Selon BFM Business, la question d’un basculement monétaire au Venezuela prend de l’ampleur : le dollar américain pourrait-il finir par remplacer le bolivar, la monnaie nationale, dans les échanges quotidiens du pays sud-américain ? Cette hypothèse, envisagée depuis plusieurs années, semble gagner en crédibilité avec une dollarisation progressive de l’économie vénézuélienne, dans un contexte de crise économique persistante et d’hyperinflation.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Venezuela traverse une crise économique marquée par une hyperinflation chronique et une forte dépréciation du bolivar.
  • Le dollar américain est de plus en plus utilisé dans les transactions commerciales et quotidiennes, y compris pour les salaires et les loyers.
  • Les autorités vénézuéliennes n’ont pas officiellement acté cette dollarisation, mais tolèrent cette pratique pour stabiliser l’économie.
  • Cette situation soulève des questions sur la souveraineté monétaire du pays et l’avenir du bolivar comme outil économique national.
  • Le phénomène s’accompagne d’une fuite des capitaux et d’une dépendance accrue envers les devises étrangères.

Une économie en crise poussée vers la dollarisation

Depuis plusieurs années, le Venezuela subit une crise économique sans précédent, marquée par une inflation annuelle dépassant les 1 000 000 % en 2018, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Dans ce contexte, le bolivar a perdu toute crédibilité comme réserve de valeur ou comme unité de compte stable. Les Vénézuéliens se sont donc tournés vers le dollar américain pour préserver leur pouvoir d’achat, que ce soit pour les achats quotidiens, les loyers ou même les salaires.

Selon BFM Business, cette dollarisation de fait s’étend désormais à l’ensemble des secteurs de l’économie. Les commerçants affichent leurs prix en dollars, et les travailleurs négocient parfois leur rémunération dans cette devise. Une étude récente de la Banque centrale du Venezuela (BCV) indique que près de 70 % des transactions seraient aujourd’hui effectuées en dollars, contre moins de 10 % il y a cinq ans.

Un phénomène toléré, mais non officialisé

Les autorités vénézuéliennes, dirigées par le président Nicolás Maduro, n’ont jamais officiellement légalisé l’usage du dollar comme monnaie principale. Pourtant, elles n’ont pas non plus pris de mesures coercitives pour interdire cette pratique. Au contraire, le gouvernement a assoupli certaines réglementations pour faciliter les échanges en devises étrangères, notamment dans le cadre des importations et des exportations.

Cette tolérance s’explique en partie par l’impossibilité de stabiliser le bolivar, dont la valeur s’effondre face au dollar. En 2025, la banque centrale a tenté à plusieurs reprises de réformer la monnaie nationale en supprimant des zéros, sans succès. Aujourd’hui, un bolivar s’échange contre moins d’un centième de centime de dollar sur le marché parallèle.

Les conséquences d’une dollarisation de fait

Si cette dollarisation progressive permet une certaine stabilité des prix pour les consommateurs, elle creuse aussi les inégalités sociales. Seuls ceux qui ont accès à des dollars — souvent via des transferts depuis l’étranger ou des emplois dans le secteur informel — peuvent subvenir à leurs besoins. Les retraités et les salariés du secteur public, dont les revenus sont libellés en bolivars, voient leur situation se dégrader davantage.

Par ailleurs, cette dépendance accrue au dollar affaiblit la souveraineté monétaire du Venezuela. Le pays perd le contrôle sur sa politique monétaire, et la Banque centrale ne peut plus jouer son rôle de prêteur en dernier ressort. Les économistes s’interrogent : cette dollarisation, même informelle, est-elle réversible, ou le Venezuela est-il condamné à une économie entièrement libellée en dollars ?

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont envisageables pour les prochains mois. Le gouvernement vénézuélien pourrait choisir de légaliser officiellement l’usage du dollar, comme l’ont fait d’autres pays en crise monétaire, comme le Zimbabwe ou le Liban. Une telle décision permettrait de stabiliser l’économie, mais au prix d’une perte totale de contrôle sur la politique monétaire.

Une autre option serait de tenter une nouvelle réforme du bolivar, en collaboration avec des partenaires internationaux, pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale. Cependant, après des décennies de mauvaise gestion économique et de sanctions internationales, cette hypothèse semble peu probable sans un changement radical de politique.

Une chose est sûre : la situation au Venezuela continue de se dégrader, et la dollarisation de l’économie, qu’elle soit officialisée ou non, pourrait bien devenir la norme dans les mois à venir.

Une dollarisation officielle nécessiterait une stabilité politique et économique que le Venezuela ne possède pas actuellement. De plus, une telle décision priverait l’État de l’un de ses principaux outils de politique économique : la création monétaire. Enfin, le dollarisation pourrait aggraver les inégalités, car seuls les plus aisés auraient accès à des dollars.