Une cinquantaine de chefs étoilés, parmi lesquels figurent Philippe Etchebest, Mauro Colagreco et Thierry Marx, ont publié ce dimanche 17 mai 2026 une tribune dans le Monde pour alerter sur la nécessité de sortir du modèle agricole intensif actuel. Selon Ouest France, ces professionnels de la gastronomie plaident en faveur d’une agriculture plus durable, soulignant que la santé des consommateurs et la souveraineté alimentaire du pays sont en jeu. « La compétitivité seule est un mirage ; la santé et la souveraineté, elles, sont des questions de survie », écrivent-ils dans leur manifeste.
Ce qu'il faut retenir
- 50 chefs étoilés signataires de la tribune, dont trois figures majeures de la cuisine française : Philippe Etchebest, Mauro Colagreco et Thierry Marx.
- Publication de la tribune dimanche 17 mai 2026 dans le Monde, à la une du journal.
- Appel à un modèle agricole moins intensif et plus durable, au nom de la santé publique et de la souveraineté alimentaire.
- Critique de la focalisation exclusive sur la compétitivité économique, jugée illusoire à long terme.
- Affirmation que la transition vers une agriculture durable est une question de survie pour le pays.
Une tribune engagée pour repenser l’agriculture française
Dans leur texte, les signataires rappellent que l’agriculture intensive, bien qu’elle ait permis d’augmenter les rendements, a aussi contribué à dégrader les sols, à réduire la biodiversité et à menacer la santé des consommateurs. Selon eux, ce modèle n’est plus viable, tant sur le plan environnemental qu’économique. « On ne peut plus se contenter de produire toujours plus, toujours moins cher, sans se soucier des conséquences », a déclaré Thierry Marx, chef étoilé et ardent défenseur de l’agroécologie.
Les chefs étoilés soulignent également l’urgence de restaurer la souveraineté alimentaire de la France, un pays historiquement agricole. Pour eux, cette souveraineté passe nécessairement par une réduction de la dépendance aux intrants chimiques et une meilleure rémunération des agriculteurs. « Sans une agriculture résiliente, c’est toute notre chaîne alimentaire qui est en danger », a ajouté Philippe Etchebest lors d’un entretien téléphonique avec Ouest France.
Des arguments qui résonnent dans un contexte de crises multiples
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs crises. D’abord, la hausse des prix des denrées alimentaires, liée en partie à la guerre en Ukraine et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Ensuite, les réformes européennes sur la réduction des pesticides, qui divisent les acteurs du secteur. Enfin, les attentes croissantes des consommateurs en matière de transparence et de qualité nutritionnelle.
Selon une étude récente de l’INRAE, près de 30 % des sols agricoles français présentent une dégradation avancée, un chiffre qui alerte autant les scientifiques que les professionnels de la restauration. « Si on ne change pas de braquet aujourd’hui, demain, ce ne sera plus une question de choix, mais de nécessité », a prévenu Mauro Colagreco, chef du restaurant Mirazur à Menton, trois étoiles au Guide Michelin.
Cette initiative pourrait aussi inciter d’autres professionnels de la filière à se joindre au mouvement. Déjà, des associations comme les Soulèvements de la Terre ou Farm Europe ont salué cette prise de parole. « C’est un signal fort que des figures aussi visibles que des chefs étoilés s’emparent du sujet », a réagi un porte-parole de Farm Europe. Bref, l’agriculture française entre dans une nouvelle phase de son histoire, où les enjeux écologiques et sociaux prennent une place centrale.
Parmi les signataires les plus médiatisés figurent Philippe Etchebest (juré de l’émission « Top Chef »), Mauro Colagreco (Mirazur, trois étoiles), et Thierry Marx (Cuisine(s) Mode d’Emploi(s), deux étoiles). On trouve également Anne-Sophie Pic, seule femme à détenir trois étoiles en France, ainsi que Yannick Alléno et Hélène Darroze.
Les signataires appellent à une mobilisation plus large, incluant les consommateurs et les distributeurs. Une pétition en ligne a été lancée en parallèle de la tribune, avec pour objectif d’atteindre 100 000 signatures d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, des rencontres avec des parlementaires sont prévues pour porter leurs revendications.