Alors que la région du Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, subit depuis près de dix ans les violences du groupe armé des shebabs et les exactions de ses combattants, l’accès à l’information y reste extrêmement restreint. Les journalistes et les acteurs de la société civile y sont soumis à des intimidations et à des violences systématiques, selon une enquête coordonnée par Forbidden Stories et à laquelle RFI a contribué.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Cabo Delgado est en proie à la violence depuis 2017, date du début de l’insurrection des shebabs.
  • Les journalistes et la société civile subissent des violences et des intimidations quotidiennes, limitant fortement la liberté de la presse.
  • Peu d’informations fiables parviennent de cette région en raison de l’opacité imposée par les acteurs armés et les autorités locales.
  • Cette enquête, intitulée « Mozambique Exposed », s’inscrit dans le cadre d’un consortium international coordonné par Forbidden Stories.
  • RFI a participé activement à ce projet, mettant en lumière les entraves aux libertés civiques.

Une région sous tension depuis près de dix ans

Le Cabo Delgado, province la plus septentrionale du Mozambique, est le théâtre d’un conflit qui a débuté en 2017, lorsque des groupes armés affiliés à l’État islamique ont lancé une insurrection contre le gouvernement mozambicain. Ces derniers, souvent désignés sous le nom de « shebabs », ont progressivement étendu leur emprise sur une partie du territoire, imposant leur loi par la terreur et les exactions. Les affrontements entre les shebabs, les forces gouvernementales et des groupes d’autodéfense locaux ont fait des milliers de morts et displaced plus de 1,3 million de personnes, selon les estimations de l’ONU.

Dans ce contexte, la circulation de l’information est devenue un enjeu majeur, voire un luxe. Les autorités locales, les groupes armés et les milices privées entretiennent une chape de plomb sur la région, rendant quasi impossible le travail des journalistes et des observateurs indépendants.

Des journalistes et militants sous pression constante

Les professionnels des médias et les membres de la société civile opérant dans le Cabo Delgado paient un lourd tribut. Plusieurs journalistes ont été victimes d’enlèvements, de menaces ou d’assassinats ciblés, poussant beaucoup à l’exil ou à l’autocensure. En 2020, le meurtre du journaliste Ibrahim Momade, connu pour ses reportages sur les violences dans la région, avait suscité une vague d’indignation internationale. Pourtant, les enquêtes sur ces crimes restent souvent au point mort, faute d’indépendance des institutions locales.

— Selon des ONG locales, au moins dix journalistes ont été tués au Mozambique depuis 2017, la majorité dans le Cabo Delgado. Les survivants décrivent un climat de peur permanent, où chaque mot ou chaque publication peut entraîner des représailles. « On travaille avec l’ombre de la mort au-dessus de nous », a confié un reporter sous couvert d’anonymat à RFI.

Un consortium international pour briser le silence

Face à l’opacité régnant dans la région, un consortium de médias internationaux, coordonné par Forbidden Stories, a lancé l’enquête « Mozambique Exposed ». Ce projet, auquel participe RFI aux côtés de titres comme Le Monde, The Washington Post ou El País, vise à documenter les violations des droits humains et les entraves à la liberté de la presse dans le Cabo Delgado. L’objectif est de donner la parole à ceux qui, sur place, risquent leur vie pour informer.

Les premières révélations de ce consortium, publiées en juin 2026, mettent en lumière l’étendue des restrictions imposées aux journalistes. Les réseaux sociaux sont surveillés, les déplacements encadrés, et les sources locales fuient par crainte des représailles. « Ce qui se passe au Cabo Delgado, c’est une guerre contre l’information elle-même », a souligné un responsable de Reporters sans frontières, cité par RFI.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de cette enquête pourraient inclure des témoignages supplémentaires de rescapés et de témoins, ainsi que des analyses des mécanismes de censure et de propagande mis en place par les groupes armés. Une conférence de presse internationale est prévue pour le 25 juin 2026, afin de présenter des preuves supplémentaires et d’appeler à une protection accrue des journalistes dans la région. Reste à voir si ces révélations parviendront à faire bouger les lignes, tant au Mozambique que sur la scène internationale.

Cette situation rappelle celle d’autres zones de conflit, où l’information devient une arme au service de l’oppression. Pour les habitants du Cabo Delgado, comme pour les professionnels des médias, la quête de vérité reste un combat quotidien — et périlleux.

Les shebabs mozambicains sont des groupes armés affiliés à l’État islamique, actifs depuis 2017 dans la province du Cabo Delgado. Ils mènent une insurrection contre le gouvernement mozambicain, s’appuyant sur des recrutements locaux et des attaques contre les civils et les forces de sécurité.