À Soultz-sous-Forêts, dans le Bas-Rhin, l’avenir de la boulangerie-pâtisserie de Benjamin Gillet a basculé en une semaine. Un simple coupure d’électricité pour impayés, une facture de 4 000 euros accumulés, et c’est toute une communauté qui s’est mobilisée pour sauver un commerce devenu bien plus qu’un simple point de vente. Comme le rapporte Franceinfo - Santé, cette affaire illustre le rôle central des artisans dans le lien social local, mais aussi la fragilité des petits commerces face aux aléas financiers.

Ce qu'il faut retenir

  • Une coupure d’électricité brutale le 10 mai 2026 prive Benjamin Gillet, boulanger à Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin), de son activité après l’accumulation d’une dette de 4 000 euros auprès de son fournisseur d’énergie.
  • Une cagnotte en ligne, lancée à l’initiative de son apprenti, permet de récolter plus de 2 000 euros en quelques jours, révélant l’attachement des habitants à son commerce.
  • Le propriétaire des locaux offre un mois de loyer, tandis que l’afflux de clients relance temporairement le chiffre d’affaires du boulanger, lui permettant de régler une partie de ses dettes.
  • Les clients soulignent la qualité des produits artisanaux et la traçabilité des matières premières, insistant sur la valeur ajoutée par rapport aux grandes surfaces.

Une coupure brutale qui révèle une situation précaire

Le lundi 10 mai 2026, vers midi, Benjamin Gillet, artisan boulanger-pâtissier à Soultz-sous-Forêts, voit son commerce plongé dans le noir. Son fournisseur d’électricité, après plusieurs relances infructueuses, coupe l’alimentation pour un impayé de 4 000 euros. Une somme modeste pour une grande entreprise, mais colossale pour un commerce indépendant qui, selon ses propres aveux, ne se verse plus de salaire depuis plusieurs années. Comme le rapporte Franceinfo - Santé, cette situation financière tendue n’avait pas encore été rendue publique jusqu’à cette crise.

Le témoignage de Benjamin Gillet, évoquant une activité « qui n’est pas la mienne, mais celle du village », a profondément touché la population. Ses clients, souvent aussi des voisins, ont immédiatement réagi à cette nouvelle. « J’ai connu les enfants grandir, j’ai vu leurs joies et leurs peines. Cette boulangerie, c’est bien plus qu’un commerce », a-t-il confié lors d’un entretien avec France 2.

Une mobilisation spontanée et solidaire

Dès le lendemain de la coupure, l’apprenti du boulanger lance une cagnotte en ligne. En moins d’une semaine, la collecte dépasse les 2 000 euros, une somme qui, bien que insuffisante pour éponger la dette, redonne espoir à Benjamin Gillet. « Ça m’a touché au cœur. J’ai senti que les gens croyaient encore en moi », déclare-t-il. Cette vague de solidarité s’accompagne d’un afflux inhabituel de clients, certains venus par sympathie, d’autres pour soutenir un commerce essentiel à la vie du village.

La mobilisation va au-delà de la simple générosité financière. Le propriétaire des locaux, où est installée la boulangerie, propose un geste fort : un mois de loyer offert. « Sans cette aide, je n’aurais pas pu régler mes factures », reconnaît le boulanger. Grâce à cette trésorerie temporaire, Benjamin Gillet peut honorer une partie de ses dettes, tout en maintenant son activité — du moins pour l’instant.

Une boulangerie vitale pour le lien social local

À Soultz-sous-Forêts, où ne subsistent plus que deux boulangeries, celle de Benjamin Gillet joue un rôle bien plus important qu’un simple point de vente. Les habitants, interrogés par Franceinfo, insistent sur sa valeur ajoutée. « La qualité est incomparable avec celle d’un supermarché. Je connais l’origine de la farine, je sais qui fait le pain, et je vois l’engagement de l’artisan », explique une cliente régulière. Un autre client ajoute : « Ici, c’est un lieu de vie. On y discute, on s’y rencontre. Si cette boulangerie ferme, c’est un morceau du village qui disparaît. » Cette dimension sociale est souvent sous-estimée, mais elle explique en partie l’élan de solidarité observé. Les habitants ne défendent pas seulement un commerce, mais une partie de leur identité collective.

Benjamin Gillet, lui, reste lucide sur l’avenir. « Cet élan m’a redonné de l’espoir, mais la situation reste fragile. Sans une stabilisation financière durable, tout peut s’écrouler à nouveau », confie-t-il.

Et maintenant ?

Pour l’instant, la boulangerie a repris son activité, portée par la mobilisation des clients. Benjamin Gillet envisage de solliciter des aides locales ou des subventions pour les artisans en difficulté, mais aucune démarche concrète n’a encore été engagée. Le propriétaire des locaux, de son côté, a indiqué qu’il étudiait la possibilité d’étaler les dettes restantes sur plusieurs mois. Reste à savoir si cette solution temporaire suffira à assurer la pérennité du commerce à long terme.

Quant aux habitants, ils espèrent que cette solidarité servira d’exemple. « On ne veut pas que ça recommence », confie une cliente. « Si un jour un autre commerce du village est en difficulté, on sera là. »

Plusieurs dispositifs existent, notamment des subventions de la région Grand Est ou des aides locales via la Chambre des Métiers. Benjamin Gillet n’a pas encore déposé de dossier, mais pourrait se tourner vers ces solutions pour consolider sa situation financière.

Selon les dernières données de la Chambre des Métiers, une vingtaine de boulangeries ont disparu dans le département depuis 2020, principalement en milieu rural. Soultz-sous-Forêts reste l’un des villages encore bien desservis.