Un tournant majeur pour le football féminin français. Après près de trois années de tractations intenses, les représentants des joueuses professionnelles et des clubs sont enfin parvenus à un accord pour établir une convention collective, selon RMC Sport. Cet accord, signé lundi 12 mai 2026, met un terme à des mois de blocages et ouvre la voie à une meilleure protection sociale pour les footballeuses.
Ce qu'il faut retenir
- Un accord historique signé le 12 mai 2026 après trois ans de négociations tendues entre l’UNFP et les clubs représentés par Foot Unis.
- Les joueuses obtiennent enfin un socle commun de protections sociales, incluant un droit à l’image rétroactif et des garanties en cas de blessure.
- Parmi les mesures clés : un pécule de fin de carrière, un salaire maintenu à 90 % en cas de blessure, et l’encadrement des « lofts », ces pratiques abusives de mise à l’écart des joueuses.
- L’accord intervient dans un contexte économique difficile pour les clubs, où les sections féminines subissent régulièrement les conséquences des crises financières.
- Les joueuses dénonçaient depuis avril une situation « plus acceptable », malgré la création de la Ligue féminine de football professionnel (LFFP) en juillet 2024.
Ce compromis, qualifié d’« acte fondateur » par Victoriano Melero, directeur général du PSG et président de Foot Unis, marque un tournant pour le football féminin en France. « Les discussions n’ont pas été faciles, mais c’était de notre responsabilité de signer cette convention, car le football féminin français a pris trop de retard. On doit le rattraper ensemble », a-t-il déclaré à l’AFP. David Terrier, président de l’UNFP, a également souligné que « des concessions ont été faites de part et d’autre ».
Parmi les points clés de cet accord, figurent le droit à l’image des joueuses, qui percevront désormais une redevance en échange de l’exploitation de leur image. La convention encadre également le pécule de fin de carrière, la durée minimale des contrats fédéraux à mi-temps, et le maintien du salaire à 90 % en cas de blessure pendant 90 jours. Autre avancée majeure : la fin des « lofts », ces pratiques où les clubs excluent certaines joueuses des entraînements pour les écarter de l’effectif, une méthode souvent critiquée pour son caractère discriminatoire.
Vincent Ponsot, responsable du football professionnel féminin au sein du syndicat des clubs et directeur général de l’OL Lyonnes, a salué un « outil de progrès » qui « dépasse les clivages ». « On se réjouit de cet accord entre les partenaires sociaux, qui est un marqueur de structuration sociale pour nos championnats et qui répond à une attente collective », a-t-il commenté auprès de l’AFP. Paul-Hervé Douillard, directeur général de la LFFP, a pour sa part évoqué « une étape importante franchie pour le développement du football féminin professionnel ».
Un accord obtenu dans un contexte économique tendu
La signature de cette convention collective intervient alors que le football féminin français traverse une période difficile, marquée par des difficultés économiques persistantes. Plusieurs clubs peinent à maintenir leurs sections féminines, notamment en raison de la crise financière qui touche les clubs masculins après l’effondrement des droits télévisuels. La section féminine du Dijon FCO, sixième de première division, est ainsi menacée de perdre son statut professionnel si le club ne trouve pas de repreneur d’ici les prochains mois.
Cette situation contraste avec le dynamisme de certains clubs comme l’OL Lyonnes, qui domine le football féminin européen avec huit titres en Ligue des champions et une nouvelle finale prévue samedi 20 mai 2026 à Oslo contre le FC Barcelone. Malgré ces succès, les autres équipes françaises peinent à rivaliser sur la scène internationale, face à des clubs mieux structurés comme le FC Barcelone, Arsenal, Chelsea ou encore le Bayern Munich. La montée en puissance des clubs italiens, dont la structuration progresse rapidement, ajoute une pression supplémentaire sur les clubs français.
Les joueuses elles-mêmes avaient tiré la sonnette d’alarme dès avril 2026, dans une tribune publiée par plusieurs médias. « Nous pratiquons le même sport, nous nous entraînons avec la même exigence, nous faisons face aux mêmes contraintes physiques et aux mêmes risques. Et pourtant, nous ne bénéficions pas des mêmes protections que nos homologues masculins », avaient-elles dénoncé. Ce mouvement avait été soutenu par des figures emblématiques comme Eugénie Le Sommer, recordwoman des buts et des sélections en équipe de France féminine, également membre du comité directeur de l’UNFP.
Une convention appelée à évoluer
Si l’accord est salué comme une avancée majeure, ses signataires reconnaissent qu’il ne s’agit que d’une première étape. « La convention va être amenée à évoluer », a précisé Victoriano Melero. David Terrier, de l’UNFP, a également souligné que « le dialogue social a parfois été tendu, mais avec une finalité positive ». « C’est le début d’une nouvelle ère », a-t-il ajouté, tout en rappelant que la création de la LFFP en juillet 2024 avait donné l’espoir d’une avancée plus rapide.
Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de cette convention. Les joueuses espèrent notamment une amélioration rapide de leurs conditions de travail et une réduction des inégalités persistantes avec le football masculin. Les clubs, de leur côté, devront s’adapter à ce nouveau cadre, alors que certains peinent déjà à équilibrer leurs budgets.
Cet accord intervient alors que le football féminin connaît une croissance sans précédent en Europe, portée par un engouement croissant des supporters et des médias. La finale de la Ligue des champions féminine 2026, opposant l’OL Lyonnes au FC Barcelone, devrait battre des records d’audience, offrant une visibilité inédite à ce sport. Reste à savoir si cet élan permettra aux clubs français de combler leur retard sur leurs voisins européens, tant sur le plan sportif que structurel.
Pour l’heure, les actrices et acteurs du football féminin français peuvent savourer ce succès, fruit de trois années de combat. « On a enfin un cadre commun, mais le plus dur reste à faire : appliquer ces règles et faire en sorte que le football féminin devienne une réalité économique et sociale à part entière », résume un observateur du secteur.
Les joueuses obtiennent un droit à l’image rétroactif, un pécule de fin de carrière, un salaire maintenu à 90 % en cas de blessure pendant 90 jours, ainsi que l’encadrement des « lofts », ces pratiques abusives de mise à l’écart. La durée minimale des contrats fédéraux à mi-temps est également garantie.
Les négociations ont été marquées par des désaccords persistants entre l’UNFP, représentant les joueuses, et Foot Unis, représentant les clubs. Les deux parties se sont renvoyé la responsabilité de l’échec pendant près d’un an, avant de trouver un compromis sur le droit à l’image, point d’achoppement final.