Le Mexique confie désormais la construction et la gestion d’infrastructures stratégiques à son armée, une pratique qui s’est intensifiée sous le gouvernement de gauche au pouvoir. Selon Le Monde, cette stratégie, justifiée par l’efficacité présumée des militaires, a conduit à une expansion sans précédent du patrimoine économique de l’institution. À l’exception de l’armée cubaine, aucune autre force armée en Amérique latine ne dispose d’un portefeuille aussi diversifié et étendu. Bref, l’institution militaire mexicaine est en train de devenir un acteur économique majeur, bien au-delà de ses missions traditionnelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement mexicain confie de plus en plus d’infrastructures et d’activités économiques à l’armée, arguant de son efficacité.
  • Cette stratégie a conduit à une expansion significative du patrimoine économique de l’institution militaire.
  • Parmi les projets gérés par l’armée figurent des chemins de fer, des aéroports et des hôtels.
  • Le patrimoine de l’armée mexicaine est désormais sans équivalent en Amérique latine, à l’exception de celui des forces armées cubaines.

Une stratégie économique portée par la gauche au pouvoir

Depuis plusieurs années, l’administration actuelle au Mexique a choisi de confier la construction et la gestion de multiples infrastructures à l’institution militaire. Selon les autorités, cette approche repose sur l’efficacité opérationnelle des forces armées, souvent perçues comme moins sujettes à la corruption que d’autres secteurs publics. « Nous misons sur la rigueur et la transparence des militaires », a déclaré un haut responsable gouvernemental, cité par Le Monde. Cette politique s’inscrit dans une logique de modernisation des infrastructures, tout en renforçant le rôle économique de l’armée.

Parmi les projets phares confiés aux militaires figurent des corridors ferroviaires, des aéroports régionaux et des établissements hôteliers. Ces initiatives visent à stimuler l’économie locale tout en offrant à l’armée de nouvelles sources de revenus. Selon des données officielles, plus de 150 projets ont été attribués à l’institution depuis 2018, couvrant des secteurs aussi variés que les transports, le tourisme et l’immobilier.

Un portefeuille économique diversifié et en expansion

L’armée mexicaine gère désormais des actifs dans des domaines aussi variés que les chemins de fer, où elle supervise la rénovation et l’exploitation de lignes stratégiques, et les aéroports, avec la gestion d’infrastructures dans plusieurs États. Côté tourisme, l’institution a investi dans la construction et la gestion d’hôtels, notamment dans des zones balnéaires comme Acapulco ou Cancún. « Cette diversification permet à l’armée de générer des revenus autonomes », a souligné un analyste économique interrogé par Le Monde.

Cette expansion économique s’accompagne d’un renforcement des capacités logistiques de l’armée. Selon des rapports officiels, les revenus générés par ces activités représentent désormais près de 2 % du budget national, une part en constante augmentation depuis 2020. Les militaires ont également mis en place des filiales spécialisées dans la gestion de projets, comme la société Terrafirma, créée en 2023 pour superviser les investissements dans l’immobilier et les infrastructures.

Un modèle unique en Amérique latine

Alors que les armées latino-américaines se concentrent traditionnellement sur des missions de sécurité et de défense, l’expérience mexicaine se distingue par son ampleur. Aucun autre pays de la région ne confie à son institution militaire un rôle aussi étendu dans l’économie. « Le Mexique est en train d’inventer un modèle hybride », a expliqué un chercheur de l’Université nationale autonome du Mexique. Même au Brésil, où l’armée joue un rôle historique dans l’économie, son implication reste limitée à des secteurs spécifiques, comme l’énergie ou les chantiers publics.

Cette singularité s’explique en partie par la conjoncture politique mexicaine. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Andrés Manuel López Obrador en 2018, l’armée a vu son influence s’accroître dans tous les domaines. Le gouvernement a justifié cette stratégie par la nécessité de lutter contre la corruption et d’accélérer les projets d’infrastructure. Pourtant, cette militarisation de l’économie soulève des questions quant à la séparation des pouvoirs et à la gouvernance démocratique.

Et maintenant ?

Plusieurs défis pourraient freiner cette expansion dans les mois à venir. D’abord, la question de la transparence financière se pose, alors que les revenus générés par l’armée ne sont pas toujours détaillés dans les rapports publics. Ensuite, des critiques émergent quant au manque de concurrence dans l’attribution des contrats, ce qui pourrait limiter l’efficacité économique de cette stratégie. Enfin, l’échéance de 2027, année des prochaines élections générales au Mexique, pourrait redéfinir cette politique, selon certains observateurs.

Pour l’heure, l’armée mexicaine continue d’étendre son emprise économique, avec des projets prévus dans des secteurs aussi variés que l’énergie renouvelable et les technologies numériques. Reste à savoir si ce modèle, salué par ses partisans pour son efficacité, résistera à l’épreuve du temps et des changements politiques.