« Il faudra se réinventer », résume un viticulteur de la Sarthe face à l’évolution du climat. Selon Ouest France, les professionnels du vin adaptent leurs méthodes de travail pour faire face aux vagues de chaleur et aux étés de plus en plus précoces. Vendanges avancées, gestion différente des vignes, voire diversification des cultures : les pratiques locales évoluent pour préserver la qualité des vins sarthois.
Ce qu'il faut retenir
- Les vendanges sont avancées de 2 à 3 semaines dans certains domaines sarthois, en raison des températures plus élevées au printemps et en été.
- Les techniques culturales évoluent : travail du sol adapté, choix de cépages plus résistants à la sécheresse, ou encore irrigation mieux maîtrisée.
- Une diversification des activités est envisagée par certains viticulteurs, comme la culture de variétés de raisin moins sensibles à la chaleur ou l’introduction de cultures complémentaires.
- Les professionnels soulignent l’urgence d’une adaptation, mais pointent aussi les limites financières et techniques de ces changements.
Des vendanges plus précoces, un constat généralisé
La Sarthe n’échappe pas à la tendance nationale : les vendanges commencent désormais dès la mi-août dans certains domaines, alors qu’elles intervenaient traditionnellement fin septembre. Ouest France rapporte que cette évolution s’observe depuis une dizaine d’années, avec une accélération ces trois dernières années. « On constate que les raisins arrivent à maturité plus tôt, et il faut les récolter avant que la chaleur ne les altère », explique Jean-Marc Dubois, président du Syndicat des Vins d’Anjou-Saumur et du Loir, cité par le quotidien. Autant dire que la gestion du calendrier viticole est bouleversée.
Des vignes entretenues différemment pour résister à la sécheresse
Pour limiter l’impact des canicules, les viticulteurs sarthois ajustent leurs pratiques culturales. Certains optent pour un enherbement maîtrisé entre les rangs de vignes, afin de limiter l’évaporation de l’eau et de favoriser la biodiversité. D’autres réduisent le travail du sol pour préserver l’humidité du sous-sol. « On évite de trop labourer, car cela expose la terre à la sécheresse », précise un vigneron de la région de Cérans-Foulletourte. Parallèlement, le choix des cépages est revu : des variétés comme le chenin ou le cabernet franc, historiquement adaptées à la région, cèdent parfois la place à des cépages méditerranéens comme le grenache ou le syrah, plus résistants aux fortes chaleurs.
La diversification, une piste de plus en plus explorée
Face à l’augmentation des températures, certains domaines envisagent une diversification de leurs activités. Ouest France mentionne des projets de cultures complémentaires, comme des oliviers ou des amandiers, ou encore des parcelles dédiées à des variétés de raisin moins sensibles à la chaleur. « On teste des cépages blancs comme le vermentino, qui supportent mieux la sécheresse », confie un viticulteur de la région de Sablé-sur-Sarthe. Cependant, cette transition soulève des questions économiques : ces changements nécessitent des investissements importants, alors que les marges des viticulteurs restent fragiles.
Les limites financières et techniques de l’adaptation
Malgré la prise de conscience, les viticulteurs sarthois font face à des défis majeurs. L’irrigation, par exemple, est une solution souvent évoquée, mais elle est coûteuse et soumise à des réglementations strictes. « On a besoin d’eau, mais on ne peut pas se permettre de surexploiter les nappes phréatiques », souligne un responsable local. Par ailleurs, les assurances climatiques ne couvrent pas toujours les pertes liées aux épisodes de sécheresse prolongée. Résultat : certains domaines envisagent de réduire leurs surfaces cultivées ou de se tourner vers des activités touristiques pour compenser.
Reste à voir si ces adaptations suffiront à préserver le caractère unique des vins sarthois, tantôt fruités et légers, tantôt plus puissants et concentrés. Une question se pose alors : la Sarthe parviendra-t-elle à maintenir son identité viticole dans un climat de plus en plus hostile ?