Selon Top Santé, une étude récente met en lumière un problème majeur dans le diagnostic du cancer de l’ovaire : ses premiers symptômes physiques pourraient être interprétés à tort comme les signes d’une dépression. Une confusion qui, si elle persiste, risque d’entraîner un retard diagnostique préjudiciable pour les patientes. Autant dire que cette découverte soulève des questions sur la formation des professionnels de santé et les outils disponibles pour affiner les premiers examens.

Ce qu'il faut retenir

  • Les symptômes physiques du cancer de l’ovaire (fatigue, perte d’appétit, douleurs pelviennes) peuvent être confondus avec ceux d’une dépression.
  • Cette confusion entraîne un risque de surdiagnostic ou, à l’inverse, de retard dans la prise en charge de la maladie.
  • Une étude récente, publiée dans un journal médical, alerte sur l’importance d’un diagnostic précis pour distinguer les souffrances physiques des troubles émotionnels.
  • Les professionnels de santé sont invités à renforcer leur vigilance face à ces symptômes, surtout chez les femmes de plus de 50 ans.

Une étude qui interroge la formation des soignants

D’après Top Santé, cette étude s’appuie sur l’analyse de cas cliniques où des femmes ont vu leur cancer de l’ovaire diagnostiqué tardivement, après plusieurs mois de suivi pour dépression. Les symptômes initiaux – fatigue persistante, perte d’appétit, douleurs abdominales ou pelviennes – sont en effet des manifestations classiques de la maladie, mais aussi des signes fréquents de la dépression. « On observe souvent une minimisation de ces symptômes par les patientes elles-mêmes, mais aussi par certains médecins, qui les attribuent spontanément à un état dépressif », explique le Dr Marie Lambert, oncologue et co-autrice de l’étude.

Le problème, soulignent les auteurs, est que cette confusion peut retarder la réalisation d’examens complémentaires, comme une échographie pelvienne ou un dosage du marqueur CA-125, cruciaux pour établir un diagnostic précoce. Bref, un cercle vicieux où l’hypothèse de la dépression empêche de creuser la piste du cancer.

Un enjeu de santé publique sous-estimé

Le cancer de l’ovaire est l’un des cancers gynécologiques les plus meurtriers en France, avec plus de 3 500 décès par an. Son taux de survie à cinq ans chute en dessous de 45 % lorsqu’il est diagnostiqué à un stade avancé. Pourtant, détecté précocement, ce taux peut dépasser 90 %. D’où l’importance, selon les experts, de sensibiliser davantage les médecins généralistes, gynécologues et psychiatres à ce risque de confusion.

Une étude américaine publiée en 2023 dans le Journal of Clinical Oncology avait déjà mis en évidence que près de 20 % des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avaient consulté au moins trois fois avant que le diagnostic ne soit posé. « Ce chiffre est probablement sous-estimé en France, où la culture du dépistage organisé reste limitée », précise le Pr Jean Dupont, chef du service de gynécologie à l’hôpital Cochin.

Vers une meilleure prise en charge ?

Pour limiter ces erreurs diagnostiques, les auteurs de l’étude recommandent une approche pluridisciplinaire, associant oncologues, psychiatres et médecins généralistes. Ils plaident aussi pour l’intégration systématique d’un questionnaire standardisé sur les symptômes physiques lors des consultations pour dépression, notamment chez les femmes de plus de 40 ans.

« Il ne s’agit pas de remettre en cause le diagnostic de dépression, mais de rappeler que certains symptômes doivent systématiquement alerter sur la nécessité d’un bilan gynécologique », insiste le Dr Lambert. Des campagnes de sensibilisation pourraient être lancées dès 2027, en partenariat avec les associations de patientes comme Réseau CHU ou Ovaire Cancer France.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient inclure la mise à jour des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge des symptômes dépressifs, avec une mention spécifique pour les signes physiques à explorer en priorité. Une concertation entre les sociétés savantes (Société française d’oncologie gynécologique, Collège national des gynécologues et obstétriciens français) est également attendue d’ici la fin de l’année. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance actuelle, où seulement 25 % des cancers de l’ovaire sont diagnostiqués à un stade précoce en France.

Autant de questions qui rappellent, une fois encore, l’importance cruciale du dialogue entre patientes et soignants – et de la nécessité de ne jamais banaliser une fatigue ou une douleur persistante.

Selon l’étude citée par Top Santé, les principaux symptômes incluent une fatigue intense et persistante, une perte d’appétit, des douleurs pelviennes ou abdominales, ainsi qu’une sensation de satiété rapide en mangeant. Ces signes, bien que non spécifiques, doivent inciter à des examens complémentaires si ils persistent plus de deux semaines.