Le bitcoin a plongé mercredi à un plus bas depuis février, tombant jusqu’à 61 300 dollars avant de se stabiliser autour de 63 000 dollars en fin de journée. Selon Euronews FR, cette chute de plus de 25 % en juin porte les pertes de l’année 2026 à plus de 30 %, faisant de cette année l’une des plus faibles pour la cryptomonnaie, comparée aux autres actifs risqués.
Ce qu'il faut retenir
- Le bitcoin a perdu plus de 25 % en juin, tombant sous les 62 000 dollars pour la première fois depuis février 2026.
- Les détenteurs long terme (investisseurs détenant leurs bitcoins depuis au moins 155 jours) ont vendu pour 2,4 milliards de dollars début juin, un mouvement inédit depuis des mois.
- Les ETF bitcoin au comptant aux États-Unis enregistrent leur treizième journée consécutive de sorties, avec 50 millions de dollars retirés mercredi.
- L’adoption du CLARITY Act, texte encadrant les cryptomonnaies aux États-Unis, reste bloquée au Sénat, dans un contexte de tensions entre régulateurs.
- La volatilité des produits dérivés a atteint son plus haut niveau depuis avril, reflétant l’incertitude des traders.
Un krach marqué par des ventes massives de long terme
La chute du bitcoin, qui s’échangeait encore autour de 100 000 dollars début mai, s’explique en partie par des ventes massives de la part des investisseurs long terme. Selon des analystes spécialisés dans l’analyse blockchain, ces détenteurs – souvent perçus comme les plus stables du marché – ont cédé pour 2,4 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) au cours des premiers jours de juin. Une partie de ces ventes provient d’investisseurs ayant acheté le bitcoin au-delà de 90 000 dollars, un seuil psychologique où beaucoup avaient résisté jusqu’à présent, malgré la baisse des cours.
Ce mouvement intervient après une période d’inactivité relative de février à avril, où ces mêmes acteurs avaient peu modifié leurs positions. Leur activation soudaine a amplifié la pression vendeuse, faisant de juin 2026 l’un des mois les plus volatils de l’année pour la cryptomonnaie. Au total, depuis le début de l’année, le bitcoin a perdu plus de 30 %, une performance en deçà de celle des autres grands actifs risqués, comme les actions technologiques ou les matières premières.
Les ETF et les produits dérivés sous tension
Le marché des ETF bitcoin au comptant cotés aux États-Unis, souvent considéré comme un indicateur de l’appétit des investisseurs institutionnels, a enregistré mercredi son treizième jour consécutif de sorties nettes. Les investisseurs ont retiré 50 millions de dollars supplémentaires de ces fonds, confirmant un désengagement progressif. Ce phénomène, combiné aux ventes des long terme, reflète un climat de méfiance persistant envers la cryptomonnaie.
Côté produits dérivés, la volatilité a également atteint des niveaux records. L’indice BVIV à 30 jours de Volmex, qui mesure la volatilité implicite des options bitcoin, a grimpé à 57,4, son plus haut niveau depuis avril. Les traders se sont massivement positionnés sur des options de couverture, signe d’une anticipation accrue de nouvelles fluctuations. Autant dire que l’incertitude domine sur les marchés, où la peur des pertes supplémentaires pousse à des stratégies de protection.
Le CLARITY Act, un texte clé bloqué par des divergences politiques
La chute du bitcoin coïncide avec des incertitudes réglementaires majeures aux États-Unis. Le Digital Asset Market Clarity Act (CLARITY Act), texte visant à clarifier le cadre juridique des cryptomonnaies, peine à avancer au Sénat. Adopté le 14 mai par la commission bancaire du Sénat lors d’un vote bipartisan serré, il doit désormais être harmonisé avec une version distincte élaborée par la commission de l’Agriculture, qui supervise la CFTC (Commodity Futures Trading Commission).
Les désaccords entre les deux commissions portent notamment sur la répartition des compétences entre la SEC (Securities and Exchange Commission) et la CFTC. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a appelé mercredi les sénateurs à adopter le texte avant la pause estivale, soulignant que son adoption ferait des États-Unis « la capitale mondiale de l’innovation ». Pourtant, le calendrier parlementaire reste un obstacle majeur : il ne reste que huit semaines de séances avant la pause estivale et le début de la campagne pour les élections de mi-mandat.
Un différend entre banques et acteurs crypto sur les stablecoins
Le parcours du CLARITY Act est encore compliqué par un conflit public entre le secteur bancaire traditionnel et l’écosystème crypto. Le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, a critiqué vertement le projet, estimant que les émetteurs de stablecoins bénéficieraient d’un avantage déloyal s’ils étaient autorisés à proposer des produits rémunérés sans respecter les mêmes normes que les banques.
« Si vous voulez être une banque, soyez une banque »,a-t-il déclaré lors d’une interview à Fox Business. L’American Bankers Association, les banques de proximité et les coopératives de crédit ont apporté leur soutien à cette position, créant une opposition frontale avec les défenseurs des actifs numériques.
Face à ce blocage, la sénatrice Cynthia Lummis, présidente de la sous-commission sénatoriale chargée des actifs numériques, s’est voulue plus optimiste. Sur les réseaux sociaux, elle a écrit mardi que les élus étaient « plus proches que jamais d’une structure de marché fonctionnelle pour les actifs numériques ». Reste à savoir si les parlementaires parviendront à surmonter à la fois un calendrier législatif chargé et des divisions sectorielles profondes.
Côté réglementation, la question des stablecoins reste un point de friction majeur. Si les banques obtiennent gain de cause, cela pourrait limiter l’innovation dans ce segment, tandis que les acteurs crypto pourraient voir leurs marges de manœuvre réduites. Enfin, l’adoption ou non du CLARITY Act pourrait aussi influencer la trajectoire des ETF bitcoin et, plus largement, la confiance des investisseurs institutionnels dans l’écosystème crypto.
Selon les analystes, ces ventes massives s’expliquent par une combinaison de facteurs : la baisse prolongée des cours depuis le début de l’année, la pression psychologique liée au seuil des 90 000 dollars (où beaucoup d’investisseurs avaient acheté), et une anticipation de nouvelles réglementations aux États-Unis. Leur inactivité relative de février à avril avait jusqu’ici soutenu le marché, mais leur activation soudaine a amplifié la pression vendeuse.
Le texte doit être harmonisé entre deux commissions du Sénat (bancaire et agriculture), qui ont des visions opposées sur la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC. Par ailleurs, le calendrier parlementaire est très serré, avec seulement huit semaines de séances avant la pause estivale. Enfin, un conflit oppose le secteur bancaire traditionnel, qui exige des règles strictes pour les stablecoins, et l’écosystème crypto, qui craint un frein à l’innovation.