Selon Le Figaro, les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis, destinés à finaliser un protocole d’accord pour mettre un terme aux hostilités au Moyen-Orient, ont débuté dimanche dans un hôtel de luxe du Bürgenstock, en Suisse. Ces discussions, qualifiées d’« historiques » par le vice-président américain JD Vance, interviennent quatre jours après la signature d’un accord provisoire déjà fragilisé par la poursuite des combats au Liban et la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran.
Ce qu’il faut retenir
- Négociations quadrilatérales : L’Iran, les États-Unis, le Qatar et le Pakistan participent à ces pourparlers, médiatisés par Islamabad et Doha, avec l’objectif de stabiliser la région.
- Accord en péril : Le protocole signé le 17 juin est menacé par la reprise des affrontements au Liban, où Israël maintient ses troupes, et par l’annonce iranienne de la fermeture du détroit d’Ormuz.
- Sujets centraux : Le Liban et la question des avoirs gelés iraniens figurent en tête de l’ordre du jour, aux côtés du programme nucléaire iranien.
- Position israélienne : Jérusalem réaffirme son refus de se retirer de la « zone de sécurité » au sud du Liban, malgré les pressions internationales.
- Enrichissement uranium : Le président iranien Massoud Pezeshkian réitère que son pays ne cherche pas l’arme nucléaire mais refuse d’abandonner son droit à l’enrichissement civil.
- Durée limitée : Les discussions, prévues pour durer « quelques jours », ne devraient s’étendre que sur 48 heures pour JD Vance, qui a précisé ne pouvoir rester plus longtemps.
Un protocole d’accord sous haute tension
Le texte signé mardi 17 juin par Téhéran et Washington prévoyait une trêve générale et la levée progressive des sanctions en échange d’un engagement iranien à ne pas se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, dès samedi, les hostilités se sont poursuivies au Liban, où l’armée israélienne a mené des frappes meurtrières ayant fait plusieurs dizaines de morts dans l’est et le sud du pays. Une trêve fragile a finalement été observée en fin de journée, après l’ordre donné à Tsahal de cesser les affrontements tout en maintenant une présence « défensive » dans la zone.
« La peur domine chez tout le monde », a témoigné un habitant du village de Tayr Debba auprès de l’AFP, alors que les frappes de samedi ont causé des dégâts humains et matériels considérables. Un soldat israélien a également été tué dans ces combats, selon les autorités de Jérusalem. Autant dire que l’atmosphère était déjà électrique avant même l’ouverture des négociations suisses.
Le Liban, point de rupture entre Téhéran et Washington
C’est précisément le dossier libanais qui cristallise les tensions. L’Iran, par la voix de son porte-parole aux Affaires étrangères Esmaïl Baghaï, a averti que le protocole serait « en danger » si ses clauses n’étaient pas appliquées rapidement, notamment la fin des hostilités au Liban. « Le régime sioniste continue de violer ses engagements. Cette question sera le principal sujet des discussions d’aujourd’hui », a-t-il affirmé lors d’une vidéo diffusée par l’agence Irna.
Du côté israélien, le ministre de la Défense Israël Katz a martelé que les troupes israéliennes ne quitteraient pas la « zone de sécurité » au sud du Liban, une bande territoriale de 10 kilomètres où Tsahal maintient une présence permanente. « Il n’y a jamais eu, et il n’y a actuellement aucune restriction empêchant les soldats (...) d’agir pour éliminer les menaces », a-t-il précisé dans un communiqué, avant d’ajouter : « Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban ». Une position qui complique d’autant les efforts de médiation.
Négociations techniques et déclarations croisées
Les discussions ont démarré dimanche matin à l’hôtel Bürgenstock par des rencontres bilatérales entre les médiateurs — le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef de la diplomatie qatari Sheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani — et les parties iranienne et américaine. Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement, ainsi que le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati composent la délégation de Téhéran. La délégation américaine est menée par JD Vance, accompagné de son équipe de négociateurs.
Dès son arrivée en Suisse dimanche matin, Vance a salué une « rencontre historique ». « Ce que le président nous a demandé de faire, c’est de tourner une nouvelle page afin de transformer notre relation avec le peuple iranien, et de tendre la main aux Iraniens pour leur dire que si leurs dirigeants sont prêts à renoncer à leur rôle de facteur d’instabilité régionale et à abandonner durablement toute ambition de se doter de l’arme nucléaire, alors les États-Unis sont prêts à transformer fondamentalement leur relation avec ce pays », a-t-il déclaré. Le vice-président a par ailleurs indiqué que Donald Trump avait explicitement demandé à son administration de « tourner la page » dans les relations avec l’Iran.
« Cela n’a rien de nouveau, et nous pouvons également affirmer par écrit que nous n’avons aucune intention de fabriquer une bombe. Toutefois, nous ne renoncerons pas à notre droit à l’enrichissement. »
— Massoud Pezeshkian, président iranien
Un dossier nucléaire toujours en suspens
Le programme nucléaire iranien reste un sujet de friction. Malgré les déclarations de Pezeshkian affirmant que l’Iran ne cherchait pas l’arme atomique, Téhéran insiste sur son droit à poursuivre l’enrichissement d’uranium à des fins civiles, conformément au Traité de non-prolifération (TNP). « Nous n’avons aucune intention de fabriquer une bombe », a-t-il répété, tout en rappelant que l’enrichissement constituait une « ligne rouge » pour le régime. Cette position pourrait compliquer les négociations, alors que Washington exige un abandon durable de toute ambition militaire dans le dossier nucléaire.
Autre sujet de préoccupation : la fermeture du détroit d’Ormuz, annoncée par une source militaire iranienne et confirmée par l’agence Fars. « Aucun navire ne peut transiter », a indiqué un responsable, en représailles aux tensions persistantes. Une décision symbolique qui risque de peser sur les échanges commerciaux régionaux, alors que le transit pétrolier y est crucial.
Ces pourparlers surviennent dans un contexte régional déjà très tendu, où chaque avancée ou recule pourrait avoir des répercussions immédiates sur la stabilité du Moyen-Orient. Pour l’heure, les observateurs restent prudents : après des années de tensions, un accord durable dépendra moins des déclarations que des actes concrets.
Les principaux obstacles résident dans la question du Liban, où Israël refuse de se retirer de la « zone de sécurité » au sud du pays, et dans le programme nucléaire iranien. Téhéran insiste sur son droit à l’enrichissement d’uranium à des fins civiles, tandis que Washington exige un abandon durable de toute ambition militaire dans ce domaine. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran ajoute une pression supplémentaire sur le commerce maritime régional.
La Suisse est traditionnellement perçue comme un terrain neutre et propice aux médiations internationales. Le choix du Bürgenstock, un hôtel de luxe situé près du lac de Lucerne, offre un cadre discret et sécurisé pour des discussions sensibles. Berne a déjà accueilli des pourparlers similaires par le passé, ce qui facilite la logistique et garantit une certaine confidentialité.