TotalEnergies et le groupe émirati Masdar ont annoncé, jeudi 2 avril 2026, la création d’une coentreprise dédiée au développement des énergies renouvelables terrestres en Asie, selon BFM Business. Valorisée à 2,2 milliards de dollars, cette structure regroupera leurs actifs solaires, éoliens et de stockage par batteries dans neuf pays de la région. Les deux groupes détiendront chacun 50 % de l’entité, dont le siège sera établi à Abou Dhabi.

Ce qu'il faut retenir

  • Une coentreprise à parts égales (50/50) entre TotalEnergies et Masdar, pour un investissement total de 2,2 milliards de dollars.
  • Les actifs concernés incluent 3 GW en exploitation ou construction et 6 GW en développement avancé, avec une mise en service prévue d’ici 2030.
  • Les projets couvrent l’Azerbaïdjan, l’Indonésie, le Japon, le Kazakhstan, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Corée du Sud et l’Ouzbékistan.
  • Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, évoque la création d’un « champion des renouvelables en Asie » pour générer plus de valeur.
  • Le Sultan Al Jaber, président de Masdar, souligne l’accélération de la transition énergétique en Asie, moteur de la demande mondiale d’électricité.

Une alliance stratégique pour accélérer la transition énergétique en Asie

TotalEnergies et Masdar ont officialisé, via un communiqué commun, la fusion de leurs activités renouvelables terrestres en Asie au sein d’une coentreprise indépendante. Cette structure, dont le siège sera situé à Abou Dhabi, aura pour mission de développer, construire, détenir et exploiter des projets solaires, éoliens et de stockage par batteries. Selon les termes de l’accord, la coentreprise regroupera 3 gigawatts (GW) d’actifs déjà en exploitation ou en construction, ainsi que 6 GW supplémentaires en développement avancé, avec un calendrier de mise en service échelonné jusqu’en 2030.

Les deux groupes ont précisé que leurs contributions respectives seront de « valeur comparable », garantissant ainsi un équilibre dans la gouvernance de l’entité. À terme, cette coentreprise emploiera environ 200 collaborateurs, issus des deux entreprises. Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large : les Émirats arabes unis, bien que traditionnellement liés à l’industrie pétrolière, investissent massivement dans les énergies renouvelables, tant sur leur territoire qu’à l’international. « Cette coentreprise renforce le statut d’Abou Dhabi en tant que pôle mondial de leadership énergétique », a déclaré Mohamed Jameel Al Ramahi, directeur général de Masdar.

Un marché asiatique en forte croissance, moteur de la demande mondiale

L’Asie concentre une part croissante de la demande mondiale en électricité, tirée par l’industrialisation et l’urbanisation rapides de plusieurs pays de la région. « L’Asie sera le principal moteur de la croissance mondiale de la demande d’électricité au cours de cette décennie », a rappelé le Sultan Al Jaber, président de Masdar et ministre de l’Industrie des Émirats arabes unis. Pour TotalEnergies, cette coentreprise représente une opportunité de renforcer sa position sur un marché clé, tout en s’appuyant sur l’expertise locale de Masdar, acteur historique des énergies propres dans la région.

Cette initiative s’ajoute à d’autres projets récents impliquant Masdar, comme le parc solaire Khazna aux Émirats arabes unis, développé en partenariat avec Engie. D’une puissance de 1,5 GW, ce projet figure parmi les plus grands parcs photovoltaïques de la région. Ces collaborations illustrent la volonté des acteurs du Golfe de diversifier leurs portefeuilles énergétiques, tout en participant activement à la transition mondiale vers des énergies décarbonées.

Des ambitions partagées, mais des défis persistants

Pour Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, cette coentreprise permettra de créer « davantage de valeur » que si le groupe français avait poursuivi seul ses activités en Asie. « Nous allons former un champion des renouvelables dans la région, capable de rivaliser avec les meilleurs acteurs mondiaux », a-t-il souligné. De son côté, Masdar apporte son expérience en matière de développement de grands projets énergétiques, ainsi que son ancrage local dans des marchés souvent complexes en termes de régulation et d’infrastructures.

Cependant, le secteur des énergies renouvelables en Asie n’est pas exempt de défis. Les pays ciblés par la coentreprise affichent des niveaux de maturité variables en matière d’énergie verte, avec des cadres réglementaires parfois instables ou des réseaux électriques peu adaptés. En Ouzbékistan, par exemple, le développement des renouvelables dépend en grande partie des partenariats internationaux, tandis qu’au Japon, la concurrence est forte entre acteurs locaux et internationaux. La coentreprise devra donc naviguer avec prudence pour concilier croissance et rentabilité dans des environnements aussi diversifiés que le Kazakhstan, où les ressources éoliennes sont abondantes, ou Singapour, où l’espace est une contrainte majeure.

Un signal fort pour l’industrie mondiale des énergies propres

Au-delà des aspects économiques, cette alliance envoie un message politique et stratégique aux autres acteurs du secteur. Les Émirats arabes unis, qui accueilleront le siège de la coentreprise, ont fait des énergies renouvelables une priorité nationale, comme en témoigne leur objectif de produire 50 % de leur électricité à partir de sources propres d’ici 2050. TotalEnergies, de son côté, accélère sa transformation en un groupe multi-énergies, avec pour ambition de consacrer 30 % de ses investissements à la transition énergétique d’ici 2030.

Cette coentreprise pourrait également servir de modèle pour d’autres partenariats transnationaux, notamment dans des régions où les ressources fossiles restent dominantes mais où les besoins en électricité décarbonée explosent. « Le Golfe est en train de devenir un laboratoire des énergies de demain », analyse un analyste du secteur. Reste à voir si cette dynamique pourra se concrétiser à grande échelle, malgré les tensions géopolitiques persistantes dans la région et les incertitudes économiques globales.

Et maintenant ?

La coentreprise devra finaliser les détails opérationnels dans les prochains mois, notamment la sélection des premiers projets à lancer et la définition des modalités de gouvernance. Les observateurs s’attendent à ce que les premières mises en service interviennent dès 2027, avec une montée en puissance progressive jusqu’en 2030. Parallèlement, TotalEnergies et Masdar pourraient étendre leur collaboration à d’autres régions, comme l’Afrique ou l’Amérique latine, où les besoins en énergies renouvelables sont également pressants. Une chose est sûre : cette alliance marque une étape supplémentaire dans la course mondiale vers la décarbonation, avec l’Asie en ligne de mire.

Pour l’heure, les deux groupes se concentrent sur la phase de lancement. « Nous allons maintenant travailler main dans la main pour transformer cette ambition en réalité », a conclu Patrick Pouyanné. Une déclaration qui résume bien l’enjeu de cette coentreprise : passer des promesses à l’action, dans un secteur où chaque gigawatt compte.

Les projets de la coentreprise TotalEnergies-Masdar concernent neuf pays d’Asie : l’Azerbaïdjan, l’Indonésie, le Japon, le Kazakhstan, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Corée du Sud et l’Ouzbékistan.

La coentreprise vise à atteindre une capacité installée de 9 GW d’ici 2030, répartie entre 3 GW déjà en exploitation ou construction et 6 GW en développement avancé.