Un magistrat ayant participé à la condamnation d’Erik Tegnér, directeur du média identitaire Frontières et éditorialiste sur CNews, fait l’objet depuis hier d’une vague de messages racistes et injurieux sur les réseaux sociaux. Selon BFM - Politique, le porte-parole du ministère de la Justice a dénoncé des attaques « inacceptables » à l’encontre de ce juge, dont l’identité n’a pas été révélée par les autorités.
Ce qu'il faut retenir
- Le juge Youssef Badr, qui a condamné Erik Tegnér à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende, est la cible de messages racistes et injurieux sur les réseaux sociaux depuis hier.
- Erik Tegnér a été condamné pour avoir publié les noms et lieux d’exercice professionnel d’une soixantaine d’avocats spécialisés en droit des étrangers, qualifiés de « coupables » de « l’invasion migratoire ».
- Le tribunal correctionnel de Bobigny a estimé que le magazine Frontières avait versé dans une « rhétorique accusatoire virulente », dépassant les limites du journalisme.
- Le ministère de la Justice et l’avocat de Tegnér ont réagi, tandis que le parquet de Bobigny n’a pas précisé les suites envisagées pour les auteurs des messages.
Une condamnation sous le régime de la « loi Paty »
Jeudi 18 juin, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné Erik Tegnér, directeur du média identitaire Frontières, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. Selon BFM - Politique, cette décision s’inscrit dans le cadre de la « loi Paty », adoptée en 2021 pour sanctionner le doxxing, c’est-à-dire la diffusion publique d’informations personnelles dans l’intention de nuire. Tegnér était poursuivi pour avoir publié, dans un hors-série de janvier 2025, une liste nominative de quelque soixante avocats spécialisés en droit des étrangers, accompagnés de leurs noms, prénoms et lieux d’exercice professionnel.
Le média Frontières qualifiait ces professionnels de « coupables » de « l’invasion migratoire » et les présentait comme des « militants idéologiques » engagés dans un « business juteux ». Certains de ces avocats ont été harcelés ou menacés, poussant dix d’entre eux à saisir la justice. Dans sa décision, le tribunal a estimé que le magazine avait « versé dans la rhétorique accusatoire virulente » et dépassé les limites du journalisme en réduisant ces avocats à leur rôle de défenseurs des étrangers en situation irrégulière.
Le juge Youssef Badr pris pour cible par l’extrême droite
C’est le juge Youssef Badr, qui présidait la formation collégiale ayant rendu ce verdict, qui est désormais la cible d’une campagne de dénigrement en ligne. Selon BFM - Politique, des comptes liés à l’extrême droite l’accusent d’être un « militant de gauche et anti-RN » et un « activiste pro-immigration ». Certains messages, publiés notamment sur le réseau X, relèvent de l’injure raciale, tandis que d’autres ciblent son engagement au sein de l’association ASLA, qui milite pour l’accès des étudiants issus de milieux défavorisés ou de banlieue à la magistrature.
Le groupe ASLA, classé à l’extrême droite, dénonce ainsi un magistrat qui chercherait à « faire en sorte qu’un maximum de Mohammed et de Fatoumata deviennent magistrats ». Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes autour des questions migratoires et de l’indépendance de la justice. Pour rappel, Youssef Badr est également connu pour son engagement en faveur de la diversité dans la magistrature, un positionnement qui lui vaut aujourd’hui ces critiques virulentes.
Réactions officielles et critiques de l’avocat de Tegnér
Face à cette campagne, le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, a réagi avec fermeté. « S’en prendre à un magistrat est inacceptable, a fortiori lorsque cela vise à remettre en cause une décision relevant de son plein exercice juridictionnel et de son indépendance », a-t-il déclaré. Le ministère a souligné l’importance de protéger les magistrats contre toute forme de pression ou de harcèlement, notamment lorsqu’ils rendent des décisions impopulaires.
De son côté, l’avocat d’Erik Tegnér, Me Gilles-William Goldnadel, a publié un message sur X dans lequel il affirme : « S’il avait été porté à ma connaissance ses prises de position contre le RN, contre ma conception du devoir de réserve ainsi que son compte X, j’aurais demandé sa récusation. » Cette déclaration souligne les tensions persistantes entre certains milieux politiques et la justice, particulièrement sur les questions migratoires.
Des menaces et des suites judiciaires encore indéterminées
Contacté par BFM - Politique, le parquet de Bobigny n’a pas indiqué les suites qu’il entendait donner aux messages visant Youssef Badr. Aucune plainte n’a encore été déposée par le magistrat, mais les autorités judiciaires pourraient être saisies en cas de poursuite des attaques. Par ailleurs, dix des avocats ciblés par le magazine Frontières avaient déjà saisi la justice, donnant lieu à la condamnation d’Erik Tegnér pour « exposition d’autrui à un risque par révélation d’information ».
Cette affaire rappelle les débats récurrents sur les limites de la liberté d’expression, notamment dans le cadre de la presse identitaire. Le tribunal a clairement estimé que la publication de Frontières ne relevait plus du journalisme, mais d’une « rhétorique accusatoire » susceptible de mettre en danger les avocats visés. Une distinction importante, alors que certains médias d’extrême droite continuent de revendiquer leur droit à une expression sans limites.
Reste à voir si cette décision judiciaire servira de précédent pour d’autres affaires similaires, ou si elle sera perçue comme une exception dans un contexte où les tensions autour de l’immigration et de l’identité nationale restent vives.
Erik Tegnér a été condamné pour avoir publié, dans un hors-série de son média Frontières, les noms et lieux d’exercice professionnel d’une soixantaine d’avocats spécialisés en droit des étrangers. Le tribunal correctionnel de Bobigny a estimé que cette publication relevait du doxxing et dépassait les limites de la liberté de la presse, la qualifiant de « rhétorique accusatoire virulente ». La peine a été prononcée au titre de la « loi Paty », adoptée en 2021 pour sanctionner ce type de révélations d’informations personnelles.
La « loi Paty » fait référence à la loi n°2021-1109 du 24 août 2021, dite « loi sécurité globale », qui renforce la protection des magistrats et des forces de l’ordre. Elle prévoit notamment des peines pour la diffusion d’informations personnelles dans l’intention de nuire, un délit appelé « doxxing ». Dans cette affaire, la loi a été appliquée car les avocats ciblés par Frontières ont été exposés à des risques de harcèlement ou de menaces, certains allant jusqu’à saisir la justice.