Alors que la France a mis en place des institutions spécialisées pour lutter contre le narcotrafic, la délinquance financière ou encore le terrorisme, les violences sexuelles et la pédocriminalité mériteraient, elles aussi, une réponse nationale coordonnée, estime l’avocate Rachel-Flore Pardo. Dans une tribune publiée par Libération, elle souligne que ces crimes graves justifient un niveau d’action et de coordination équivalent à celui des autres formes de criminalité prioritaires pour l’État.

Ce qu'il faut retenir

  • L’avocate Rachel-Flore Pardo appelle à la création d’un parquet national dédié aux violences sexuelles et à la pédocriminalité, selon Libération.
  • Elle compare cette nécessité à celle d’autres institutions nationales déjà existantes pour d’autres types de criminalité.
  • Son plaidoyer s’inscrit dans un débat plus large sur l’efficacité des réponses judiciaires face à ces infractions.
  • La proposition vise à renforcer la coordination entre les acteurs locaux et nationaux.

Dans sa tribune, Rachel-Flore Pardo rappelle que des structures comme l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) ou le Parquet national financier (PNF) ont été créés pour traiter des criminalités spécifiques. Pourtant, les violences sexuelles et la pédocriminalité, qui touchent des milliers de victimes chaque année en France, restent souvent gérées de manière fragmentée entre les tribunaux locaux. « Autant dire que ces crimes, en raison de leur gravité et de leur complexité, méritent une réponse à la hauteur de leur impact », a-t-elle expliqué à Libération.

L’avocate, qui intervient régulièrement dans des affaires de violences sexuelles, souligne que la centralisation des moyens permettrait notamment d’améliorer la prise en charge des victimes, de faciliter les enquêtes transnationales et de mieux lutter contre les réseaux organisés. « Aujourd’hui, les parquets locaux, souvent débordés, peinent à coordonner leurs actions sur des dossiers qui dépassent les frontières régionales », a-t-elle précisé. Selon elle, un parquet national dédié pourrait également renforcer la formation des magistrats et des enquêteurs sur ces questions sensibles.

« La création d’un tel dispositif répondrait à un vide juridique et opérationnel. Les victimes méritent une réponse judiciaire unifiée, rapide et efficace. »
Rachel-Flore Pardo, avocate

Cette proposition intervient alors que les statistiques officielles montrent une hausse constante des plaintes pour violences sexuelles en France. En 2025, près de 120 000 plaintes pour agressions sexuelles ont été enregistrées par les forces de l’ordre, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur. Parmi elles, une part importante concerne des mineurs, un public particulièrement vulnérable. Pourtant, le taux de classement sans suite reste élevé, souvent en raison de difficultés d’enquête ou de manque de moyens humains et techniques dans les juridictions locales.

Et maintenant ?

Pour l’instant, la proposition de Rachel-Flore Pardo n’a pas encore été reprise officiellement par les autorités. Une source proche du ministère de la Justice a indiqué à Libération que « le sujet était étudié », sans préciser de calendrier. Des associations de victimes, comme l’association « Les Effronté·e·s », ont déjà salué cette initiative et demandé des mesures concrètes d’ici la fin de l’année 2026. Les prochaines semaines pourraient voir l’émergence de débats parlementaires sur la question.

La question d’un parquet national dédié aux violences sexuelles et à la pédocriminalité soulève en effet des enjeux budgétaires et organisationnels majeurs. Si un tel dispositif voyait le jour, il devrait s’accompagner d’une augmentation des effectifs judiciaires et policiers, ainsi que d’investissements dans les technologies d’enquête numérique, de plus en plus indispensables pour démanteler ces réseaux. Bref, cette proposition pourrait marquer un tournant dans la lutte contre ces crimes, à condition que l’État s’en empare avec la même détermination que pour d’autres priorités sécuritaires.

Les modalités précises n’ont pas encore été détaillées. Cependant, l’avocate Rachel-Flore Pardo évoque dans sa tribune une nécessaire augmentation des effectifs judiciaires et policiers, ainsi que des investissements dans les outils numériques d’enquête. Aucune estimation budgétaire n’a été communiquée pour l’instant.