Les stations-service pourraient bientôt connaître des difficultés d'approvisionnement en carburant si le conflit en cours persiste, met en garde Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U. Dès les deux prochaines semaines, des tensions pourraient se faire sentir sur les stocks, selon ses déclarations ce jeudi 2 avril 2026 sur RTL. D'ici six semaines, la situation pourrait devenir « de plus en plus difficile » à la fois sur les prix et la disponibilité, un seuil au-delà duquel les marges de manœuvre se réduiraient fortement, a-t-il précisé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PDG de la Coopérative U alerte sur des risques de pénurie de carburant d'ici deux semaines, si le conflit actuel se prolonge.
  • Le seuil critique serait atteint après six semaines de conflit, avec des conséquences sur les prix et la disponibilité.
  • La perte de production pétrolière en avril serait deux fois supérieure à celle de mars, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
  • Dominique Schelcher souligne que les marges sur l'essence sont « quasiment nulles » pour les distributeurs comme Coopérative U.
  • Il appelle les pétroliers à réduire leurs marges pour stabiliser les prix à destination des consommateurs.
  • Les cours du pétrole ont rebondi ce jeudi 2 avril 2026 après les déclarations de Donald Trump sur la guerre au Moyen-Orient.

Une situation qui s'aggrave avec la durée du conflit

Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U, a dressé un tableau préoccupant de la situation énergétique actuelle. Selon lui, le point de bascule se situe à six semaines après le début du conflit, un délai au-delà duquel les difficultés d'approvisionnement deviendraient critiques. « Au-delà de six semaines, ça va être de plus en plus difficile à la fois sur le prix et sur la disponibilité », a-t-il déclaré ce 2 avril 2026. Aucun problème immédiat n'est signalé aujourd'hui, mais les stocks s'érodent rapidement dans de nombreux pays, faute de circulation normale des pétroliers.

Cette analyse rejoint les craintes exprimées par Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Ce dernier a alerté dès le 1er avril 2026 sur une perte de production pétrolière en avril deux fois supérieure à celle de mars. « Cela se traduira par de l’inflation et, à mon avis, freinera la croissance économique dans de nombreux pays, notamment les économies émergentes », a-t-il souligné. Dans plusieurs États, un rationnement de l’énergie pourrait bientôt être instauré, a-t-il ajouté.

Des prix déjà élevés et des marges sous pression pour les distributeurs

En France, les prix de l'essence continuent de progresser malgré quelques fluctuations à la baisse. Dominique Schelcher a rappelé que le prix du gasoil n’a jamais été aussi haut depuis qu’il est mesuré. Cette hausse a déjà modifié les comportements des automobilistes, qui roulent moins ou optimisent leurs déplacements pour limiter leur consommation. La Coopérative U, comme d’autres distributeurs, ne réalise « quasiment plus de marge » sur la vente de carburant.

Le dirigeant a comparé la situation avec celle de TotalEnergies, qui, en tant que producteur, raffineur et distributeur, peut « maîtriser sa marge sur son amont ». À l’inverse, les distributeurs comme Coopérative U dépendent des prix fixés par les pétroliers. Schelcher a lancé un appel aux majors du secteur : « Je lance un appel aux pétroliers pour qu'ils prennent sur leurs marges et vendent à tous les distributeurs à un prix plus bas ». Une mesure qui, selon lui, permettrait de « rendre accessible le carburant plus rapidement » et d’éviter des tensions supplémentaires sur les prix.

Un contexte géopolitique et économique tendu

Les déclarations de Dominique Schelcher interviennent dans un contexte où les cours du pétrole repartent à la hausse. Ce 2 avril 2026, les marchés ont réagi aux propos de Donald Trump concernant la guerre au Moyen-Orient. Le président américain a affirmé que les États-Unis quitteraient l’Iran « d’ici deux à trois semaines », une annonce qui a pesé sur les anticipations d’approvisionnement. Les tensions géopolitiques, couplées à la réduction des stocks mondiaux, alimentent les craintes d’une aggravation de la crise énergétique.

L’AIE, dans ses dernières projections, anticipe une inflation accrue liée à la flambée des prix de l’énergie. Les économies émergentes seraient les premières touchées, avec un risque de ralentissement économique. Fatih Birol a également évoqué la possibilité de rationnements dans plusieurs pays, une mesure déjà observée dans certains États lors des crises pétrolières passées.

Et maintenant ?

La situation dépendra en grande partie de l’évolution du conflit et de la capacité des pays producteurs à maintenir, voire augmenter, leurs volumes d’exportation. Les prochaines semaines seront déterminantes : si les tensions géopolitiques persistent ou s’aggravent, les risques de pénurie et de hausse des prix pourraient se concrétiser dès la mi-avril 2026. Les gouvernements, les pétroliers et les distributeurs sont appelés à coordonner leurs actions pour éviter une crise plus large. Une réunion de crise est attendue la semaine prochaine au niveau européen pour évaluer les stocks et les besoins en carburant.

Dominique Schelcher a également rappelé que les alternatives, comme le passage à des véhicules électriques ou le covoiturage, pourraient s’imposer comme des solutions temporaires. Cependant, leur adoption massive prendrait plusieurs mois, voire années, ce qui laisse peu de marge de manœuvre à court terme.

Quelles conséquences pour les consommateurs ?

Les automobilistes pourraient subir une double peine : des prix élevés à la pompe et, dans le pire des cas, des difficultés à trouver du carburant. Les conducteurs de véhicules diesel sont particulièrement concernés, puisque le prix du gasoil atteint des niveaux historiques. Les déplacements professionnels ou les trajets longs pourraient être revus à la baisse, au moins jusqu’à ce que la situation se stabilise.

Les associations de consommateurs appellent déjà à la modération. « Les ménages doivent anticiper une hausse de leurs dépenses liées au transport », indique une porte-parole de l’UFC-Que Choisir. Elle recommande de comparer les prix entre stations-service et d’utiliser les applications de suivi en temps réel pour éviter les mauvaises surprises.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, les marges des distributeurs sont « quasiment nulles », selon Dominique Schelcher. Ensuite, les pétroliers, qui fixent les prix, conservent des marges élevées. Enfin, la spéculation sur les marchés, alimentée par les tensions géopolitiques, maintient une pression à la hausse. Les distributeurs n’ont donc pas la possibilité de répercuter une éventuelle baisse des cours, faute de marge de manœuvre.

Plusieurs pistes sont évoquées. La première consiste à optimiser les trajets : regrouper les courses, privilégier le covoiturage ou les transports en commun lorsque c’est possible. Les applications de navigation comme Waze ou Google Maps permettent d’éviter les bouchons et de réduire la consommation. Ensuite, comparer les prix entre stations-service grâce à des outils comme Carbu.com ou Essence&Co. Enfin, pour les trajets professionnels, négocier des accords avec les employeurs pour limiter l’usage du véhicule personnel.

Cette crise rappelle que la dépendance au pétrole reste un enjeu majeur, malgré les transitions énergétiques en cours. Elle interroge aussi sur la résilience des chaînes d’approvisionnement, mises à rude épreuve par les conflits et les crises climatiques. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer la capacité des acteurs publics et privés à éviter une aggravation de la situation.