Le quotient intellectuel moyen recule depuis quatre décennies dans les pays occidentaux. Une tendance qui s’est inversée en 1986, passant d’une progression annuelle de 2,4 points par décennie à une baisse de 1,8 point tous les dix ans. Cette évolution, documentée par une méta-analyse de 2023 portant sur 300 000 individus issus de 72 pays, entre 1948 et 2020, remet en cause l’influence exclusive des facteurs génétiques. Selon Futura Sciences, c’est bien notre environnement qui expliquerait cette inversion de tendance.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 1948 et 1985, le QI mondial augmentait de 2,4 points par décennie.
  • Depuis 1986, cette courbe s’est inversée, avec une baisse de 1,8 point tous les 10 ans.
  • Une étude norvégienne de 2018, publiée dans la revue Pnas, a analysé 735 000 observations pour confirmer ce déclin chez les générations nées après 1975.
  • Les chercheurs norvégiens Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg soulignent que les différences de scores entre frères et sœurs nés à plusieurs années d’écart suggèrent des facteurs extérieurs plutôt que génétiques.
  • Plusieurs hypothèses sont avancées : réseaux sociaux, simplification des programmes scolaires, perturbateurs endocriniens, évolution alimentaire et recours croissant à l’IA.

Un phénomène documenté par des données massives

Les travaux publiés en 2023 par des chercheurs internationaux ont passé au crible les résultats de 300 000 personnes testées dans 72 pays sur plus de sept décennies. Les résultats sont sans appel : après une période d’augmentation continue du QI, baptisée effet Flynn, les scores ont commencé à baisser à partir de 1986. Cette rupture coïncide avec l’avènement des technologies numériques et une transformation radicale des modes de vie. « Les données montrent que cette inversion est réelle et généralisée, touchant aussi bien les pays riches que les économies émergentes », précise Futura Sciences.

Les économistes norvégiens Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg, auteurs d’une étude publiée dans la revue Pnas en 2018, ont creusé le sillon en analysant 735 000 observations issues de tests de QI en Norvège. Leur conclusion est sans ambiguïté : « Les générations nées après 1975 présentent des scores en baisse par rapport à leurs aînés, et cela ne peut s’expliquer ni par l’hérédité ni par le milieu familial. » Les chercheurs ont notamment comparé les performances de frères et sœurs nés à plusieurs années d’intervalle, excluant ainsi l’influence des différences génétiques ou éducatives au sein d’un même foyer.

Les facteurs environnementaux au cœur du déclin

Plusieurs pistes sont avancées pour expliquer cette baisse du QI. La première concerne l’impact des technologies numériques. L’exposition massive aux contenus courts et instantanés, caractéristique des réseaux sociaux et des plateformes de streaming, favoriserait ce que les spécialistes appellent le « Pop-Corn Brain ». Ce phénomène désigne la difficulté croissante à se concentrer sur une tâche prolongée, au profit d’une consommation rapide et fragmentée de l’information. « Les études montrent que cette pratique réduit notre capacité d’analyse et notre attention soutenue », indique Futura Sciences.

Le système éducatif est également pointé du doigt. La simplification des programmes scolaires et la réduction du temps consacré à la lecture, notamment en classe, pourraient jouer un rôle dans cette baisse. « Les compétences cognitives se développent par la pratique, et moins les enfants lisent ou résolvent des problèmes complexes, moins leur QI progresse », explique un expert cité par le média. Par ailleurs, les perturbateurs endocriniens présents dans l’environnement et les changements dans les habitudes alimentaires sont suspectés d’affecter le développement cérébral, en particulier chez les plus jeunes. Enfin, l’intelligence artificielle, en automatisant une partie de nos tâches intellectuelles, pourrait contribuer à une atrophie des capacités de mémorisation et d’analyse. « En laissant l’IA réfléchir à notre place, nous réduisons nos efforts cognitifs, ce qui, à long terme, peut affaiblir nos facultés », souligne une source spécialisée.

Une tendance réversible ? Les pistes pour inverser la courbe

Face à ces constats, les chercheurs insistent sur le caractère réversible de cette tendance. Puisque les facteurs en cause sont principalement environnementaux, des actions ciblées pourraient permettre de freiner, voire d’inverser, le déclin du QI. La lecture régulière, par exemple, est souvent citée comme un levier efficace. « Lire stimule la mémoire, enrichit le vocabulaire et améliore la capacité de synthèse », rappelle Futura Sciences. Une utilisation plus consciente des technologies, notamment en limitant le temps passé sur les réseaux sociaux au profit d’activités plus exigeantes sur le plan cognitif, est également recommandée.

Certains experts suggèrent aussi de revoir les programmes scolaires pour y intégrer davantage de défis intellectuels, tout en sensibilisant les parents à l’importance d’un environnement stimulant à la maison. « L’enjeu n’est pas seulement éducatif, mais aussi sociétal. Il s’agit de repenser notre rapport aux écrans et de redonner une place centrale aux activités qui sollicitent notre cerveau de manière profonde », explique un neuroscientifique interrogé par le média. Enfin, la question de l’alimentation et de l’exposition aux perturbateurs endocriniens pourrait faire l’objet de politiques publiques plus strictes, notamment en matière de régulation des produits chimiques dans les biens de consommation.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront cruciales pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place pour contrer cette tendance. Plusieurs pays ont déjà commencé à adapter leurs politiques éducatives, tandis que des campagnes de sensibilisation sur les effets des écrans et de l’alimentation se multiplient. Des études longitudinales, similaires à celle publiée en 2023, pourraient être lancées d’ici 2027 pour mesurer l’impact de ces initiatives. Reste à voir si ces efforts suffiront à inverser la tendance, ou si d’autres facteurs, encore méconnus, viendront complexifier la donne.

Pour l’instant, les chercheurs appellent à la prudence. « Il est trop tôt pour conclure à une stabilisation ou à une aggravation de la baisse du QI. Ce qui est certain, c’est que les actions menées aujourd’hui détermineront l’intelligence des générations futures », précise Futura Sciences.

L’IA joue un rôle indirect en automatisant certaines tâches cognitives, ce qui peut réduire notre effort mental au quotidien. Cependant, les études ne l’identifient pas comme la cause principale. Elle s’ajoute à d’autres facteurs environnementaux, comme l’exposition aux écrans ou la simplification des apprentissages. « L’IA n’est pas un coupable unique, mais un élément parmi d’autres dans un écosystème qui influence notre développement intellectuel », explique Futura Sciences.

Oui, des études montrent que des habitudes comme la lecture, l’apprentissage de nouvelles compétences ou une alimentation équilibrée peuvent renforcer les capacités cognitives, même à l’âge adulte. « Le cerveau conserve une grande plasticité tout au long de la vie. L’important est de le solliciter régulièrement avec des défis adaptés à son niveau », souligne un spécialiste cité par le média.