Le monde se dirige vers un réchauffement climatique de 1,5 °C dès 2030 si les émissions de gaz à effet de serre (GES) persistent à leur rythme actuel. Selon la quatrième édition du rapport Indicators of Global Climate Change (IGCC), publiée ce 11 juin 2026 dans la revue Earth System Science Data, le réchauffement d’origine humaine devrait atteindre 1,37 °C dès 2025. Cette étude, menée par plus de 70 scientifiques issus de 56 institutions réparties dans 17 pays, confirme que la planète se réchauffe à un rythme accéléré, principalement en raison des activités humaines.

Ce qu'il faut retenir

  • Le seuil de 1,5 °C pourrait être franchi vers 2030 si les émissions restent stables, selon les projections du rapport IGCC.
  • Le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C n’est plus que de 130 milliards de tonnes de CO2, soit trois ans d’émissions au rythme actuel.
  • Les émissions mondiales de GES ont atteint un record de 56,8 milliards de tonnes d’équivalent CO2 en 2024, en grande partie à cause de la combustion des énergies fossiles.
  • Le niveau des mers a augmenté de 23 cm depuis 1901, avec une accélération notable ces dernières années.
  • Les canicules marines ont triplé en fréquence depuis 1991, avec 65 jours de vague de chaleur enregistrés en 2025.

Un réchauffement climatique d’origine humaine qui s’accélère

Le rapport IGCC, rendu public aujourd’hui par Euronews FR, dresse un constat alarmant : 99 % du réchauffement observé ces dix dernières années est imputable aux activités humaines. « Nous émettons plus de gaz à effet de serre que jamais, ce qui fait grimper leurs niveaux dans l’atmosphère et emprisonne toujours plus de chaleur », explique le Dr Matt Palmer, expert scientifique au Met Office britannique. Les concentrations de CO2, de méthane et de protoxyde d’azote – les trois principaux GES – n’ont cessé d’augmenter depuis 2019, avec un seuil de CO2 désormais fixé à 425,6 parties par million.

Le déséquilibre énergétique de la Terre, soit l’écart entre la chaleur absorbée et celle rejetée, a plus que doublé depuis les dernières décennies. « La planète emmagasine la chaleur plus rapidement qu’à tout autre moment depuis le début des mesures modernes », précise la Dre Karina Von Schuckmann, chercheuse au centre Mercator Ocean International. Ce phénomène se traduit par un réchauffement des océans et des continents, une fonte accrue du pergélisol et une élévation du niveau de la mer, déjà observable aujourd’hui.

Des indicateurs climatiques qui confirment l’urgence

Les océans, qui absorbent près de 90 % de l’excédent de chaleur, enregistrent des températures moyennes de surface parmi les plus élevées jamais mesurées. En 2025, la température des mers a atteint son deuxième niveau le plus chaud depuis le début des relevés, tandis que le niveau moyen des océans a progressé de 23 cm depuis 1901. « Le rythme d’élévation s’accélère », souligne Von Schuckmann. Les canicules marines, un phénomène encore peu médiatisé il y a quelques années, ont connu une expansion spectaculaire : leur nombre a été multiplié par trois entre 1991 et 2025, avec 65 jours de vague de chaleur marine enregistrés en 2025.

Sur les continents, les températures maximales moyennes de la dernière décennie dépassent de près d’un demi-degré celles de la décennie précédente. « Les épisodes de chaleur extrême sont désormais à des niveaux inédits », indique la Dre Samantha Burgess, du service Copernicus sur le changement climatique. Ces bouleversements climatiques ont des répercussions immédiates sur les écosystèmes et les populations, notamment en termes de moyens de subsistance et de santé publique.

Un budget carbone en voie d’épuisement

Le rapport IGCC alerte également sur l’épuisement progressif du budget carbone mondial, soit la quantité maximale de CO2 qu’il est encore possible d’émettre pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Depuis le 1er janvier 2026, il ne reste plus que 130 milliards de tonnes de CO2 à émettre. « Au rythme actuel, ce budget sera épuisé d’ici environ trois ans », prévient le Dr William Lamb, chercheur à l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact du climat (PIK). Ce seuil de 1,5 °C, fixé par l’accord de Paris en 2015, constitue une limite symbolique pour éviter les impacts les plus graves du changement climatique.

Pourtant, les émissions mondiales de GES ont atteint un niveau record en 2024, avec 56,8 milliards de tonnes d’équivalent CO2. Les énergies fossiles restent le principal responsable de cette hausse, malgré les engagements internationaux pris pour réduire leur usage.

« Tout se résume à un principe simple : nous émettons plus de gaz à effet de serre que jamais. Cela fait grimper leurs niveaux, emprisonne toujours plus de chaleur dans l’atmosphère et fait basculer le monde hors de son équilibre. »

Dr Matt Palmer, Met Office

La menace sur les données scientifiques

Un aspect moins médiatisé, mais tout aussi préoccupant, concerne la fiabilité des données climatiques. Le rapport souligne que les bases de données mondiales utilisées pour suivre ces évolutions sont menacées par des coupes budgétaires massives, notamment aux États-Unis. L’administration Trump a supprimé en 2025 le programme du département d’État américain de surveillance mondiale de la qualité de l’air, créant des lacunes dangereuses dans les informations nécessaires à la science et aux politiques publiques. « Sans ces données, les évaluations futures seront beaucoup plus difficiles », alerte le Dr Chris Smith, de l’International Institute for Applied Systems Analysis. Cette situation intervient alors que l’action climatique urgente est plus que jamais indispensable.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour inverser la tendance. Plusieurs échéances internationales sont attendues, dont la révision des contributions nationales (NDC) prévue dans le cadre de l’accord de Paris. Les investissements dans les énergies renouvelables et l’électrification pourraient permettre de réduire les émissions, mais leur mise en œuvre à grande échelle reste un défi majeur. « Les solutions existent », rappelle le Dr William Lamb. « Mais leur déploiement doit être accéléré pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 °C. »

La communauté scientifique insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi et de surveillance, malgré les réductions budgétaires observées dans certains pays. L’objectif reste clair : éviter que le déséquilibre climatique ne devienne irréversible. Pour l’heure, chaque dixième de degré compte.

Le budget carbone représente la quantité maximale de CO2 qu’il est encore possible d’émettre pour limiter le réchauffement à un certain seuil, ici 1,5 °C. Une fois ce budget épuisé, il devient très difficile de respecter cet objectif. Avec seulement 130 milliards de tonnes restantes depuis janvier 2026, le monde dispose d’environ trois ans d’émissions au rythme actuel avant de dépasser ce seuil critique.

Le franchissement de ce seuil amplifierait les phénomènes météorologiques extrêmes, la fonte des glaces, l’élévation du niveau des mers et les perturbations des écosystèmes. Les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations deviendraient plus intenses et plus fréquents, avec des répercussions majeures sur l’agriculture, la santé et la biodiversité.