À Berlin, dans l’arrondissement de Wedding, une ancienne usine spécialisée dans la fabrication de pièces automobiles va bientôt basculer dans la production de composants pour munitions. Selon Euronews FR, le groupe d’armement allemand Rheinmetall reconvertit progressivement le site, où quelque 350 salariés sont actuellement employés. La production militaire a d’ores et déjà commencé en partie, et l’usine devrait être « opérationnelle dans un avenir proche », a confirmé l’entreprise à la rédaction.
Ce qu'il faut retenir
- Un site reconverti : une ancienne usine automobile du quartier de Wedding, à Berlin, devient un site de production de composants pour munitions.
- 350 emplois concernés : environ 350 ouvriers travaillent actuellement sur place, et Rheinmetall prévoit une montée en puissance de l’activité.
- Une opposition locale : des militants, regroupés au sein de l’« Alliance berlinoise contre la production d’armes », dénoncent cette reconversion et organisent des manifestations.
- Un contexte géopolitique tendu : depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’industrie allemande de l’armement connaît une croissance sans précédent.
- 1 500 manifestants en 2025 : déjà, plus d’un millier de personnes ont défilé contre ce projet l’année dernière.
Un quartier sous tension : entre reconversion économique et inquiétudes citoyennes
Le projet de Rheinmetall ne fait pas l’unanimité dans le quartier de Wedding. Parmi les opposants, la lycéenne Möwe, 16 ans, fait partie de l’« Alliance berlinoise contre la production d’armes », un collectif regroupant une trentaine d’associations. Sans vouloir révéler son identité, elle explique : « Produire des munitions dans notre quartier, c’est fabriquer, chez nous, des objets dont l’unique usage est de tuer. En cas de conflit, cela pourrait faire de notre quartier une cible légitime. »
L’adolescente, qui s’exprime au nom de ce mouvement, ne voit dans cette reconversion qu’un symbole de réarmement sans garantie de sécurité. « On nous dit que cela protège la paix, mais personne ne peut prouver qu’une industrie militaire évite les guerres », ajoute-t-elle. Dans le quartier, les réactions sont contrastées : certains habitants ignorent tout de ce projet, tandis que d’autres, plus engagés, tentent d’alerter leurs voisins. « Certains se sentent impuissants face à cette décision », confie Möwe.
Rheinmetall défend sa position : sécurité et emploi avant tout
Face aux critiques, Rheinmetall assume pleinement cette reconversion industrielle. Le groupe, l’un des leaders européens de l’armement, justifie sa démarche en invoquant la nécessité de renforcer la sécurité nationale et internationale. Dans une réponse transmise à Euronews FR, l’entreprise déclare : « Nous nous considérons comme un pilier de la préparation nationale et internationale en matière de sécurité. Une politique de sécurité crédible permet de préserver la paix et de protéger notre vie en liberté. »
Rheinmetall insiste sur le fait qu’aucun explosif ne sera assemblé sur le site de Wedding, où ne seront produits que des composants pour munitions. L’entreprise mise sur une montée en puissance de ses activités, avec une augmentation prévue de ses effectifs de 40 000 à 70 000 salariés d’ici les prochaines années. Un argument économique que la ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche (CDU), a déjà défendu publiquement. Lors d’une conférence organisée par le Handelsblatt en 2025, elle avait souligné que l’industrie de l’armement représentait un « facteur économique essentiel » pour le pays.
Actuellement, quelque 400 000 personnes travaillent dans ce secteur en Allemagne. « Ce sont des chiffres dont on n’a pas parlé ces dernières années, que l’on a probablement plutôt passés sous silence », avait-elle ajouté. Avec un budget fédéral de plus de 150 milliards d’euros par an prévu à partir de 2029 pour la sécurité extérieure, les perspectives pour les industriels de l’armement s’annoncent prometteuses.
Les militants contre-attaquent : manifestations et pression politique
Dès 2025, la contestation s’est organisée. En juillet de cette année-là, environ 1 500 personnes ont manifesté dans le quartier de Wedding pour dénoncer la construction de l’usine. À plusieurs reprises, des militants ont tenté de bloquer l’accès au site, sans succès. Möwe et ses camarades préparent déjà une nouvelle mobilisation pour le mois prochain. « Nous allons continuer à nous battre, car le Sénat de Berlin a le pouvoir d’intervenir et d’annuler ce projet », assure-t-elle.
Les opposants espèrent que les autorités locales et régionales feront entendre leur voix. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise, et le calendrier reste flou. Rheinmetall, de son côté, poursuit sa stratégie de reconversion, tandis que le débat sur l’éthique de la production militaire en milieu urbain s’intensifie.
Cette reconversion interroge : comment concilier développement industriel, emploi et acceptabilité sociale dans un quartier résidentiel ? La question reste ouverte, alors que l’Allemagne renforce sa posture militaire face à un contexte géopolitique toujours plus incertain.
Le gouvernement allemand mise sur un réarmement massif pour renforcer sa sécurité nationale et soutenir ses alliés, notamment dans le cadre de l’OTAN. La reconversion de sites industriels comme celui de Wedding s’inscrit dans cette stratégie de long terme, qui prévoit des investissements publics records à partir de 2029. Rheinmetall, leader du secteur, y voit une opportunité économique et industrielle.
Selon Rheinmetall, aucun explosif ne sera assemblé sur place. L’usine se concentrera sur la fabrication de composants pour munitions, sans préciser les calibres ou les modèles concernés. L’entreprise souligne que seule la production de pièces détachées sera réalisée, sans assemblage final de projectiles.