Depuis le début de la crise post-électorale en 2020, le Mozambique fait face à une escalade des violences envers les journalistes. Selon RFI, quatre professionnels des médias ont été assassinés ou sont portés disparus, tandis que d’autres ont subi des blessures ou des agressions lors des troubles politiques qui ont suivi le scrutin de 2024. Pourtant, malgré les plaintes déposées en justice, aucun responsable n’a jamais été tenu pour compte dans ces affaires, révélant un système d’intimidation toujours plus marqué.
Ce constat accablant émerge dans le cadre du sixième volet de l’enquête « Mozambique Exposed », menée par un consortium coordonné par Forbidden Stories et auquel RFI a contribué. L’objectif de cette série d’articles est de mettre en lumière les dangers encourus par les journalistes dans un pays où la liberté de la presse est systématiquement bafouée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2020 et 2026, aucun dossier lié à ces violences n’a abouti à une condamnation, soulignant l’impunité généralisée dont bénéficient les auteurs de ces actes.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre journalistes mozambicains ont été assassinés ou sont portés disparus depuis 2020, selon RFI.
- D’autres professionnels des médias ont été blessés ou agressés lors de la crise post-électorale de 2024.
- Aucun responsable n’a été poursuivi ou condamné dans ces affaires, malgré les plaintes déposées.
- Le système d’intimidation s’est intensifié depuis le début de la crise politique.
- L’enquête « Mozambique Exposed » est coordonnée par Forbidden Stories avec la participation de RFI.
Une crise post-électorale qui a exacerbé les violences
Les élections de 2024 au Mozambique ont marqué un tournant dans la répression des journalistes. D’après RFI, les troubles post-électoraux ont été accompagnés d’une recrudescence des agressions contre les médias, perçus comme des opposants au pouvoir en place. Les journalistes couvrant ces événements ont souvent été ciblés, que ce soit par des groupes armés, des forces de l’ordre ou des milices politiques. Les violences, qu’elles soient physiques ou psychologiques, visent à museler toute critique et à étouffer l’information indépendante.
Parmi les cas les plus emblématiques, celui de José Jaime Macuácua, journaliste disparu en 2021 après avoir enquêté sur des réseaux de corruption, reste non élucidé. Son cas illustre la difficulté à obtenir justice dans un système judiciaire sous pression politique. Les associations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, ont maintes fois alerté sur cette situation, sans succès.
Un système judiciaire sous influence politique
L’impunité qui règne au Mozambique s’explique en grande partie par l’influence politique sur le système judiciaire. Les plaintes déposées par les familles des victimes ou par les journalistes agressés sont régulièrement classées sans suite, faute de preuves suffisantes ou par crainte de représailles. Les rares enquêtes ouvertes aboutissent rarement à des condamnations, laissant les familles dans l’incertitude et les journalistes dans un climat de peur permanent.
« Quand un journaliste est agressé ou tué, la première réaction des autorités est de nier toute implication. Les enquêtes sont bâclées, et les coupables ne sont jamais identifiés. »
— Un journaliste mozambicain sous couvert d’anonymat
Cette situation a poussé de nombreux professionnels des médias à s’autocensurer ou à quitter le pays. Selon un rapport de l’ONG Committee to Protect Journalists (CPJ), au moins 12 journalistes ont quitté le Mozambique depuis 2020, par crainte pour leur sécurité. Certains ont trouvé refuge dans des pays voisins, tandis que d’autres ont abandonné le métier.
Cette crise illustre plus largement les défis auxquels sont confrontés les médias dans les pays en proie à des tensions politiques. Au Mozambique, comme ailleurs en Afrique australe, la liberté de la presse reste un combat quotidien, où l’impunité des violences fait office de loi.
Plusieurs organisations internationales et locales militent pour la protection des journalistes au Mozambique. Parmi elles figurent Reporters sans frontières (RSF), Amnesty International, le Committee to Protect Journalists (CPJ) et Media Institute of Southern Africa (MISA). Ces structures documentent les violations, alertent l’opinion publique et exercent des pressions diplomatiques pour obtenir des améliorations.