Alors que le débat sur la concentration du pouvoir médiatique et culturel en France s’intensifie, Jérôme Guedj, député socialiste de l’Essonne et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a réagi à la tribune publiée dans Libération dénonçant l’influence croissante de Vincent Bolloré sur le cinéma français. Selon Franceinfo - Culture, cette tribune, signée par près de 600 professionnels du secteur, met en lumière les craintes d’une mainmise idéologique via le groupe Bolloré, qui contrôle notamment Canal Plus, premier diffuseur du cinéma hexagonal. Interrogé sur les accusations visant l’artiste Patrick Bruel, Guedj a également plaidé pour une justice plus rapide face aux violences sexistes et sexuelles, tout en défendant la présomption d’innocence.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune signée par 600 professionnels du cinéma français dénonce l’influence de Vincent Bolloré via Canal Plus, dénonçant une « emprise grandissante de l’extrême droite et de l’actionnaire principal » du groupe.
  • Canal Plus, principal financeur du cinéma français après le CNC, a annoncé ne plus collaborer avec les signataires de cette tribune, provoquant une polémique sur l’indépendance éditoriale du groupe.
  • Jérôme Guedj, député PS et candidat à la présidentielle, appelle à une « désescalade » et met en garde contre une concentration inédite du pouvoir médiatique et culturel en France.
  • Treize plaintes pour violences sexuelles, dont plusieurs pour viol, visent désormais Patrick Bruel, qui dément ces accusations. Une enquête est également ouverte en Belgique pour agression sexuelle présumée.
  • Guedj insiste sur la nécessité de concilier respect de la parole des victimes et présomption d’innocence, tout en plaidant pour une justice « plus rapide » dans ces affaires.

Canal Plus face aux accusations de partialité médiatique

La décision de Canal Plus de ne plus travailler avec les signataires de la tribune, publiée le 15 mai 2026 dans Libération, a relancé le débat sur l’indépendance du groupe. Maxime Saada, PDG de Canal Plus, a justifié cette mesure en invoquant une « injustice » subie par les équipes qui défendent l’autonomie éditoriale du groupe. Pourtant, les signataires dénoncent une « liste noire » déguisée, rappelant les déclarations de Vincent Bolloré sur son « projet politique » à travers son empire médiatique, qui inclut aussi des titres de presse et des salles de spectacles. « Ce n’est pas un cadeau de M. Bolloré : c’est la contrepartie du fait que Canal Plus bénéficie de la chronologie des médias », a rappelé Guedj, faisant référence au système français qui permet au groupe de diffuser des films six mois après leur sortie en salles.

Un écosystème culturel français menacé ?

Pour Jérôme Guedj, le cinéma français représente un « joyau culturel et économique » dont la préservation passe par le respect de son financement public, notamment via le CNC. Il rappelle que l’extrême droite a ouvertement exprimé son intention de remettre en cause ce financement, ce qui, selon lui, ouvrirait la porte aux blockbusters américains et menacerait l’exception culturelle française. « Nous avons un écosystème très singulier, et il faut le préserver », a-t-il souligné, tout en concédant que les professionnels du secteur ont « le droit, et sont parfaitement légitimes à s’inquiéter » face à la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul investisseur. Si certains producteurs, comme ceux ayant travaillé avec Pierre Salvadori, n’ont pas constaté de changement dans leurs relations avec Canal Plus, d’autres acteurs du secteur alertent sur les risques d’une mainmise idéologique.

Patrick Bruel au cœur d’une tempête judiciaire

Parallèlement à ce débat culturel, l’affaire Patrick Bruel s’est intensifiée ces dernières semaines. Treize plaintes pour violences sexuelles, dont plusieurs pour viol, ont été déposées contre l’artiste, qui nie les faits. Parmi les plaignantes figure Flavie Flament, animatrice et auteure, qui a porté plainte pour viol. Une enquête est également ouverte en Belgique pour une agression sexuelle présumée. Face à ces accusations, Guedj a rappelé deux principes fondamentaux : d’une part, « la parole des femmes, comme celle de toute victime, doit être entendue et respectée », une évolution majeure après les mouvements #MeToo et #BalancetonPorc. D’autre part, il a insisté sur la nécessité de préserver la présomption d’innocence, essentielle dans un État de droit.

Pour concilier ces deux impératifs, le député socialiste a plaidé en faveur d’une justice plus rapide, soulignant que « la lenteur actuelle de l’appareil judiciaire est contradictoire avec le respect de la parole des victimes ». Il a également critiqué les blacklistages de principe, préférant laisser à la justice le soin de trancher. « Patrick Bruel lui-même a rappelé que celles qui portent plainte le font parce que la justice est le lieu où la vérité peut émerger », a-t-il noté, invitant chacun à trouver un équilibre entre ces deux principes.

Un appel à la désescalade et à la préservation de l’indépendance culturelle

Interrogé sur la nécessité de refuser les financements liés à Bolloré, Guedj a appelé à une « désescalade » plutôt qu’à une confrontation. « Il faut continuer à travailler avec les forces vives du cinéma français, qui doivent conserver leur liberté d’expression et leur envie de créer », a-t-il déclaré. Il a également rappelé le rôle clé de France Télévisions dans le financement du cinéma, insistant sur la nécessité de préserver cette « exception française ». Pour lui, la concentration inédite du pouvoir médiatique et culturel entre les mains d’un seul homme représente un risque majeur pour la diversité et l’indépendance des contenus.

Alors que le débat s’étend au-delà du cinéma, avec des questions similaires posées à l’édition ou à la presse, Guedj a appelé à une prise de conscience collective. « Nous sommes dans une situation inédite en France : jamais un investisseur unique n’a détenu un tel spectre d’action culturelle », a-t-il averti, faisant référence aux dérives observées lors du passage d’i>Télé à CNews. Pour éviter une censure déguisée, il a demandé à Canal Plus de « ne pas imaginer une liste noire », tout en reconnaissant la légitimité des craintes exprimées par les professionnels.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir s’intensifier les tensions entre les signataires de la tribune et Canal Plus, dont les relations professionnelles restent en suspens. Une réunion publique organisée par les signataires est prévue le 25 mai 2026 à Paris, où ils devraient préciser leur stratégie face à cette crise. Du côté judiciaire, l’enquête sur les plaintes visant Patrick Bruel pourrait connaître des développements rapides, notamment après les déclarations récentes de Flavie Flament. Enfin, le débat sur la régulation des concentrations médiatiques devrait revenir sur le devant de la scène, alors que plusieurs députés ont déjà annoncé vouloir déposer une proposition de loi avant la fin de l’année.

Dans ce contexte, Jérôme Guedj a confirmé qu’il maintiendrait son engagement en faveur d’une réforme du financement du cinéma, tout en défendant l’équilibre entre liberté créatrice et indépendance éditoriale. « Le cinéma français doit rester un espace de diversité et de création », a-t-il conclu, invitant l’ensemble des acteurs du secteur à œuvrer pour sa préservation.

Selon les déclarations de Maxime Saada, PDG de Canal Plus, cette décision vise à protéger l’indépendance éditoriale des équipes du groupe, qu’il estime menacée par les accusations portées contre Vincent Bolloré. Cependant, les signataires dénoncent une « liste noire » déguisée, rappelant les déclarations de l’actionnaire principal sur son « projet politique » à travers son empire médiatique.

Treize plaintes pour violences sexuelles, dont plusieurs pour viol, ont été déposées contre l’artiste, qui dément ces accusations. Une enquête est également ouverte en Belgique pour agression sexuelle présumée. Les plaignantes, dont Flavie Flament, attendent désormais que la justice examine ces dossiers. Jérôme Guedj a appelé à une procédure plus rapide, soulignant que la lenteur actuelle de l’appareil judiciaire est contradictoire avec le respect de la parole des victimes.