Deux économistes de renom, Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, défendent une proposition fiscale inédite en Californie : l’instauration d’une taxe exceptionnelle de 5 % sur la fortune des quelque 250 milliardaires résidant dans l’État, soumise au vote des électeurs en novembre prochain. Dans un entretien accordé à Libération, les deux experts détaillent leur raisonnement en faveur d’une justice fiscale accrue, alors que les inégalités de patrimoine n’ont cessé de se creuser aux États-Unis ces dernières années.

Ce qu'il faut retenir

  • Proposition fiscale : Une taxe de 5 % sur la fortune des 250 milliardaires californiens, soumise à référendum en novembre 2026.
  • Objectif affiché : Renforcer la justice fiscale et réduire les inégalités de patrimoine dans un État où les ultra-riches concentrent une part croissante des richesses.
  • Cibles concernées : Les quelque 250 milliardaires résidant en Californie, dont la fortune serait évaluée selon des critères précis.
  • Calendrier : Le scrutin est prévu pour novembre 2026, après une campagne de sensibilisation et de débats publics.
  • Position des économistes : Zucman et Saez justifient cette mesure par la nécessité de corriger les distorsions fiscales et de financer des services publics essentiels.
  • Enjeu national : Si la Californie adopte cette taxe, elle pourrait inspirer d’autres États ou pays à suivre son exemple, selon les deux experts.

Pour Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, professeurs à l’Université de Californie à Berkeley, cette initiative s’inscrit dans une logique de redistribution des richesses. « Une taxe de 5 % sur la fortune des milliardaires californiens pourrait générer des recettes substantielles, sans pénaliser la croissance économique », a déclaré Zucman à Libération. Selon lui, les États-Unis, et particulièrement la Californie, sont confrontés à un paradoxe : alors que les milliardaires voient leur fortune exploser, leur contribution fiscale reste proportionnellement bien inférieure à celle des classes moyennes.

De son côté, Emmanuel Saez a souligné que cette proposition répondait à une demande croissante de justice sociale. « Les Californiens sont de plus en plus sensibles à l’idée que les ultra-riches doivent contribuer davantage, d’autant que les services publics — éducation, santé, infrastructures — nécessitent des financements importants », a-t-il expliqué. Les deux économistes rappellent que la Californie, État le plus peuplé des États-Unis, dispose déjà d’un système fiscal progressif, mais que les niches fiscales et les optimisations légales permettent aux milliardaires de réduire leur imposition.

La proposition, portée par une coalition d’associations et de personnalités politiques, s’appuie sur des travaux académiques récents. Selon une étude de Zucman publiée en 2024, les milliardaires américains paient en moyenne un taux d’imposition effectif inférieur à 2 % de leur revenu annuel, contre plus de 20 % pour les ménages gagnant entre 50 000 et 100 000 dollars par an. « C’est une question de cohérence fiscale », a rappelé Saez. Pour lui, cette taxe exceptionnelle s’inscrit dans une logique de « rattrapage » face à des décennies de politiques favorisant l’accumulation de capital non redistribué.

Et maintenant ?

Le référendum de novembre 2026 constituera une première en Californie, un État souvent perçu comme un laboratoire des politiques progressistes. Si la mesure est adoptée, elle pourrait inspirer d’autres États américains, voire des pays européens confrontés aux mêmes enjeux. En revanche, son succès n’est pas garanti : les milliardaires concernés, ainsi que les lobbies fiscaux, pourraient mobiliser des moyens importants pour s’y opposer. Le débat s’annonce donc intense d’ici le scrutin.

Quel que soit le résultat, cette initiative relance le débat sur la fiscalité des ultra-riches aux États-Unis et en Europe. Les économistes estiment que si la Californie montre la voie, d’autres États américains pourraient emboîter le pas, notamment ceux dirigés par des gouverneurs démocrates. À l’inverse, une défaite de la proposition pourrait freiner les ambitions fiscales progressistes pour plusieurs années.

Selon les estimations préliminaires de Zucman et Saez, une taxe de 5 % sur la fortune des 250 milliardaires californiens pourrait rapporter entre 10 et 15 milliards de dollars par an. Ce montant dépendrait des critères d’assiette fiscale retenus et de l’évolution des fortunes des contribuables concernés.

Les deux économistes estiment que si la Californie vote cette taxe, d’autres États comme New York, Washington ou le Massachusetts pourraient s’en inspirer. Cependant, chaque État dispose de son propre système fiscal, et une adoption massive reste incertaine sans coordination nationale.