Le juge des référés du tribunal administratif de Nice a suspendu ce 7 août 2026 l’arrêté interdisant le port du burkini sur les plages de Mandelieu-la-Napoule, une décision prise par le maire Sébastien Leroy pour la période estivale du 1er juillet au 31 août. Selon Le Figaro, la juridiction a estimé que cette interdiction « ne présentait pas un caractère adapté, nécessaire et proportionné », portant une « atteinte grave et manifestement illégale » aux libertés fondamentales des citoyens.

Ce qu'il faut retenir

  • Le tribunal administratif de Nice a suspendu l’arrêté du maire de Mandelieu-la-Napoule interdisant le burkini sur les plages, estimant qu’il portait atteinte aux libertés fondamentales (liberté d’aller et venir, liberté de conscience, liberté personnelle).
  • La décision du juge des référés intervient après un recours déposé en urgence par la Ligue des droits de l’Homme, qui dénonçait une mesure discriminatoire.
  • Le maire Sébastien Leroy, qui « prend acte » de la suspension, critique un jugement qu’il juge en décalage avec les réalités locales et les tensions intercommunautaires.
  • La commune devra verser 1 500 euros à l’association à l’origine du recours, conformément à la décision de justice.
  • Cette affaire s’inscrit dans une série de conflits juridiques récurrents autour du burkini, déjà interdit à plusieurs reprises sur les plages de la Côte d’Azur depuis 2012.

Un arrêté motivé par des arguments contestés par la justice

Le maire de Mandelieu-la-Napoule, Sébastien Leroy, avait justifié son arrêté du 1er juillet 2026 en invoquant « des troubles et heurts survenus en 2012 et 2016 », ainsi que « la survenance récente d’émeutes et de violences urbaines en période estivale » et « le contexte national de tensions interreligieuses ». Pourtant, le juge des référés a considéré que ces arguments reposaient sur des incidents « anciens » et « non établis ».

La juridiction a également souligné que la commune n’avait « apporté aucun élément relatif à un risque pour l’hygiène ou la sécurité des usagers de la plage lié, par nature, au port de telles tenues ». Autant dire que l’arrêté municipal, jugé trop large, ne répondait pas aux exigences de proportionnalité requises par la loi.

« Dès lors qu’elle ne présentait pas un caractère adapté, nécessaire et proportionné [...], le maire de Mandelieu-la-Napoule ne pouvait édicter une telle interdiction »,
— Ordonnance du juge des référés, tribunal administratif de Nice

La Ligue des droits de l’Homme, actrice centrale du recours

C’est la Ligue des droits de l’Homme qui a saisi en urgence le tribunal administratif de Nice pour contester l’arrêté municipal. L’association réclamait non seulement la suspension de la mesure, mais aussi « le retrait de toute signalétique relative à cette interdiction ». Une requête accueillie favorablement par la justice, qui a acté l’illégalité de l’arrêté de Sébastien Leroy.

Cette décision s’inscrit dans une longue série de recours contre les interdictions du burkini en France, souvent prises puis suspendues par les tribunaux. Dès 2012, Mandelieu-la-Napoule avait été la première commune à interdire explicitement le burkini sur ses plages. Depuis, chaque été a vu naître de nouveaux arrêtés, immédiatement contestés en justice, aboutissant systématiquement à leur suspension.

Un maire en désaccord avec la justice, mais contraint de s’incliner

Sébastien Leroy, qui assure « prendre acte du jugement », a immédiatement réagi en critiquant une décision qu’il juge déconnectée de la réalité locale. Dans un communiqué, il a dénoncé « la déconnexion entre le droit positif et la réalité du terrain et ses défis à relever par les élus », tout en réaffirmant ses convictions : « La fidélité de la Ligue des droits de l’Homme à ses grands combats existentiels : le burkini, c’est la vie ; les crèches de Noël, à la poubelle. »

Cette sortie, teintée de polémique, illustre la persistance des tensions autour de ce vêtement de bain, symbole pour certains de l’identité religieuse et culturelle, et pour d’autres d’un outil de ségrégation ou de provocation. Le maire de Mandelieu-la-Napoule, qui avait pourtant tenté de légitimer sa décision par des arguments sécuritaires, doit désormais se plier à la décision de justice.

Une affaire qui s’inscrit dans un débat plus large

Cette suspension intervient alors que le débat sur le burkini reste vif en France, entre ceux qui y voient une atteinte aux principes de laïcité et de neutralité des espaces publics, et ceux qui dénoncent une mesure discriminatoire envers les femmes musulmanes. Plusieurs communes de la Côte d’Azur, comme Nice ou Cannes, ont tenté par le passé d’interdire ce vêtement, avant que les tribunaux ne donnent systématiquement raison aux associations anti-discrimination.

En 2016, le Conseil d’État avait même validé la suspension des arrêtés anti-burkini, rappelant que la laïcité ne pouvait servir de prétexte à des mesures ciblant une tenue vestimentaire spécifique. Pourtant, malgré cette jurisprudence, certains élus continuent de s’emparer du sujet, comme en témoigne l’arrêté de Mandelieu-la-Napoule en 2026.

Et maintenant ?

La suspension de l’arrêté de Mandelieu-la-Napoule ne signifie pas la fin du débat. D’ici la fin de l’été, d’autres recours pourraient être déposés contre des arrêtés similaires dans d’autres communes. La question du burkini, bien que moins médiatisée qu’en 2016, reste un sujet de friction politique et juridique. Les prochaines décisions de justice, notamment celles attendues dans les semaines à venir, pourraient préciser les contours des restrictions vestimentaires autorisées sur les plages françaises.

Une chose est sûre : le bras de fer entre les élus locaux et la justice se poursuivra, dans un contexte où les tensions sociales et intercommunautaires continuent de nourrir les polémiques. Reste à savoir si une solution juridique ou politique parviendra un jour à apaiser ce dossier.

Le maire Sébastien Leroy a justifié cette interdiction par la nécessité de « prévenir les troubles à l’ordre public » et d’« assurer le respect des règles d’hygiène et de sécurité en période de forte affluence estivale ». Il s’appuyait sur des incidents anciens (2012, 2016) et sur des violences urbaines récentes, bien que le juge ait jugé ces arguments insuffisants.

Le tribunal administratif de Nice a jugé que l’arrêté portait une « atteinte grave et manifestement illégale » à trois libertés : la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle.