Seuls 4 % des cancers seraient liés à des expositions professionnelles ou environnementales aux substances cancérogènes, un chiffre qui masque selon Valentin Thomas, chercheur au CNRS, un manque criant de données sur les milliers de composés chimiques utilisés chaque jour. Dans un entretien accordé à Reporterre, le scientifique pointe du doigt l’influence des lobbies industriels et l’insuffisance des contrôles sanitaires. Du cadmium dans les céréales au petit-déjeuner aux PFAS dans l’eau potable, en passant par les additifs alimentaires dans les viandes transformées, les révélations sur les expositions aux cancérogènes se multiplient chaque mois, occupant régulièrement l’actualité.
Ce qu'il faut retenir
- 4 % des cancers seraient attribuables aux expositions industrielles, un chiffre que Valentin Thomas juge « construit sur un manque colossal de données » ;
- Des milliers de composés chimiques sont mis sur le marché sans tests suffisants sur leurs effets cancérogènes ;
- Le chercheur du CNRS dénonce le poids des industriels dans la régulation des substances dangereuses ;
- Cadmium, PFAS, additifs alimentaires : les exemples d’expositions aux cancérogènes se multiplient dans l’alimentation et l’eau ;
- Les révélations sur ces expositions occupent régulièrement la Une des médias depuis plusieurs années.
Des milliers de substances chimiques non testées
Selon Valentin Thomas, des milliers de composés chimiques sont commercialisés chaque année sans évaluation rigoureuse de leurs risques cancérogènes. Le chercheur du CNRS explique que la plupart de ces substances ne font l’objet que de tests limités, voire inexistants, avant leur mise sur le marché. Cette situation, précise-t-il, est en grande partie due à l’influence des industriels sur les instances de régulation. Les procédures d’autorisation reposent souvent sur des données partielles, ce qui laisse planer un doute sur la dangerosité réelle de nombreux produits.
Les exemples ne manquent pas. Le cadmium, un métal lourd toxique, a été détecté à des niveaux préoccupants dans certains céréales du petit-déjeuner. Les PFAS, des substances per- et polyfluoroalkylées utilisées dans de nombreux produits industriels, contaminent régulièrement les nappes phréatiques et l’eau potable. Quant aux additifs alimentaires, certains sont soupçonnés d’être cancérogènes, mais leur utilisation reste autorisée en l’absence de preuves définitives.
Un système de contrôle à bout de souffle
Pour Valentin Thomas, le système actuel de contrôle des substances chimiques est dépassé. Les industriels, souligne-t-il, disposent de moyens bien supérieurs à ceux des agences sanitaires pour peser sur les décisions réglementaires. Les procédures d’évaluation des risques sont souvent longues, complexes et coûteuses, ce qui décourage les contrôles systématiques. Résultat : des substances potentiellement dangereuses continuent d’être utilisées pendant des années avant qu’un risque ne soit officiellement reconnu.
Le chercheur cite l’exemple des perturbateurs endocriniens, dont les effets sur la santé sont aujourd’hui mieux documentés qu’il y a quelques décennies. Pourtant, leur régulation reste parcellaire. Les PFAS, par exemple, sont surnommés « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement. Leur interdiction progressive dans l’Union européenne s’étale sur plusieurs années, alors que leur toxicité est connue depuis des décennies.
« Les 4 % de cancers attribués aux expositions industrielles sont un chiffre qui ne reflète pas la réalité. Il est construit sur un manque colossal de données. Comment pourrait-on évaluer correctement les risques si l’on ne teste pas les substances avant de les mettre sur le marché ? »
Valentin Thomas explique que ce chiffre repose sur des données insuffisantes, car de nombreuses substances chimiques ne sont pas testées pour leurs effets cancérogènes avant leur mise sur le marché. Le manque de contrôles systématiques fausse les estimations, selon le chercheur.