sphère d’influence russe.
- Vladimir Poutine n’a pas encore réagi publiquement, mais les tensions entre les deux pays s’accentuent.
- Ces sanctions pourraient avoir des répercussions majeures sur l’économie arménienne, déjà fragilisée.
Des élections contestées par Moscou
Les élections législatives arméniennes du 9 juin 2026 ont été marquées par une victoire claire du parti de Nikol Pachinian, le Premier ministre sortant. Son parti, le Contrat Civil, a obtenu plus de 54 % des suffrages, selon les résultats officiels publiés par les autorités électorales arméniennes. Pourtant, dès l’annonce des résultats, la Russie a émis des doutes sur leur régularité. « Les observateurs russes ont signalé des irrégularités dans le processus électoral », a indiqué un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères, sans pour autant préciser les manquements constatés.
Une pression économique accrue depuis Erevan
Depuis la publication des résultats, Moscou a multiplié les mesures coercitives. Parmi elles, la suspension partielle des livraisons de gaz naturel à l’Arménie, qui dépend à plus de 80 % de la Russie pour son approvisionnement énergétique. Parallèlement, plusieurs entreprises russes ont annoncé le gel de leurs investissements en Arménie, tandis que les échanges commerciaux entre les deux pays ont chuté de près de 30 % en mai 2026 par rapport à la même période l’année précédente. « Ces mesures ne sont pas une punition, mais une réponse à une politique qui s’éloigne de nos intérêts communs », a affirmé un haut responsable russe sous couvert d’anonymat.
Un recentrage stratégique de l’Arménie
Le gouvernement de Nikol Pachinian a effectivement amorcé un virage diplomatique depuis 2023, en renforçant ses liens avec Washington et Bruxelles. L’Arménie a notamment signé en 2025 un accord de partenariat renforcé avec l’Union européenne et participe désormais aux exercices militaires de l’OTAN. Ce rapprochement a été salué par les États-Unis, qui ont annoncé une aide financière de 200 millions de dollars pour moderniser l’armée arménienne. « Notre sécurité passe par une diversification de nos alliances », a déclaré Pachinian lors d’une conférence de presse le 12 juin 2026. Cette stratégie a immédiatement suscité des réactions hostiles à Moscou, où l’on considère ce revirement comme une trahison.
Une chose est sûre : le bras de fer entre Moscou et Erevan s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. L’Arménie, coincée entre la Russie et l’Azerbaïdjan, tente de jouer la carte occidentale pour sécuriser son avenir. Reste à voir si cette stratégie suffira à contrer les pressions économiques russes, alors que le pays peine déjà à financer ses dépenses publiques.
Moscou justifie son scepticisme par des irrégularités présumées dans le processus électoral, bien qu’aucune preuve concrète n’ait été publiée à ce stade. Derrière cette contestation se cache surtout un désaccord géopolitique : l’Arménie, traditionnellement proche de la Russie, a récemment opéré un virage pro-occidental, ce qui est perçu comme une provocation à Moscou.