Cette année, les assemblées générales (AG) des entreprises cotées en France se tiennent dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des défis majeurs en matière de gouvernance, d’innovation technologique et de risques géopolitiques. Selon Capital, ces rendez-vous annuels, qui rythment la vie des sociétés cotées, révèlent une année record en matière de renouvellements de dirigeants, mais aussi une montée en puissance des interrogations liées à l’intelligence artificielle et aux tensions au Moyen-Orient. Ces sujets, qui suscitent des débats parfois vifs entre actionnaires, pourraient redessiner les stratégies des grands groupes pour les années à venir.

Ce qu'il faut retenir

  • Sur les 120 plus grandes entreprises cotées en France, 12 nouveaux dirigeants et près d’une centaine d’administrateurs doivent être approuvés lors des AG de 2026, un record selon Scalens.
  • L’intelligence artificielle s’impose comme une préoccupation centrale : 12 % des questions des actionnaires en 2025 y étaient consacrées, et cette tendance se poursuit en 2026.
  • Les crises au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie alimentent les craintes d’un choc économique mondial, influençant les discussions en AG.
  • Les résolutions « say on climate » restent stables à un niveau faible, avec seulement 6 votes consultatifs en France en 2026, contre 8 en 2025.
  • Les actionnaires s’inquiètent particulièrement des plans de succession des dirigeants, un sujet qui cristallise les débats sur la rémunération et les conditions de départ.

Un record de renouvellements de dirigeants, un enjeu de gouvernance

Les assemblées générales de 2026 sont marquées par un nombre exceptionnel de fins de mandats, avec pas moins de 12 nominations de nouveaux dirigeants et près d’une centaine d’administrateurs à valider parmi les 120 plus grandes entreprises cotées françaises. Ce chiffre, qualifié de « record » par Scalens, reflète une période de transition pour de nombreux groupes, où les actionnaires doivent se prononcer sur des équipes dirigeantes en pleine mutation. Sans que ces changements ne donnent lieu à des tensions majeures pour l’instant.

Chez Sanofi, la nouvelle directrice générale, Belen Garijo, nommée en février après le départ de Paul Hudson, a recueilli 98 % de votes favorables lors de l’AG du 30 avril. Une approbation massive qui illustre, pour l’heure, une transition plutôt apaisée, même si les débats en coulisses peuvent être plus animés.

Les successions des patrons, un sujet qui agite les assemblées

La question des successions reste au cœur des préoccupations des actionnaires, qui veulent s’assurer que les entreprises disposent de plans robustes en cas de départ imprévu d’un dirigeant. Bernard Arnault, président de LVMH et âgé de 77 ans, a été interrogé lors de l’AG du groupe sur son propre plan de succession. Il a répondu que ce sujet pourrait être abordé « dans sept, huit ans », tout en reconnaissant que les investisseurs attendent une préparation minutieuse. « Plus généralement, les actionnaires veulent s’assurer qu’un plan est bien préparé en amont, examiné chaque année, avec des mesures d’urgence s’il arrive quelque chose au dirigeant », a expliqué Michael Herskovich, responsable du vote et de l’engagement pour BNP Paribas AM.

Ces discussions sur les successions entraînent souvent des débats sur la rémunération des nouveaux dirigeants ou les conditions de départ des sortants. Selon Charles Pinel, directeur général du cabinet de conseil de vote Proxinvest, ces enjeux sont désormais incontournables lors des AG. En 2025, près de 12 % des questions posées par les actionnaires dans les entreprises du CAC 40 portaient spécifiquement sur l’impact de ces changements de gouvernance.

L’intelligence artificielle, un virage à prendre d’urgence

L’intelligence artificielle s’impose comme l’autre grand sujet de ces assemblées générales 2026. Les investisseurs s’interrogent sur la capacité des entreprises à prendre ce virage technologique et à en mesurer l’impact sur leur modèle économique. « Les actionnaires se demandent si l’entreprise va réussir à prendre ce virage et cherchent à évaluer l’impact sur son modèle économique », a précisé Michael Herskovich.

Pour rassurer, certaines sociétés misent sur des profils spécialisés. Capgemini, par exemple, proposera lors de son AG du 20 mai la nomination de Lila Tretikov, ancienne dirigeante de Microsoft présentée comme une « experte reconnue en intelligence artificielle ». Une stratégie qui vise à montrer que le groupe anticipe les défis de demain.

Moyen-Orient et prix de l’énergie : des risques économiques à l’ordre du jour

Les tensions au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole figurent également parmi les sujets qui préoccupent les actionnaires, surtout les investisseurs individuels, plus sensibles à l’actualité géopolitique que les institutionnels. « Ces sujets ont naturellement toute leur place », a souligné Michael Herskovich. Lors de l’AG de Vinci le 14 avril, Xavier Huillard, son président, a indiqué qu’il était « trop tôt » pour évaluer les impacts de la crise. « Selon les secteurs d’activité, c’est un sujet qui est plus ou moins abordé en profondeur. Mais il est dans tous les cas difficile de passer au travers », a résumé Charles Pinel.

Les entreprises des secteurs les plus exposés, comme l’énergie ou les transports, sont particulièrement scrutées. Les actionnaires cherchent à comprendre comment ces crises pourraient affecter leurs résultats financiers et leurs stratégies à moyen terme.

Le climat, un sujet en retrait malgré les présentations

Contrairement aux années précédentes, les résolutions dites « say on climate », qui soumettent la stratégie climatique des entreprises au vote consultatif des actionnaires, restent stables à un niveau très bas. En France, seulement six résolutions de ce type sont prévues en 2026, contre huit l’an dernier. En Europe, leur nombre a même reculé, passant d’une quarantaine en 2022 à une vingtaine ces dernières années.

Pourtant, les entreprises multiplient les présentations sur le sujet, sans pour autant soumettre ces stratégies à un vote. « On voit en revanche beaucoup de présentations sur le sujet du climat, mais sans vote », a relevé Charles Pinel. Une stratégie qui s’explique par le fait que « les entreprises préfèrent peut-être ne pas donner de bâtons pour se faire battre », a-t-il ajouté. Malgré cela, Michael Herskovich tempère : « On ne voit pas en Europe un mouvement actif contre la finance ESG, comme aux États-Unis ».

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir émerger des tensions autour des sujets qui animent déjà les AG 2026. Les actionnaires pourraient exiger des précisions supplémentaires sur les plans de succession des grands groupes, notamment ceux où les dirigeants approchent de l’âge de la retraite. Côté IA, les entreprises devront probablement détailler davantage leurs stratégies pour convaincre les investisseurs de leur capacité à innover. Enfin, l’évolution des tensions au Moyen-Orient et de leur impact sur les prix de l’énergie sera suivie de près, surtout dans les secteurs les plus exposés. La prochaine étape ? Les comptes rendus des AG, qui devraient livrer des indications sur les attentes réelles des actionnaires.

Ces assemblées générales 2026 s’annoncent donc comme un moment charnière pour les grandes entreprises françaises, où gouvernance, innovation et risques géopolitiques se mêlent pour dessiner les contours d’un nouveau paysage économique.

Les actionnaires s’intéressent aux successions car elles impactent directement la stabilité et la performance de l’entreprise. Un plan de succession mal préparé peut entraîner des perturbations en cas de départ imprévu d’un dirigeant. Les investisseurs veulent donc s’assurer que les entreprises disposent de mécanismes robustes pour garantir une transition fluide, tout en surveillant les rémunérations et les conditions de départ des dirigeants sortants, qui peuvent représenter des coûts élevés.